Arrestation symbolique à Nkayi
Mardi 28 octobre 2025, au cœur de Nkayi, un homme d’une quarantaine d’années a été interpellé dans une ruelle poussiéreuse, un carton perforé comme unique bagage. À l’intérieur, un bébé chimpanzé aux yeux encore laiteux. La scène a rapidement attiré l’attention des passants incrédules.
Pour les gendarmes, l’intervention aura duré moins de dix minutes mais représente un saut qualitatif dans la lutte contre un marché noir estimé à plusieurs dizaines de millions de francs CFA chaque année, selon la Direction départementale de l’économie forestière.
Forces mixtes et stratégie PALF
Le dispositif, mené conjointement par les brigades de Madingou et de Nkayi, s’est appuyé sur le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, mieux connu sous l’acronyme PALF, qui multiplie formations et alertes discrètes auprès des unités territoriales.
« Nous ne voulions pas rater le flagrant délit, témoigne le commandant Jacques-Marius Ndinga, le renseignement animalier n’a de valeur qu’au moment de l’échange. » Les agents forestiers, habillés en civil, ont alors suivi le suspect depuis la gare routière jusqu’au quartier 75.
Selon une source judiciaire, l’homme aurait déjà été aperçu en 2023 lors d’une saisie d’ivoire, sans qu’aucune preuve ne permette alors son inculpation. Son interpellation confirmerait l’existence de réseaux flexibles, capables de passer des trophées aux primates en fonction de la demande.
Trajet dramatique du primate
Les premiers éléments d’enquête évoquent une capture dans la forêt dense de Kindamba, à près de 300 kilomètres. Des témoins affirment avoir vu deux adultes chimpanzés abattus pour atteindre le petit, une pratique malheureusement courante puisque la mère défend sa progéniture jusqu’au sacrifice.
Le nourrisson, déshydraté et sous-alimenté, aurait ensuite transité par une piste agricole vers Boko avant de rejoindre la Nationale 1 dissimulé dans un sac de toile. Le voyage, long de plusieurs jours, a réduit ses chances de survie, estiment les vétérinaires mobilisés.
Sanctuaire de Tchimpounga : soin et réinsertion
À l’aube, le primate a été conduit en cage climatisée vers le sanctuaire de l’Institut Jane Goodall, près de Pointe-Noire. Là, l’équipe de Rebeca Atencia l’a placé en quarantaine médicale, procédure incontournable avant toute socialisation avec d’autres orphelins.
« Chaque petit nécessite du lait spécial, des couvertures chauffantes et un suivi 24 heures sur 24 », rappelle la vétérinaire espagnole, qui souligne que l’accueil d’un seul chimpanzé coûte en moyenne 10 000 dollars la première année, financés par des donateurs étrangers et congolais.
Trafic de grands singes : état des lieux
Les autorités rappellent que le chimpanzé figure sur la Liste rouge de l’UICN et bénéficie d’une protection intégrale en vertu de l’Arrêté 6075 du 9 avril 2011. La détention, la vente ou même l’achat d’un individu sont passibles de peines lourdes, rarement prononcées jusqu’ici.
Depuis 2021, dix-sept procédures similaires ont été ouvertes dans le pays, dont cinq ont abouti à des condamnations fermes. Le ministère de l’Économie forestière y voit la preuve que les magistrats s’emparent progressivement d’une matière longtemps perçue comme marginale.
Le colonel Hervé Bifouma, directeur de cabinet adjoint au ministère de l’Intérieur, se veut optimiste : « Le trafic faunique alimente parfois le grand banditisme. Renforcer nos unités, c’est aussi protéger les populations. » Son département annonce de nouveaux ateliers de formation dédiés aux procureurs de la République.
À retenir
Dans cette affaire, l’action conjointe gendarmerie-économie forestière, appuyée par le PALF, a permis une saisie sans violence, la sécurisation rapide de l’animal et l’ouverture d’une procédure pénale. Le dossier servira de cas d’école pour les prochaines sessions de l’École nationale de la magistrature.
Le point juridique
Le code de la faune congolaise s’appuie sur la loi 37-2008 et son décret d’application de 2009. Toute infraction relative aux espèces intégralement protégées relève du tribunal de grande instance. Les magistrats peuvent prononcer jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et cinq millions de francs CFA d’amende.
En parallèle, la Convention de Washington, à laquelle le Congo-Brazzaville est partie depuis 1983, impose des contrôles douaniers stricts. La récente saisie donne l’occasion de tester le guichet unique électronique censé accélérer l’échange d’informations entre Douanes, Parquet et organismes de conservation.
À l’issue de l’enquête préliminaire, le parquet de Nkayi décidera d’une éventuelle comparution immédiate. En attendant, le suspect reste en garde à vue et bénéficie de l’assistance d’un avocat commis d’office, conformément au principe constitutionnel du droit à la défense.
Mobiliser la jeunesse contre le braconnage
À Nkayi, les organisations de jeunesse saisissent l’opportunité pour lancer des séances de sensibilisation dans les écoles primaires. « Un chimpanzé n’est pas un animal de compagnie, c’est un allié de la forêt », martèle Clarisse Mabiala, présidente de la Jeune Chambre économique locale.
Les animateurs expliquent le rôle des grands singes dans la régénération des essences commerciales et insistent sur l’impact économique d’une biodiversité préservée pour les générations futures. Le programme, soutenu par la municipalité, prévoit également des concours artistiques autour de la faune endémique.
Les initiateurs visent à diviser les captures régionales.
