Arrivée sous haute attente
Le long couloir menant au bureau du président de l’AS Vita-Club, dans le nord de Kinshasa, était plein à craquer de caméras lorsque Barthélemy Ngatsono a apposé sa signature. Quelques instants plus tard, un tonnerre d’applaudissements résonnait, symbole des attentes d’une base verte-noire encore orpheline de trophées.
Le technicien, âgé de 69 ans, dispose d’un contrat d’un an assorti d’objectifs précis: ramener la Linafoot à Kinshasa et hisser le club dans les poules de la Ligue des champions. «Je viens avec humilité mais aussi ambition», a-t-il déclaré, face aux doutes post-saison.
Un palmarès forgé des deux côtés du fleuve
Fils de Brazzaville, Ngatsono reste l’un des rares capitaines à avoir cumulé 170 sélections avec les Diables Rouges et plus d’une douzaine de titres avec l’Étoile du Congo entre les années 1970 et 1990 qui ont forgé sa légende auprès des supporters des deux rives du fleuve.
Sa transition vers le banc commence en 1993 avec Libota, club ancré dans les quartiers sud de la capitale congolaise, où il impose déjà des séances vidéo avant l’heure et une discipline quasi militaire appréciée des jeunes talents locaux et des supporters férus de modernité.
Après un triplé historique avec l’Étoile du Congo en 2006, il se rode aux exigences internationales en dirigeant les Diables Rouges A’ lors de plusieurs CHAN, atteignant les quarts de finale au Maroc en 2018 puis au Cameroun en 2021 grâce à une défense hermétique.
Les attentes d’une place forte du football congolais
À Kinshasa, l’AS Vita-Club sort d’une saison sans podium continental, une anomalie pour ce géant fondé en 1935 qui revendique près de vingt millions de supporteurs dans la région des Grands Lacs, selon les estimations de la CAF et de l’Institut national des statistiques.
Le président Bestine Kazadi, première femme à la tête du club, mise sur l’expérience du technicien brazzavillois pour fédérer un effectif rajeuni après les départs de Tuisila, Bompunga et Lusiela vers le Golfe et compenser un exil de talents jugé inquiétant par les supporters.
«Notre philosophie s’inspire de l’ADN offensif du club, mais elle devra reposer sur une organisation défensive solide», insiste Ngatsono, qui souhaite bâtir un staff binational et intensifier la data-analyse pour réduire l’écart avec les puissances maghrébines et les clubs anglophones en pleine croissance.
Le point juridique/éco
Le bail d’un an est assorti d’options automatiques liées aux résultats en Linafoot et aux performances en Ligue des champions, un schéma devenu courant dans les championnats africains après le durcissement des règles financières de la CAF en 2020 avec l’introduction du contrôle de gestion.
Le budget global du club dépasse désormais huit millions de dollars, financés par des recettes guichet, un pool d’entreprises minières et la nouvelle plateforme de streaming Linafoot-StarTimes, lancée pour monétiser un public mobile-first très actif sur les réseaux sociaux congolais et diasporiques depuis Paris.
Les droits télé ont été renégociés la veille de la signature: 35% reviendront aux clubs, 5% iront directement au staff technique, une première en RDC, fruit des pressions exercées par le syndicat des entraîneurs pour sécuriser salaires et primes dans un championnat souvent pointé du doigt.
À retenir
Ngatsono incarne une passerelle symbolique entre les deux Congo, un détail non négligeable à l’heure où Brazzaville et Kinshasa parlent sécurité fluviale et coopération sportive à travers la CEMAC et la CIRGL, dans leurs agendas diplomatiques respectifs actuels et futurs projets infrastructuraux.
Sa formation continue, sanctionnée par un diplôme d’élite obtenu à Lausanne et un titre de major de la licence CAF, devrait aussi profiter à l’académie du club, appelée à former les prochains Meschack Elia made in Congo et séduire les recruteurs européens friands de jeunes.
Regards croisés des supporters
À la sortie du stade des Martyrs, Jérémie, vingt-quatre ans, vendeur de maillots, confie qu’il voit en Ngatsono «un père venu de l’autre rive» capable de redonner fierté à une jeunesse frustrée par les éliminations précoces en Afrique comme au monde arabe.
De l’autre côté du fleuve, à Mfilou, un groupe d’anciens de l’Étoile du Congo se réjouit d’ores et déjà des retombées possibles: échanges amicaux, tournois U17 et rapprochement hôtelier entre les deux capitales les plus proches du monde, symbole d’intégration sous-régionale durable.
Horizons continentaux
Dans un calendrier serré, Vita-Club affrontera blessés mais ambitieux l’APR de Kigali en tour préliminaire, avant un éventuel choc contre le Raja Casablanca, ultime test de crédibilité du projet Ngatsono devant un public attendu à plus de 50 000 supporters au stade des Martyrs.
S’il atteint les poules, le coach touchera une prime logée dans une clause secrète, mais déjà, les dirigeants voient plus loin: négocier un renouvellement jusqu’en 2025 afin de donner à l’équipe un cycle complet de développement et faire grandir l’identité verde-noire sur tout le continent africain.
