Cap sur l’African Energy Week
Depuis Le Cap, Anatole Collinet Makosso a vanté, devant un parterre d’industriels, les ressources du Congo et son cadre incitatif. Le chef du gouvernement, mandaté par le président Denis Sassou Nguesso, a placé la cinquième African Energy Week sous le signe de l’action.
Le thème retenu, « Invest in African Energy », résume un double défi, urgent et porteur : répondre à la demande continentale tout en inscrivant l’Afrique sur la carte des puissances énergétiques. Pour Brazzaville, c’est l’occasion de présenter un portefeuille d’opportunités calibré.
Devant ses pairs, le Premier ministre a rappelé la stratégie nationale : transformer localement le pétrole et le gaz, créer des emplois et sécuriser les recettes budgétaires. L’objectif, a-t-il insisté, est d’ancrer la croissance dans des filières intégrées et diversifiées.
Les projets phares pétrole et gaz
Premier argument, le permis Nzombo, opéré par TotalEnergies avec QatarEnergy et la SNPC, devrait faire du littoral congolais un hub d’excellence. Vient ensuite Moho Nord, autre gisement emblématique qui, selon les projections officielles, accroîtra sensiblement la production dès l’an prochain.
Le récent accord conclu avec Wing Wah sur les blocs Banga Cayo, Holmoni et Cayo pousse l’ambition plus loin : 200 000 barils quotidiens additionnels d’ici 2030. Sur les champs matures, Perenco modernise les installations et optimise le taux de récupération.
Gaz naturel liquéfié, un pari gagnant
Longtemps torché, le gaz congolais devient une manne. Avec Eni Congo, le pays a mis en service le FLNG Nguya : 1,4 million de tonnes de capacité qui porteront la liquéfaction totale autour de 3 millions de tonnes, selon le ministère de l’Énergie.
Cette unité flottante, première du genre en Afrique centrale, ouvre la voie à des ventes flexibles, aussi bien vers l’Europe en quête de diversification que vers les marchés asiatiques. Elle garantit surtout une alimentation stable pour les centrales électriques locales.
Les autorités comptent également sur le gaz pour alimenter le futur corridor industriel Pointe-Noire–Ouesso. Les premières études estiment que l’abaissement du coût de l’électricité pourrait réduire de 25 % les dépenses des cimenteries et booster la compétitivité des métaux locaux.
Diversification et mix énergétique
Au-delà des hydrocarbures, Brazzaville mise sur le soja et le tournesol pour produire des biocarburants. L’usine inaugurée dans le Kouilou, en partenariat avec Eni Congo, illustre cette volonté d’ancrer la chaîne de valeur agricole dans la révolution énergétique.
La SNPC développe, pour sa part, le projet Eco Zamba : d’immenses forêts-énergie destinées à capter du carbone et fournir du bois-fuel durable. Cette démarche verte conforte la diplomatie climatique du Congo, déjà active au sein de la Commission des bassins forestiers.
Le secteur privé suit. Atlantique Pétrochimie SA, adossée à Beijing Fortune Diengheng, projette une deuxième raffinerie de 2,5 à 5 millions de tonnes annuelles pour 600 millions de dollars, créant un marché régional d’essence et de bitume.
Partenariats et transfert de compétences
Anatole Collinet Makosso insiste : les investisseurs recherchés sont ceux qui forment, embauchent et partagent la technologie. L’État veut conditionner l’octroi des permis à des programmes de formation d’ingénieurs et à l’utilisation de sous-traitants locaux pour ancrer les savoir-faire.
Cette exigence répond à une réalité. Selon la Banque mondiale, chaque point de contenu local injecté dans la chaîne pétrolière peut générer jusqu’à 17 000 emplois indirects. Le Congo compte donc capitaliser sur ses universités et sur l’outil industriel d’Oyo et Pointe-Noire.
Un fonds d’innovation énergétique, doté de 50 millions de dollars et abondé par les majors, sera lancé en 2024 pour financer des start-up congolaises spécialisées dans le stockage, l’internet des objets industriels et la maintenance prédictive.
À retenir
Quatre messages ressortent de la tribune du Premier ministre : la transformation locale n’est plus une option, le gaz ouvre une ère post-pétrole, l’agriculture énergétique s’installe et l’investissement doit s’accompagner d’un transfert de compétences mesurable.
Le point économique
Selon le ministère des Finances, la contribution directe du secteur énergie au PIB pourrait passer de 36 % actuellement à 45 % en 2030, grâce aux recettes gazières et aux produits raffinés. Les revenus attendus devraient consolider la trajectoire budgétaire post-Covid.
Le FMI anticipe parallèlement une hausse modérée mais soutenue de la croissance, aux alentours de 4 % par an. Cette projection repose sur la stabilité politique, le renforcement de la gouvernance minière et les initiatives vertes promues par Brazzaville.
Perspectives régionales
À l’échelle de la CEMAC, le Congo propose d’harmoniser la fiscalité des hydrocarbures pour attirer davantage de capitaux. Une étude conjointe avec la Banque de développement des États d’Afrique centrale est annoncée afin de mesurer l’impact d’un marché gazier intégré.
Le Cap sert ainsi de tremplin à une diplomatie économique ambitieuse. Makosso a déjà convié plusieurs majors à Brazzaville pour un forum prévu en février. L’idée est de convertir les intentions signées en Afrique du Sud en décisions finales d’investissement rapides.
En filigrane, le gouvernement rappelle que la justice énergétique reste le socle d’une transition durable. « Sans accès universel, la décarbonation demeurera un slogan », a conclu le Premier ministre, réaffirmant la volonté du Congo d’être, non plus suiveur, mais capteur de valeur.
