Brazzaville place la logistique au cœur de la relance
Sous le plafond clair de l’hôtel Ledger, à deux pas du fleuve Congo, la présentation du 8 août a pris des airs de séminaire stratégique. Le Dr Dominique Candide Fabrice Koumou Boulas, figure reconnue du transport en Afrique centrale, y dévoilait son ouvrage de 265 pages publié chez L’Harmattan. Il y défend une thèse simple et exigeante : acheminer hommes et marchandises n’est plus un service auxiliaire, mais le pilier d’une croissance partagée. Dans un contexte où les recettes extractives se tassent, l’auteur souligne que l’État congolais dispose d’un capital logistique sous-exploité apte à stimuler la compétitivité et à élargir la base fiscale, à condition de placer la connectivité au rang de priorité publique.
Des corridors vers la Zlecaf : un marché à portée de route
Le texte accorde une place centrale à la Zone de libre-échange continentale africaine, décrite comme « une fenêtre d’opportunité qu’il serait périlleux de regarder passer à travers la vitre d’un port inachevé ». En convoquant les exemples du port de Pointe-Noire modernisé, des extensions ferroviaires vers le nord et des projets routiers Sangha-Plateaux, l’auteur rappelle que chaque corridor fonctionne comme un multiplicateur d’échanges. Selon ses estimations, 1 % d’amélioration de la connectivité pourrait dégager jusqu’à 0,6 % de PIB supplémentaire pour le Congo, tout en fluidifiant l’accès des voisins enclavés aux marchés mondiaux.
Financer la diversification par la chaîne de valeur nationale
Anticipant les interrogations sur le coût des infrastructures, le livre propose une matrice de financement articulant dettes concessionnelles, partenariats public-privé et captation de la valeur ajoutée logistique. Les recettes portuaires, le transit des marchandises régionales ou encore la fourniture de services numériques de dédouanement constituent, selon l’auteur, des gisements mobilisables pour réduire la dépendance aux emprunts internationaux. « Le flux logistique devient recette budgétaire lorsqu’il est correctement tracé, tarifé et sécurisé », insiste le Dr Koumou Boulas, invitant à renforcer les mécanismes de gouvernance et de transparence déjà engagés par les autorités congolaises.
Capital humain et règlementation : le tandem indispensable
Au-delà des ponts et des kilomètres d’asphalte, l’ouvrage insiste sur le facteur humain. Formations universitaires spécialisées, certifications internationales et montée en compétences des agents publics y sont décrites comme des prérequis à la fiabilité de la chaîne logistique. L’auteur plaide également pour un environnement réglementaire harmonisé en Afrique centrale, seul à même de réduire les délais de transit et les coûts invisibles liés aux ruptures de charge. Pour le professeur Moukala Kadima Nzusi, qui a livré une exégèse élogieuse de l’ouvrage, « l’intégration ne se décrète pas, elle se construit dans les esprits autant que sur les remblais ».
Une expertise congolaise qui rayonne
Le parcours de Dominique Koumou Boulas – directeur général du Conseil congolais des chargeurs, président de l’Union des chargeurs africains et fondateur du Centre TRANMAR – confère à l’ouvrage une crédibilité rarement atteinte dans la littérature spécialisée d’Afrique centrale. En saluant « la rigueur méthodologique et l’ambition prospective » de l’essai, les intervenants ont souligné le signal envoyé aux partenaires internationaux : le Congo ne se limite pas à ses gisements pétroliers, il entend aussi devenir un hub logistique incontournable sur l’axe Atlantique–Cuvette–Grands Lacs. À l’heure où s’esquissent les révisions du Plan national de développement, cette contribution s’impose comme un outil de référence pour des décisions publiques fondées sur l’évidence empirique et la projection régionale.
