L’annonce a la sobriété des bilans comptables, mais elle dit beaucoup de l’état réel de l’économie congolaise. Le Comité national de la balance des paiements (CNBP) a validé pour 2024 un solde extérieur excédentaire, première éclaircie après une année 2023 dans le rouge.
Un retournement chiffré à 81 milliards de FCFA
La balance des paiements affiche un excédent d’environ 81 milliards de FCFA pour l’exercice 2024. Le chiffre tranche avec le déficit de l’année précédente et signale un rééquilibrage des comptes du pays avec l’extérieur.
Ce redressement ne tombe pas du ciel. Il découle, selon le comité, de l’amélioration du compte courant et d’un afflux plus soutenu de flux de capitaux. Deux dynamiques qui, conjuguées, ont fait basculer le solde du côté positif.
« L’économie congolaise a enregistré une amélioration, avec une croissance du PIB réel estimée à 2,1 % en 2024 », résume Armel Fridelin Mbouloukoue, rapporteur du comité. Une progression modeste, mais qui marque une reprise après des années contrariées.
Finances publiques et capitaux étrangers en appui
Derrière l’excédent extérieur se cache aussi un assainissement budgétaire. Les finances publiques ont dégagé un excédent sur l’exercice, pendant que l’inflation refluait. Deux signaux que les bailleurs et investisseurs lisent généralement avec attention.
Le compte de capital, lui, s’est renforcé grâce à des transferts en capital plus importants. À cela s’ajoute l’arrivée d’investissements directs étrangers, dont l’essentiel a convergé vers un secteur déjà bien identifié.
Ces investissements se sont en effet dirigés principalement vers l’industrie pétrolière. Une orientation qui consolide les comptes à court terme, mais qui en dit long sur la nature toujours très concentrée de l’attractivité congolaise.
La rente pétrolière, force et talon d’Achille
Le CNBP ne s’arrête pas au satisfecit. Le comité pointe une dépendance structurelle à l’or noir, qui demeure le moteur quasi unique des recettes extérieures du pays.
« Les exportations demeurent fortement concentrées sur le pétrole, qui représente plus de 95 % des recettes d’exportation », souligne l’institution. Autrement dit, l’excédent salué aujourd’hui repose sur une seule colonne porteuse.
Cette concentration expose mécaniquement le Congo-Brazzaville aux humeurs des marchés mondiaux. Une baisse durable des cours du brut suffirait à effacer les gains enregistrés, transformant l’embellie de 2024 en parenthèse.
Le comité relève par ailleurs la faiblesse des échanges régionaux. L’économie nationale reste peu insérée dans son voisinage immédiat, ce qui prive le pays d’amortisseurs en cas de choc sur les matières premières.
Diversifier, l’impératif que chaque rapport répète
Face à ce diagnostic, les recommandations du CNBP ont des airs de refrain assumé. L’institution invite le gouvernement à diversifier l’économie, afin de réduire la sensibilité du pays aux variations d’un seul produit.
Le comité plaide également pour une intensification des échanges intra-CEMAC. L’enjeu : ancrer la croissance dans un tissu commercial régional, plutôt que dans la seule exportation d’hydrocarbures vers des marchés lointains.
Consolider les équilibres extérieurs constitue le troisième axe avancé. Il s’agit de pérenniser l’excédent obtenu, sans le laisser dépendre d’un cycle pétrolier favorable forcément temporaire.
Une éclaircie à confirmer
L’excédent de 2024 mérite d’être pris pour ce qu’il est : un résultat réel, le fruit d’un compte courant redressé et de capitaux retrouvés. Après le déficit de 2023, le signal n’est pas anodin.
Mais l’analyse du comité invite à la mesure. Tant que plus de 95 % des recettes d’exportation reposent sur le pétrole, la solidité du Congo-Brazzaville restera tributaire d’un cours qu’il ne maîtrise pas.
La vraie épreuve sera donc celle de la durée. Transformer une bonne année en trajectoire suppose d’élargir la base économique, d’animer les échanges régionaux et de tenir les comptes publics. C’est à cette aune que se jugera l’excédent salué aujourd’hui.
