Brazzaville accueille Connect Diaspora
A Brazzaville, le 12 novembre, le Secrétaire permanent du Conseil consultatif de la société civile et des ONG, Germain Céphas Ewangui, a reçu le président du Réseau des diasporas solidaires, Alioune Sy, venu dévoiler « Connect Diaspora », dispositif destiné à rapprocher compétences expatriées et institutions nationales.
Plus qu’une simple audience protocolaire, l’entretien a posé les bases d’une coopération structurée entre la République du Congo et ses ressortissants établis notamment en France, dans l’optique d’orienter leurs savoir-faire vers les objectifs de développement inscrits dans la Feuille de route gouvernementale 2022-2026.
Un pont institutionnel entre Brazzaville et Paris
Porté par la plateforme française FORIM, Connect Diaspora entend sécuriser, fluidifier et valoriser les échanges entre fédérations associatives congolaises d’Europe et services publics brazzavillois, en passant par une interface unique capable de suivre les projets, de lever les obstacles administratifs et de garantir la transparence des procédures.
« Nous voulons des liens étroits, constructifs et co-construits », a insisté Alioune Sy au sortir de la rencontre, rappelant que les quelque 70 000 Congolais installés en France forment un vivier de compétences souvent sollicitées de façon ponctuelle, sans cadrage global, ni mécanisme d’évaluation partagé.
Diaspora structurée, atout pour le Congo
La diaspora congolaise est aujourd’hui organisée en fédérations thématiques, des ingénieurs pétroliers aux chercheurs en santé publique. Cette structuration, renforcée par la loi française de 2014 sur les associations de solidarité internationale, facilite la mutualisation des carnets d’adresses, la levée de fonds et le mentorat de jeunes talents.
Selon les estimations du Trésor français, les transferts de fonds des Congolais de l’étranger avoisinent chaque année 200 millions d’euros, essentiellement orientés vers l’aide familiale. Connect Diaspora vise à rediriger une partie de ces flux vers des projets communautaires pilotés avec les ministères sectoriels congolais.
Le rôle moteur du FORIM
Né en 2002, le Forum des Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations réunit plus de 150 structures. Officiellement apolitique, le FORIM agit comme plateforme de plaidoyer et de financement, bénéficiant du soutien de l’Agence française de développement pour des programmes d’incubation et de capitalisation d’expériences.
Pour Alioune Sy, la valeur ajoutée du FORIM réside dans le suivi-évaluation et la certification sociale des projets. En clair, chaque initiative validée obtient un label garantissant la bonne gouvernance, élément crucial pour rassurer partenaires techniques et bailleurs, mais aussi les administrations congolaises désireuses de s’entourer d’expertises reconnues.
Axes prioritaires du programme Connect Diaspora
Connect Diaspora s’articule autour de quatre axes : entreprenariat des jeunes, renforcement des infrastructures sociales, transition numérique et valorisation des savoirs traditionnels. Chaque axe est piloté par un binôme composé d’entrepreneurs de la diaspora et de cadres congolais, afin d’assurer l’alignement sur les politiques publiques existantes.
En matière d’entreprenariat, un fonds d’amorçage de 1,5 million d’euros, déjà abondé à 40 %, soutiendra dix start-ups au premier trimestre 2024, avec priorité aux filières agro-alimentaires et à l’économie circulaire. Des accords avec l’Agence nationale de promotion des investissements garantiront un guichet unique pour les formalités.
Sur le volet transition numérique, la diaspora mettra à disposition des administrations des experts en cybersécurité et en data management, souvent employés dans des groupes du CAC 40, pour accompagner la dématérialisation des services et la création d’un cloud souverain censé réduire les coûts de maintenance.
Gouvernance et cadres juridiques favorables
La délégation a salué l’existence, depuis 2021, d’un décret encadrant les partenariats public-diaspora, qui confère au Conseil consultatif de la société civile un rôle de guichet de coordination. Cette avancée institutionnelle rassure les porteurs de projets en simplifiant la chaîne de décision et les obligations déclaratives.
Germain Céphas Ewangui a rappelé que le gouvernement encourage l’implication citoyenne des diasporas, précisant que « la main de l’État reste ouverte à toutes les expertises désireuses de contribuer au Plan national de développement ». Une cellule dédiée examinera désormais chaque dossier en moins de trente jours.
À retenir
Connect Diaspora arrive dans un contexte où les envois de fonds mondiaux se tassent sous l’effet des crises sanitaires et géopolitiques. En offrant un canal sécurisé, le programme ambitionne de préserver ces flux tout en ciblant des investissements productifs à long terme, synonymes d’emplois locaux.
Le point économique
D’après une note conjointe du FMI et de la Banque mondiale, l’engagement structuré des diasporas peut accroître de 0,5 point la croissance annuelle d’un pays aux caractéristiques du Congo. Les secteurs prioritaires identifiés dans Connect Diaspora pourraient générer 15 000 emplois directs sur cinq ans.
Perspectives économiques et sociales
Le succès du programme reposera sur la capacité des acteurs à maintenir un dialogue permanent, à mesurer les impacts et à assurer la montée en compétence des cadres locaux. Les premiers retours, attendus fin 2024, serviront de baromètre pour élargir la démarche à d’autres communautés expatriées.
Un volet culturel favorisera également les résidences d’artistes, afin de renforcer l’identité partagée et durable.
