La bataille pour la présidence de la Fécohand
A quatorze mois des JO de Los Angeles, le handball congolais traverse un nouvel épisode décisif: l’élection du bureau de la Fédération congolaise de handball, reportée à plusieurs reprises depuis septembre 2024, oppose désormais deux visions incarnées par Linda Noumazalayi et Avicenne Nzikou.
Le dépôt des candidatures clos, la Commission électorale indépendante, présidée par l’avocat tunisien Mouadh Ben Zaied, a validé la seule liste Noumazalayi, écartant celle de Nzikou pour dossiers incomplets concernant quatre colistiers, décision qui a immédiatement redirigé le débat vers les salles d’audience.
Dans cette configuration, l’assemblée générale élective programmée pour le 16 août 2025 pourrait se transformer en plébiscite si aucun recours suspensif n’aboutit, faisant de l’ancienne internationale des Diables-Rouges la première femme appelée à diriger la fédération depuis son établissement en 1960.
Une Commission électorale sous observation
Installée à la demande conjointe du Comité national olympique congolais et de la Confédération africaine de handball, la C.E.I. devait incarner une neutralité manifeste après les tensions observées lors de la réélection contestée de septembre 2024.
Pourtant, Me Ben Zaied s’est attiré des critiques, l’équipe Nzikou dénonçant une modification tardive du calendrier et des critères d’éligibilité; l’intéressé rétorque qu’aucune innovation n’a été introduite hors du cadre statutaire, soulignant que les délais de complétude étaient identiques pour tous.
Les ressorts juridiques du duel
Conseillé par l’avocat Eric Bouanga, Nzikou a porté l’affaire devant la Chambre de conciliation et d’arbitrage du sport, sollicitant d’abord l’annulation de la décision de la C.E.I., puis la suspension de l’assemblée générale, procédure engagée en référé afin d’obtenir une mesure conservatoire rapide.
Le 14 août, le tribunal arbitral a toutefois estimé qu’il n’y avait pas matière à référé, invitant le requérant à « mieux se pourvoir ». Cette jurisprudence laisse entendre qu’un examen au fond reste possible, mais hors des délais permettant de geler le scrutin.
Selon un professeur de droit sportif joint à Brazzaville, « la formation collégiale a voulu rappeler que l’urgence ne peut être invoquée lorsque le demandeur avait connaissance des faits depuis plusieurs semaines ». Cette lecture affaiblit structurellement la stratégie contentieuse de l’opposition.
Enjeux politiques et sportifs conjugués
Au-delà du résultat, l’élection cristallise des intérêts sectoriels. D’un côté, les clubs urbains, souvent proches des bailleurs privés, misent sur la visibilité internationale que promet le programme Noumazalayi. De l’autre, les ligues départementales redoutent une centralisation accrue des ressources.
La candidate, ancienne pivot des Diables-Rouges, propose un contrat-programme axé sur la formation des cadres techniques, la rénovation des plateaux scolaires et la création d’un championnat féminin viable. Son équipe évoque un budget prévisionnel de 2,3 milliards de francs CFA réparti sur quatre ans.
Le camp Nzikou, ancré dans le réseau associatif provincial, insiste sur une gouvernance participative et la redistribution des subventions selon un indice de pratique locale. Plusieurs présidents de ligue y voient une assurance contre ce qu’ils décrivent comme « l’élitisme brazzavillois » du handball national.
Derrière ces propositions, certains observateurs perçoivent l’ombre d’alliances politiques locales, la fédération jouant souvent un rôle d’interface entre le ministère tutelle et les collectivités, notamment pour le financement de tournois de cohésion nationale prévus dans le Plan national du sport 2023-2027.
Les résonances internationales du dossier
Le Congo-Brazzaville accueillera, en juin 2026, une étape du Challenge Trophy de l’IHF. L’attribution de cette compétition reste conditionnée à la stabilité institutionnelle fédérale, précise un courrier de la Fédération internationale, rappelant les exigences de transparence financière et de diversité de gouvernance.
Pour plusieurs bailleurs multilatéraux, dont l’Agence française de développement, la crédibilité des organes de gestion sportive constitue désormais un critère d’éligibilité aux programmes d’infrastructure. Une élection apaisée renforcerait donc le positionnement du pays dans la diplomatie sportive régionale, analysent des spécialistes de la CEEAC.
Le rôle des institutions africaines du handball
Face à l’impasse, la Confédération africaine de handball s’est impliquée, mandatant des observateurs et exhortant un retour rapide à la normale pour préserver la participation du Congo-Brazzaville aux qualifications continentales féminines prévues début 2026.
Dans une note confidentielle consultée par nos soins, l’instance panafricaine rappelle que l’article 41 de ses statuts autorise une mise sous tutelle provisoire si une fédération nationale reste sans direction élue, dispositif déjà appliqué au Cameroun en 2017 et au Mali en 2021.
Scénarios possibles avant le 16 août 2025
Trois issues demeurent plausibles selon un analyste de l’Université Marien-Ngouabi: confirmation du calendrier actuel, suspension ordonnée au fond par la C.C.A.S., ou accord politique entraînant un report consensuel. La première hypothèse conserve pour l’instant la faveur des acteurs institutionnels.
Si l’élection se tient et qu’aucune liste concurrente n’est réhabilitée, Noumazalayi pourrait devenir la deuxième femme à présider une fédération olympique au Congo. Ses soutiens y voient un signal d’ouverture, tandis que ses critiques redoutent une concentration des pouvoirs dans la capitale.
Quoiqu’il advienne, le feuilleton révèle l’importance croissante des mécanismes de gouvernance sportive dans la diplomatie congolaise, souvent appelée à démontrer sa capacité de médiation. L’aboutissement pacifique du processus serait, à court terme, un indicateur positif pour l’ensemble du mouvement associatif.
