Paris accueille les Jeca 2025
Sous les ors du Palais du Luxembourg, les 26 et 27 septembre, quelque deux cents acteurs institutionnels, économiques et politiques ont posé leurs valises pour ausculter, en face-à-face, l’avenir des transactions Nord-Sud. L’Institut Afrika, à l’origine de l’événement, voulait un lieu symbolique : le Sénat français répondait parfaitement.
Du petit-déjeuner d’affaires au dernier aparté, les couloirs bruissaient d’acronymes : AfCFTA, FDI, ESG. Au-delà du jargon, un impératif filait comme un fil rouge : donner à l’Afrique la pleine maîtrise de son agenda économique, tout en rassurant les investisseurs venus d’Europe et d’ailleurs.
Un think tank aux ambitions panafricaines
Créé par l’économiste et stratège Paul Kananura, l’Institut Afrika revendique une approche holistique mêlant sécurité, développement et gouvernance inclusive. « Nous voulons sortir d’une logique d’assistance, installer une logique de co-construction », a confié le fondateur en ouverture des travaux.
Le thème général, « Diplomatie économique et promotion des investissements », fit écho aux préoccupations post-pandémie : relance, souveraineté industrielle et compétitivité. Chaque séquence entendait dessiner des réponses concrètes, appuyées sur les diasporas, considérées comme « investisseurs émotionnels » capables de déverrouiller des projets bloqués.
Entrepreneurs et investisseurs se connectent
Les matinées furent consacrées à des petits déjeuners BtoB, savamment chronométrés. Cinq tables, cinq minutes de pitch par intervenant, puis échanges directs. À la sortie, plusieurs promesses de lettres d’intention circulaient déjà, notamment dans l’agro-transformation et le solaire hors-réseau.
Pour la Camerounaise Marie-Serge Ngann, fondatrice d’une start-up d’emballages biodégradables, « un tel format accélère la courbe de confiance ». Les fonds français présents se disent sensibles aux garanties juridiques offertes désormais par l’OHADA et par les tribunaux de commerce spécialisés ouverts à Brazzaville, Abidjan ou Cotonou.
Made in Africa : le défi qualité
Le panel 3, dédié à la promotion du label « Made in Africa », a élargi le débat. Normalisation, certification et coûts logistiques demeurent des freins. Pourtant, le constat d’Alexandre Lavollée, analyste chez Business France, reste optimiste : « Le consommateur européen cherche du cacao ou du bois traçable ; l’Afrique peut offrir cette valeur ajoutée ».
Les intervenants ont insisté sur l’urgence de chaînes de valeur locales. Une porterait déjà ses fruits : le coton congolais teint aux pigments naturels, soutenu par l’Agence de valorisation des industries culturelles, qui vise une présence sur les podiums parisiens dès 2026.
Focus sur la table ronde pilotée par Valencia Iloki Engamba
Moment attendu, le panel 4 fut modéré par la Congolaise Valencia Iloki Engamba, magistrate et présidente de l’association Accès droit pour tous. Sa conduite précise du débat a permis de disséquer, sans détour, la question : « Comment investir en Afrique dans une ère de compétition géopolitique exacerbée ? ».
Les experts ont multiplié exemples et mises en garde. D’un côté, l’afflux d’infrastructures clé en main ; de l’autre, la nécessité de protéger les actifs stratégiques africains. « La vigilance contractuelle devient une arme de souveraineté », a souligné l’avocat sénégalais Cheikh Sow.
L’enjeu stratégique des partenariats publics-privés
Le concept de PPP fit figure de fil conducteur. Les organisateurs rappellent qu’il mobilise non seulement des capitaux mais aussi un transfert de compétences et une discipline de gestion utile aux administrations. Bancs de tests : la fibre optique kinéenne, la déviation de Libreville et, côté congolais, la nouvelle route Oyo-Ouesso.
La création, à Brazzaville, d’un ministère dédié aux PPP a été saluée comme un acte structurant. Elle traduit la volonté du président Denis Sassou Nguesso de sécuriser les montages juridiques et d’offrir aux investisseurs un guichet unique, limitant les délais et renforçant la transparence.
Un signal fort de Brazzaville
Plusieurs intervenants ont vu dans cette réforme congolaise un laboratoire régional. « Le cadre est clair, les textes sont alignés sur les standards internationaux tout en préservant les objectifs de développement national », observe Gaëlle Dupuis, consultante chez EY Afrique.
Le chef du département Afrique de la Banque publique d’investissement française a confirmé un premier portefeuille de projets évalué à 450 millions d’euros, mêlant santé, hydrologie et numérique. De quoi illustrer la place croissante du Congo-Brazzaville dans les agendas financiers parisiens.
Perspectives à long terme pour le continent
Au terme des deux jours, une conviction partagée émerge : l’Afrique dispose de l’énergie créative et des ressources pour écrire sa propre trajectoire. Les Jeca entendent devenir un carrefour annuel, doublé d’un observatoire indépendant des flux d’investissements.
Le rendez-vous 2026, déjà annoncé pour Abidjan, promet de prolonger la dynamique. En attendant, Paris aura servi de caisse de résonance à une nouvelle grammaire de l’investissement, faite de financements intelligents, de coopérations diasporiques et d’ambitions assumées. Un pas de plus vers une Afrique forte, connectée et confiante.
