Réunion stratégique sur les prix fiscaux
Durant trois jours, du 8 au 10 octobre, la capitale économique a accueilli la troisième session de fixation des prix fiscaux des hydrocarbures pour le troisième trimestre 2025. Autour de la table : majors, indépendants, administration et experts.
« Il ne s’agit pas seulement d’un chiffre, mais d’une trajectoire qui sécurise nos recettes tout en restant lisible pour les investisseurs », a lancé Macaire Batchi, directeur de cabinet du ministre des Hydrocarbures, en ouvrant les débats sous le regard du président des comités des prix, Jean-Jacques Ikama.
La rencontre, patronnée par le ministère et organisée par Wing Wah Congo, a rappelé la centralité du dialogue public-privé dans une industrie qui fournit encore près de 60 % des recettes d’exportation du Congo.
Contexte pétrolier congolais
Depuis le rebond partiel des cours mondiaux en 2023, Brazzaville s’emploie à maintenir la compétitivité de ses bruts Djéno et Yombo, tout en finançant les infrastructures prévues dans le Plan national de développement 2022-2026.
Le marché reste mouvant. L’accord OPEP+ sur la modulation de l’offre, les tensions logistiques en mer Rouge et la transition énergétique en Europe influencent la demande. Pour les producteurs congolais, calibrer le prix fiscal revient à concilier ces dynamiques externes avec les engagements budgétaires internes.
Enjeux budgétaires et attractivité
Le prix fiscal sert de base au calcul de plusieurs taxes spécifiques, notamment la redevance, l’impôt sur les sociétés pétrolières et la taxe sur la valeur ajoutée à l’export. Un relèvement trop brusque gonflerait les recettes, mais pourrait éroder la marge des opérateurs.
À l’inverse, un prix sous-évalué limiterait l’entrée de devises et retarderait certains projets sociaux planifiés par le gouvernement. « Nous devons trouver le point d’équilibre qui satisfasse Trésor public et actionnaires », résume un cadre de la Société nationale des pétroles du Congo.
Voix des acteurs industriels
Le vice-président de Wing Wah, Xiao Kaitao, a salué « un moment de responsabilité collective », soulignant que l’expertise technique doit aller de pair avec la prise en compte des obligations climatiques. Plusieurs opérateurs ont plaidé pour des hypothèses de prix fondées sur un baril à 80 USD.
Les indépendants, eux, souhaitent conserver un différentiel suffisamment attractif pour compenser les coûts de maintenance des installations matures à Pointe-Noire. « La qualité du brut congolais justifie une prime, mais encore faut-il que la fiscalité reste prévisible », observe une source interne à Perenco.
À retenir
Les discussions ont confirmé la volonté de Brazzaville de sécuriser une trajectoire de prix progressifs jusqu’en 2025, de renforcer la transparence des paramètres de calcul et d’intégrer des clauses d’ajustement automatique en cas de choc extrême sur les marchés internationaux.
Le point juridique/éco
Le cadre légal est régi par la loi 2022-17 sur les hydrocarbures et son décret d’application du 3 février 2023. Celui-ci confère au comité des prix un rôle consultatif renforcé, mais la décision finale revient au ministre après visa du ministère des Finances.
L’édition 2025 introduira un mécanisme de neutralité budgétaire : si le prix réel s’écarte de plus de 15 % du prix fiscal, un correctif sera opéré au trimestre suivant. Cette innovation, saluée par les compagnies, devrait réduire la volatilité des prévisions de trésorerie.
Perspectives pour 2025
Les projections partagées à Pointe-Noire tablent sur une production moyenne de 270 000 barils par jour, stable par rapport à 2024, grâce au plateau de Moho Nord et aux optimisations menées sur Marine XI.
En toile de fond, l’ambition nationale de capter davantage de valeur locale se précise : montée en puissance de la raffinerie de Pointe-Noire, formation d’ingénieurs au Centre d’excellence de l’ENSP et lancement prévu d’un observatoire du contenu local dès janvier 2025.
« Le pétrole reste le moteur de notre économie, mais nous devons préparer l’après-pétrole en réinvestissant ces revenus dans la diversification », conclut Macaire Batchi. Dans l’immédiat, la clé passe par une tarification stable, crédible et partagée par tous les acteurs.
