Brazzaville et Dakar disent vouloir bâtir ensemble. Au terme d’une visite de quarante-huit heures dans la capitale congolaise, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son hôte Denis Sassou N’Guesso ont affiché, lors d’une conférence de presse commune, une même ambition : approfondir leur coopération dans le pétrole et le gaz naturel.
Un transfert d’expérience au cœur du rapprochement
L’enjeu, pour Dakar, tient en un mot : apprendre vite. Le Sénégal exploite depuis l’an dernier ses récentes découvertes pétrolières et gazières, un secteur encore neuf qu’il lui faut maîtriser. Or le Congo, lui, cumule plusieurs décennies de pratique des hydrocarbures.
Bassirou Diomaye Faye a fait de cette antériorité congolaise un atout à partager. L’expérience de Brazzaville, a-t-il estimé, peut nourrir un transfert de connaissances utile à un Sénégal entré récemment dans le cercle des producteurs. Une manière d’inscrire la relation dans la durée plutôt que dans l’instant.
« Nous pouvons faire beaucoup plus »
Le dirigeant sénégalais n’a pas masqué un décalage. Les échanges commerciaux entre les deux capitales, a-t-il observé, restent en deçà de la bonne volonté qui unit leurs peuples. « Nous pouvons faire beaucoup plus », a-t-il déclaré, posant un constat autant qu’une feuille de route.
La coordination énergétique dessinerait, selon lui, un jeu à somme positive. Elle ouvrirait au gaz congolais de nouveaux débouchés à l’exportation. Elle garantirait, en retour, au Sénégal des sources d’énergie sûres et compétitives. Deux producteurs qui s’épaulent plutôt qu’ils ne se concurrencent.
La jeunesse et l’école, autre terrain d’entente
Denis Sassou N’Guesso a élargi la focale au-delà des seuls hydrocarbures. Il a placé la jeunesse et la formation professionnelle parmi les priorités d’avenir du continent, suggérant que la rente énergétique ne vaut que si elle prépare les générations suivantes.
Le président congolais a proposé de resserrer les liens éducatifs entre les deux pays. Il a salué, au passage, la qualité reconnue des établissements d’enseignement supérieur sénégalais. Le pétrole d’aujourd’hui, en filigrane, comme financement du capital humain de demain.
Le détour mémoriel de Malamine Camara
La visite n’a pas été que technique. Bassirou Diomaye Faye a parcouru le mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza, site historique qui documente la pénétration coloniale française au Congo et abrite la dépouille de l’explorateur franco-italien.
Le lieu rend aussi hommage à Malamine Camara, sergent sénégalais qui fut l’interprète et le compagnon de Savorgnan de Brazza. Un détour qui n’a rien d’anodin : il rappelle que le lien entre les deux nations précède de loin les gisements offshore, ancré dans une histoire partagée.
Une diplomatie énergétique encore à concrétiser
Reste l’épreuve des faits. Pour l’heure, les deux chefs d’État ont surtout exprimé une volonté politique, sans annonce chiffrée ni calendrier rendu public à l’issue de cette rencontre. Le langage employé demeure celui de l’intention.
L’écart, assumé par Bassirou Diomaye Faye lui-même, entre la chaleur des relations humaines et la modestie des flux commerciaux résume l’exercice. Brazzaville et Dakar partagent une histoire, une langue diplomatique et désormais un même statut de producteurs. Transformer cet alignement en projets concrets sera la mesure réelle de l’ambition affichée.
