Un témoignage de gouvernance urbaine
Dans « Un maire, une ville. Bâtir, servir, transmettre », Hugues Ngouélondélé propose plus qu’une autobiographie municipale : il raconte Brazzaville à travers ses chantiers, ses crises et ses habitants, avec le regard d’un praticien passé aux affaires nationales.
L’ouvrage, coédité à Paris par Michel Lafon, comporte 207 pages denses où l’ancien édile déroule quinze années de décisions, depuis la réhabilitation des avenues coloniales jusqu’à la modernisation du système de collecte des déchets qui étouffaient certains quartiers périphériques.
Quinze années de mairie passées au crible
En filigrane, se lit une méthode : écouter les comités de quartier, arbitrer avec fermeté, expliquer sans relâche. « L’autorité municipale n’est forte que lorsqu’elle dialogue », écrit-il, reprenant ses réunions hebdomadaires de concertation comme preuve d’une gouvernance de proximité.
Premier héritier d’une lignée politique brazzavilloise, l’auteur revendique pourtant une culture du résultat plutôt qu’un prestige familial. Les pages sur l’assainissement du Marché Total soulignent ce pragmatisme : il fallut convaincre commerçants, forces de l’ordre et bailleurs internationaux en moins de six mois.
Les trois mandats successifs, de 2003 à 2016, offrent un laboratoire de continuité administrative rare sur le continent. Cette durée lui a permis d’évaluer les politiques publiques, de rectifier les programmes routiers et de capitaliser la compétence technique au sein de l’hôtel de ville.
Résilience et participation citoyenne
Selon l’économiste Urbain Obou, « la planification municipale décrite rappelle les approches néoschumpétériennes, où l’État local stimule l’innovation par coordination et non par substitution ». Une lecture qui replace Brazzaville dans les grands débats sur la décentralisation africaine.
Les pages consacrées aux inondations de 2011 sont parmi les plus personnelles. Ngouélondélé raconte les nuits passées sur les digues improvisées, mais aussi la création d’un fonds d’urgence financé par le budget communal afin de reconstruire cent cinquante habitations fragilisées par le fleuve.
Chapitre après chapitre, l’auteur associe anecdotes et indicateurs mesurables. Il détaille la hausse de la taxe d’occupation du domaine public, passée de 300 à 900 millions de francs CFA par an, réinvestie dans la couverture médicale des agents municipaux.
Finances locales, chiffres à l’appui
Cette transparence chiffrée est saluée par l’Union des villes et communes du Congo, citée dans l’ouvrage, qui y voit « un repère méthodologique pour tous les maires cherchant à consolider leurs ressources propres sans alourdir la fiscalité populaire ».
Au-delà de la technique, le livre livre un regard sensible sur l’identité brazzavilloise. Les festivals de rue, le patrimoine colonial et l’émergence d’une culture hip-hop sont décrits comme des leviers de cohésion indispensables à la stabilité urbaine.
L’ancien maire insiste toutefois sur la nécessité de transmettre. Il mentionne la formation de 1 200 jeunes volontaires aux métiers de la voirie, initiative aujourd’hui reprise par le ministère de la Jeunesse, preuve, selon lui, qu’une ville peut inspirer l’État.
De Brazzaville à l’échelon national
Nommé ministre en 2016, Hugues Ngouélondélé voit dans cette transition un prolongement naturel. « L’échelle change, mais la logique de service demeure », confie-t-il dans un entretien accordé à notre rédaction avant la sortie du livre.
Cet élargissement de perspective lui permet d’aborder les questions de diplomatie urbaine. Il explique comment les jumelages avec Dakar ou Chengdu ont facilité des transferts de technologies d’éclairage public à faible consommation aujourd’hui visibles sur les boulevards centraux.
Pour l’urbaniste Audrey Mafouadi, invitée à la présentation parisienne, l’intérêt majeur du livre réside « dans sa capacité à articuler des données macroéconomiques et des récits de terrain, offrant un manuel réaliste aux villes intermédiaires du continent ».
Points clés et impact économique
À retenir : le chapitre six dresse un tableau budgétaire précis, indiquant que chaque franc investi dans l’entretien des voiries secondaires a généré trois francs d’économies sur la réparation des véhicules municipaux, un ratio jugé « probant » par la Cour des comptes congolaise.
Le point éco : l’auteur révèle l’impact multiplicateur des investissements urbains sur l’emploi local. Plus de 8 000 contrats temporaires ont été signés lors de la réfection du boulevard Alfred Raoul, injectant immédiatement des revenus dans les ménages des arrondissements Makélékélé et Bacongo.
Sur le plan rédactionnel, l’ouvrage alterne photos d’archives et infographies produites par la Direction générale des études et de la planification urbaine. Cette iconographie soutient la vocation pédagogique du texte en rendant palpables les chiffres.
Diffusion et échos au-delà du Congo
Disponible depuis quelques jours dans les librairies de Brazzaville et sur les plateformes internationales, le livre suscite déjà des précommandes dans la diaspora congolaise, séduite par la promesse d’un modèle exportable à Pointe-Noire, Ouesso ou Dolisie.
L’éditeur, Michel Lafon, espère un lectorat français curieux des nouvelles pratiques africaines. Des rencontres sont annoncées à Paris, Lyon et Bordeaux, signe que la gouvernance brazzavilloise peut nourrir des débats bien au-delà du continent.
Vers un modèle de décentralisation inclusive
En offrant cette chronologie raisonnée, Hugues Ngouélondélé fixe une pierre supplémentaire à l’édifice d’un récit national valorisant l’action locale. Son témoignage arrive à point nommé, alors que les autorités congolaises promeuvent la décentralisation responsable comme moteur du développement inclusif.
