Un rapport qui fissure le récit officiel
À Brazzaville, le 27 février 2026, l’Observatoire congolais des droits de l’homme a rendu public un document qui dérange. Son rapport 2025-2026 ausculte une année entière de pratiques institutionnelles, de février 2025 à février 2026.
Le titre, à lui seul, sonne comme un réquisitoire. « Les droits de l’homme en grande difficulté au Congo Brazzaville : l’illusion de la démocratie et de l’État de droit pour perpétuer la tyrannie ». La formule ne laisse guère de place à l’ambiguïté.
Présenté lors d’une conférence de presse, le travail a été conduit à l’échelle nationale. Il a bénéficié du soutien financier du Fonds canadien pour les initiatives locales, gage d’un appui extérieur à cette entreprise de documentation.
La voix de Parfait Moukoko
Parfait Moukoko, président du Conseil d’administration de l’OCDH, a porté la parole de l’organisation. Devant les journalistes, il a déroulé une analyse sans détour des conditions réservées aux libertés publiques dans le pays.
Son constat tient en quelques préoccupations lourdes. L’impunité, d’abord, qui mine la confiance. Le non-respect des lois pourtant ratifiées, ensuite. Et des irrégularités persistantes au cœur des institutions judiciaires et gouvernementales.
Le dirigeant n’a pas esquivé les chapitres les plus sombres. Il a évoqué les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées et la torture, qu’il situe dans les établissements de détention du pays.
Une cinquantaine de disparitions documentées
Le chiffre, brut, frappe les esprits. « L’OCDH a documenté environ une cinquantaine de cas de disparitions forcées au cours des six derniers mois », a déclaré Parfait Moukoko devant l’assistance réunie pour l’occasion.
Le président de l’OCDH ne s’est pas arrêté là. Selon lui, la torture et les exécutions extrajudiciaires « se produisent régulièrement » dans les lieux de détention. Une régularité qui transforme l’incident isolé en phénomène structurel.
Cette comptabilité macabre, l’organisation entend la verser au débat public. Elle l’inscrit dans une démarche d’évaluation analytique, loin du simple recensement, pour mesurer la réalité des engagements pris par les institutions.
Un appel adressé aux candidats à la présidentielle
Le rapport ne se contente pas de dresser un bilan. Il vise un horizon électoral précis. L’OCDH a appelé les candidats à la présidentielle à faire des droits humains une priorité affichée de leur programme.
L’organisation propose ainsi une grille de lecture inédite. Son travail permet, écrit-elle, l’évaluation des engagements des prétendants en la matière. Une manière de placer chaque candidature face à ses responsabilités, sur un terrain souvent négligé.
L’OCDH a également formulé des demandes concrètes. Elle réclame une réponse judiciaire au phénomène des « bébés noirs », ces enfants des rues laissés en marge. L’objectif : sortir d’une gestion sécuritaire pour entrer dans une logique de protection.
Sécurité et justice, un même chantier
L’observatoire plaide aussi pour un meilleur fonctionnement des forces régaliennes. Il souhaite que la police, la gendarmerie et les services judiciaires puissent remplir pleinement leurs responsabilités en matière de sécurité.
Derrière cette demande affleure une conviction. La protection des citoyens et le respect des droits ne s’opposent pas, ils se conditionnent. Un appareil sécuritaire encadré par le droit reste, pour l’OCDH, la meilleure garantie contre l’arbitraire.
Le message s’adresse autant aux institutions qu’à l’opinion. En liant sécurité et justice dans un même chantier, l’organisation refuse le faux choix entre ordre et libertés, souvent invoqué pour justifier l’exception.
Une boussole pour le débat national
Au-delà des chiffres, ce rapport agit comme une boussole. Il propose aux citoyens, à la diaspora et aux décideurs un point de repère stable, à l’heure où le pays se prépare à une échéance majeure.
L’OCDH revendique une posture analytique plutôt que militante. Son ambition affichée est de fournir une évaluation des conditions des droits de l’homme, susceptible de nourrir un débat informé, débarrassé des slogans et des postures convenues.
Reste la question que pose, en creux, l’intitulé même du rapport. L’écart entre les principes proclamés et les pratiques observées peut-il encore se résorber ? L’organisation, en publiant ses constats, fait le pari que la transparence reste une arme.
Pour les lecteurs congolais, ce document s’impose comme une pièce du dossier électoral. Il déplace le regard, des promesses vers les actes, et invite chacun à juger sur preuves plutôt que sur déclarations. C’est tout l’enjeu de cette publication.
