Premières lumières sur Kinshasa
À Kinshasa, les projecteurs se sont braqués sur cinquante visages féminins venus des six pays d’Afrique centrale pour la troisième édition du trophée Congolese Women Excellentia. Parmi elles, la Congolaise Josiane Mouhani a décroché la distinction « femme de foi », éclipsant discrètement sa propre émotion.
Couronnée par la Fondation Alpha Perla, la lauréate revendique un engagement aussi spirituel que concret, ancré dans la promotion de l’autonomisation féminine. Son sacre résonne comme un signal fort pour les actrices de la société civile congolaise en quête de nouveaux leviers d’impact social.
Un trophée régional en pleine ascension
Initiée en 2021, l’initiative Congolese Women Excellentia gagne chaque année en résonance médiatique grâce à un concept simple : récompenser les parcours féminins qui, dans leurs domaines, conjuguent ambition, excellence et influence positive. L’édition 2023 a rassemblé entrepreneures, artistes, chercheuses et politiques venus du Cameroun au Gabon.
La fondatrice, Alphonsine Perla, oppose volontiers cette approche à des cérémonies plus mondialisées qu’elle juge déconnectées des réalités locales. « Nous voulons célébrer ce qui fonctionne déjà chez nous », explique-t-elle, soulignant l’importance du réseautage transfrontalier pour faire circuler expertises et opportunités d’affaires.
Le parcours multicasquette de Josiane Mouhani
Née à Brazzaville, Josiane Mouhani a bâti son identité publique en associant deux sphères rarement conciliées : l’engagement ecclésiastique et l’action politique. Pasteure au sein d’une église pentecôtiste, elle siège aussi comme secrétaire nationale chargée du genre au Parti des démocrates congolais, allié de la majorité présidentielle.
Sa double légitimité la place à l’intersection des débats sur la parité et la moralisation de la vie publique. « Être servante de Dieu ne suffit pas ; il faut descendre sur le terrain », rappelle-t-elle, revendiquant une vision où foi et politiques publiques se renforcent mutuellement.
Une foi au service du social
Créée en 2022, la Fondation Josiane Mouhani pour les délaissées intervient principalement auprès des jeunes filles-mères de Brazzaville et Pointe-Noire. Ateliers de couture, séances de mentorat et microcrédits s’y enchaînent, dans l’idée d’ouvrir un chemin économique à celles que la précarité confine souvent au silence.
La lauréate prépare actuellement une marche nationale contre la délinquance juvénile pour alerter sur le phénomène des kulunas, ces bandes urbaines au mode opératoire violent. L’objectif affiché est d’impliquer les mères dans la prévention, « parce qu’elles restent les premières éducatrices », insiste-t-elle.
Impact attendu au Congo-Brazzaville
Le ministère congolais de la Promotion de la femme salue une récompense « qui conforte la stratégie nationale d’autonomisation », selon un communiqué transmis à notre rédaction. Des partenariats pourraient être scellés pour élargir les modules de formation professionnelle de la fondation dans plusieurs départements.
Sur le plan politique, la visibilité gagnée par Josiane Mouhani renforce les signaux envoyés par la majorité au sujet d’une plus grande présence féminine dans les instances décisionnelles. Au Sénat comme à l’Assemblée, des voix plaident déjà pour réserver des quotas plus ambitieux aux jeunes cadres.
Regards croisés d’experts
Pour la sociologue Esther Kavira, ce trophée montre que « la soft power féminine peut devenir un vecteur diplomatique régional ». Elle estime que la prochaine étape consistera à quantifier l’impact socio-économique réel des lauréates, afin de passer d’une reconnaissance symbolique à des indicateurs mesurables.
L’économiste Prince Balekita rappelle que l’autonomisation reste freinée par le coût du crédit et le déficit d’infrastructures rurales. « Les fondations doivent travailler avec les banques locales pour réduire les risques perçus », suggère-t-il, notant que le Parlement planche actuellement sur un projet de loi microfinance.
Le point socio-éco
Selon la Banque mondiale, seules 27 % des Congolaises disposent d’un compte bancaire. Des études internes au gouvernement évaluent pourtant à 1,3 million le nombre potentiel d’artisanes susceptibles de créer des micro-entreprises à court terme. L’activation de ce gisement reste tributaire de programmes d’accompagnement adaptés.
Le budget 2024 prévoit une enveloppe de 12 milliards de francs CFA pour la promotion du genre, en hausse de 15 %. Les analystes y voient une fenêtre pour consolider les partenariats public-privé, à condition que les fondations comme celle de Mouhani puissent accéder aux guichets compétitifs.
À retenir
Le sacre de Josiane Mouhani dépasse le cadre protocolaire : il illustre l’émergence d’une génération de leaders africaines capables d’adosser leur foi à des politiques publiques inclusives. Kinshasa fut la vitrine, mais Brazzaville devient le laboratoire où s’écrira la suite de cette ambition partagée.
Alors que les regards se tournent vers la prochaine édition du trophée, prévue à Libreville, la nouvelle « femme de foi » congolaise entend démontrer que la consécration ne vaut que par l’œuvre. La marche contre les kulunas annoncée devrait offrir un premier test grandeur nature.
Perspectives régionales
La portée régionale du trophée pourrait se mesurer l’an prochain, lorsque les porteuses de projets saluées à Kinshasa se retrouveront autour d’un fonds d’amorçage commun. Conçu pour mutualiser expertise juridique, capital-risque et visibilité médiatique, ce dispositif pourrait accélérer l’intégration économique de la CEMAC et, au-delà, constituer un modèle réplicable dans d’autres communautés économiques africaines, présenté hier à Brazzaville aux partenaires publics et privés.
