Santé au Congo : enjeux actuels
Au Grand hôtel de Kintélé, le Conseil national de la santé a rassemblé mi-juillet décideurs politiques, experts et partenaires internationaux. Quarante-et-un ans après sa création, l’organe consultatif se veut le catalyseur d’un système plus résilient, capable d’affronter les défis des Objectifs de développement durable.
Sous le haut patronage du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la session a adopté pour fil rouge la gouvernance du système congolais. « La santé est la première des batailles du gouvernement », a-t-il réaffirmé, rappelant que prospérité et bien-être demeurent inextricablement liés.
Une gouvernance sanitaire en mutation
Le décor posé, les experts ont exploré neuf thématiques, de la mobilisation de financements innovants à la territorialisation des ressources humaines. Derrière l’apparente technicité, c’est la question de l’équité qui domine : garantir, d’ici 2030, un accès effectif aux soins essentiels pour chaque citoyen.
La présence de quinze ministres, des préfets et du représentant de l’Organisation mondiale de la santé, Dr Vincent Dossou Sodjinou, illustre l’importance stratégique conférée au dossier. Celui-ci a salué « l’engagement renouvelé des autorités à faire de la santé un levier de développement ».
Depuis plusieurs années, la gouvernance sanitaire congolaise s’appuie sur un triptyque : planification nationale, partenariats internationaux et initiatives communautaires. Toutefois, la coordination manquait d’un cadre mis à jour. La révision du décret de 1984, annoncée, devrait clarifier les compétences du CNS et accélérer la prise de décision.
Cette modernisation répond également au besoin de résilience mis en lumière par la pandémie de Covid-19. Les ruptures d’approvisionnement, l’exode de soignants et la montée des maladies non transmissibles rappellent l’urgence d’institutions capables d’anticiper les chocs et de redistribuer efficacement les ressources limitées.
Financements et équité territoriale
Pour le ministre Jean-Rosaire Ibara, la gouvernance n’est pas seulement affaire de textes : elle suppose un dialogue permanent entre État central, collectivités et société civile. « L’équité en santé n’est pas une option, c’est une exigence morale », a-t-il rappelé à la tribune.
Le débat sur la délégation de gestion des structures sanitaires aux autorités locales cristallise ces enjeux. Les partisans y voient un instrument de proximité et de réactivité. Les plus prudents alertent sur la nécessité d’un dispositif de reddition des comptes empêchant toute fragmentation du service public.
La question des financements a occupé une place centrale. Le budget national de la santé représente près de 9 % des dépenses publiques, en progression depuis 2020, mais demeure inférieur au seuil recommandé par l’OMS. Diversifier les sources est donc jugé indispensable pour atteindre la couverture universelle.
Les experts ont évoqué l’obligation d’augmenter la part des recettes domestiques, tout en recourant à des instruments innovants : assurances maladie contributives, taxes spécifiques sur les produits nocifs, partenariats public-privé pour l’équipement hospitalier. L’idée est de sécuriser un financement pérenne sans creuser l’endettement souverain.
Ressources humaines et gestion décentralisée
Sur le terrain, l’iniquité territoriale reste palpable. Les zones rurales couvrent 40 % de la population mais disposent de moins de 15 % des médecins. Le plan validé à Kintélé prévoit des incitations financières, un logement garanti et un plateau technique rénové pour attirer les praticiens hors des capitales.
La répartition des ressources humaines englobe également la formation continue. Un partenariat avec l’Université Marien-Ngouabi doit consolider l’offre de cours post-universitaires, notamment en épidémiologie et gestion des systèmes. L’objectif est de créer un corps de cadres capables de piloter des projets complexes à l’échelle départementale.
Sur la gouvernance locale, plusieurs préfets ont plaidé pour un transfert progressif, accompagnés d’un renforcement de la fonction publique territoriale. Ils estiment qu’une maîtrise budgétaire accrue et des données sanitaires fiables constituent des préalables à toute déconcentration, faute de quoi émergeraient des inégalités nouvelles entre collectivités.
Les partenaires techniques, de leur côté, insistent sur la transparence. « Une réforme qui ne fixe pas d’indicateurs mesurables risque de rester théorique », observe une conseillère de la Banque mondiale. Un tableau de bord trimestriel, accessible en ligne, devrait à terme mesurer accès, qualité et satisfaction des usagers.
Feuille de route vers la couverture universelle
En adoptant neuf séries de recommandations, le CNS définit désormais une feuille de route structurée. Parmi les chantiers prioritaires : la modernisation des infrastructures, la digitalisation du parcours patient et l’institution d’une participation communautaire qui valorise les comités de santé de village, héritiers des traditions de solidarité.
La prochaine session, prévue en 2027, devra faire le point sur la mise en œuvre. D’ici là, chaque ministère signera des contrats-objectifs avec le CNS. Si la volonté politique demeure, la République du Congo pourrait rejoindre, avant 2030, le cercle restreint des pays africains proches de la couverture universelle.
Au-delà des annonces, les observateurs notent que la session de Kintélé s’inscrit dans une trajectoire plus vaste : celle d’un repositionnement stratégique où la santé devient un facteur de diplomatie régionale. En investissant dans les soins transfrontaliers, Brazzaville pourrait renforcer son rôle pivot en Afrique centrale.
