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Le déplacement du ministre congolais de la Coopération internationale, Denis Christel Sassou Nguesso, à La Havane a trouvé son point d’orgue lors de l’audience accordée par Miguel Díaz-Canel. Au-delà du protocole, l’entretien repositionne l’axe Brazzaville-La Havane parmi les partenariats actifs du continent au sein d’une région très courtisée.
Chronologie d’une amitié
Depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1964, Brazzaville et La Havane n’ont jamais vraiment cessé de dialoguer. Les coopérants cubains déployés dès les années 1970 dans la santé et l’enseignement ont laissé un souvenir vivace dans plusieurs capitales régionales du Congo et parmi les cadres.
Au fil des cycles politiques, cette coopération s’est adaptée, passant de l’envoi massif de médecins à des programmes de bourses ciblées. L’accord général signé en 2000 a servi de colonne vertébrale, même lorsque d’autres priorités extérieures absorbèrent l’attention des deux chancelleries durant la décennie écoulée.
Un entretien à La Havane qui compte
La rencontre du 28 juin s’est tenue au Palais de la Révolution, dans le décor austère des grandes visites officielles cubaines. Miguel Díaz-Canel a accueilli son hôte congolais en déclarant, selon la présidence, que « l’amitié n’a jamais été un slogan » pour nos deux peuples.
En réponse, Denis Christel Sassou Nguesso a rappelé que le Congo place Cuba « au rang de ses alliés ayant éprouvé la fidélité ». Les caméras ont saisi une poignée de main appuyée, prélude à une séance de travail élargie aux délégations techniques des deux pays.
Solidarité historique scellée
La Havane n’a pas oublié la mobilisation diplomatique de Brazzaville, en 2021, contre le maintien de l’embargo américain. Inversement, le Congo a longtemps bénéficié du soutien médical cubain, jusque dans des hôpitaux de Dolisie et d’Owando où les praticiens hispanophones restent cités en exemple constant.
Le ministre congolais a remis un message de compassion relatif aux dommages causés par l’ouragan Melissa. Geste salué par son interlocuteur qui a évoqué « une marque de fraternité africaine ». Miguel Díaz-Canel a souligné que la reconstruction se fera avec des partenaires fiables, dont Brazzaville.
Relance des commissions mixtes
Suspendues depuis 2015 pour raisons budgétaires, les commissions mixtes Cuba-Congo reprennent. Un protocole d’accord fixe la tenue alternée à Brazzaville et à La Havane, tous les dix-huit mois. La première session est attendue au premier trimestre 2024, sous présidence conjointe des ministres sectoriels des deux.
Selon l’entourage du ministre congolais, les équipes Plan, Finances et Santé élaborent déjà les fiches-projets. Côté cubain, le ministère du Commerce extérieur a indiqué vouloir mobiliser son expertise en biomédecine et en ingénierie portuaire, domaines jugés complémentaires pour l’économie congolaise et l’intégration sous-régionale future aussi.
Axes prioritaires : santé, formation, énergie
La santé restera le pilier visible. Un projet pilote, prévoyant l’implantation d’un centre d’oncologie à Owando, figure parmi les cinq dossiers validés. Les autorités espèrent réduire les évacuations coûteuses vers l’étranger et renforcer la couverture médicale dans les zones septentrionales du pays dès 2025 entier.
En matière de formation, l’université Marien Ngouabi réactive son protocole d’échanges avec l’institut cubain José-Antonio Echeverría. Une trentaine d’étudiants congolais spécialistes en génie énergétique devrait rejoindre La Havane à la rentrée, tandis qu’une quinzaine de professeurs cubains feront le chemin inverse dès octobre prochain également.
L’énergie renouvelable constitue enfin un horizon partagé. La société publique Énergie électrique du Congo étudie l’acquisition de petites centrales biomasse conçues à Cuba, adaptées aux confins forestiers du nord. Un comité mixte doit chiffrer les coûts et calibrer les transferts de technologie dès janvier 2025.
À retenir
Le déplacement ministériel aura permis de sceller politiquement la reprise des commissions mixtes, de confirmer cinq projets à court terme et d’afficher la solidarité congolaise face à l’ouragan Melissa, autant de signaux qui redonnent élan à une coopération parfois jugée en sommeil ces dernières années.
Le point éco
D’après le ministère congolais des Finances, la valeur cumulée des projets identifiés approche 120 millions de dollars, dont la moitié sous forme de crédits concessionnels cubains. Les responsables affirment que l’impact budgétaire restera « modéré » grâce à remboursements différés sur quinze ans, à taux.
La Banque des États de l’Afrique centrale salue, dans une note interne consultée, la logique de porter des investissements favorisant la substitution aux importations médicales. Les économistes y voient un pas vers la diversification indispensable à la stratégie nationale de développement 2022-2026 du Congo actuel.
Perspectives régionales et multilatérales
Dans le Golfe de Guinée, la relance de l’axe Cuba-Congo pourrait inspirer d’autres pays de la CEMAC, intéressés par les solutions low-cost cubaines en biotechnologies. Déjà, Libreville et Malabo ont sollicité Brazzaville pour bénéficier d’une éventuelle plateforme de formation sous-régionale dès l’an prochain selon eux.
Au plan multilatéral, les deux capitales entendent porter d’une même voix, lors du prochain sommet Afrique-Caraïbes, la demande d’un financement climatique adapté aux économies forestières. L’occasion, affirme un diplomate congolais, de « montrer que le Sud peut proposer des solutions partagées » à communauté internationale.
