Trois ans après, Oyo trace sa route vers l’autonomie énergétique
Inauguré en avril 2023 par le président Denis Sassou N’Guesso, le Centre d’excellence d’Oyo pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique vient de souffler sa troisième bougie. L’occasion de mesurer le chemin parcouru.
En trois années d’activité, l’établissement s’est imposé comme un point d’ancrage de la transition énergétique en République du Congo (Congo-Brazzaville). Sa vocation : former une main-d’œuvre locale aux métiers d’un secteur encore jeune sur le continent.
Près de 2 000 jeunes formés aux métiers de demain
Le chiffre résume à lui seul l’ambition du projet. Près de deux mille jeunes ont été formés aux métiers liés aux énergies renouvelables depuis l’ouverture du centre, dans des filières où la demande de compétences ne cesse de croître.
À ces parcours de formation s’ajoutent dix-neuf bourses de recherche, attribuées à des étudiants issus des universités et instituts publics du pays. Une manière d’arrimer la relève scientifique à des problématiques concrètes de terrain.
Le centre s’appuie aujourd’hui sur sept laboratoires opérationnels. Parmi eux, un laboratoire de fours améliorés a vu le jour dans le cadre d’un programme dédié à la bioénergie, signe d’une montée en gamme progressive des équipements.
Des recherches qui descendent jusqu’aux villages
L’intérêt du dispositif tient à sa capacité à relier la paillasse et le quotidien des habitants. Des lampes solaires rechargeables ont ainsi été installées dans des villages encore privés d’accès à l’électricité, apportant une réponse directe à un besoin essentiel.
La recherche menée sur place épouse cette logique. L’étudiant-chercheur Prince Pandi développe des briquettes combustibles destinées à réduire la pollution atmosphérique, en mobilisant l’équipement analytique mis à disposition par le centre.
Ce type d’initiative illustre une approche solutions, où l’innovation vise d’abord l’usage. La cuisson propre, l’éclairage hors réseau et la valorisation des ressources locales y trouvent un terrain d’expérimentation concret.
La maintenance, talon d’Achille à surveiller
L’enthousiasme n’efface pas les difficultés. La directrice exécutive, le Dr Maryse Nkoua Ngavouka, a reconnu les défis liés à la maintenance des équipements, un point sensible pour tout centre technique dépendant d’appareils de pointe.
La pérennité des installations conditionne en effet la qualité des formations et la continuité des travaux de recherche. Sans entretien régulier, les laboratoires risquent de perdre une part de leur valeur pédagogique et scientifique.
Cette vigilance s’accompagne d’un autre chantier. Le centre collabore avec les autorités de l’innovation afin de lever les obstacles qui empêchent encore les chercheurs de breveter leurs inventions, une étape clé pour valoriser le savoir produit localement.
Une phase 2 tournée vers l’exportation des savoirs
Au-delà du bilan, la responsable a esquissé l’avenir. Elle évoque « une phase 2 consistant à exporter les savoirs », selon ses mots, ouvrant la perspective d’un rayonnement au-delà des frontières congolaises.
Cette ambition place le Centre d’excellence d’Oyo dans une position singulière. Plutôt que de rester un simple lieu de formation, il aspire à devenir un pôle de référence capable de diffuser ses compétences vers d’autres territoires.
Le pari reste suspendu à plusieurs conditions : la résolution des questions de maintenance, l’aboutissement des démarches de brevet et la consolidation des filières déjà ouvertes. Autant de jalons qui détermineront la solidité de cette deuxième étape.
Un signal pour la transition énergétique congolaise
À l’échelle du pays, l’expérience d’Oyo dit quelque chose de plus large. Elle montre qu’une politique de transition peut s’incarner dans des compétences, des laboratoires et des objets utiles, plutôt que dans les seules déclarations d’intention.
En misant sur les jeunes, sur la recherche appliquée et sur l’accès à l’énergie dans les zones rurales, le centre tisse un lien direct entre formation et développement des territoires. C’est précisément là que se joue l’impact réel.
Trois ans après son lancement, le bilan apparaît encourageant sans être définitif. La suite dépendra de la capacité des acteurs à transformer cet acquis en dynamique durable, au service des communautés et de l’autonomie énergétique du Congo-Brazzaville.
