Vers un développement inclusif
Le gouvernement du Congo-Brazzaville vient de franchir une étape symbolique pour l’économie nationale. En lançant l’élaboration d’une Politique nationale des petites et moyennes entreprises et de l’artisanat, la ministre Jacqueline Lydia Mikolo installe la question entrepreneuriale au cœur de l’agenda du développement inclusif.
Portée par un ensemble de directives et de programmes, la démarche entend renforcer la compétitivité d’environ 40 000 unités productives formelles recensées à Brazzaville, Pointe-Noire et dans les capitales départementales. L’initiative vise également l’immense vivier informel, évalué à plus de 80 % du tissu économique.
La ministre souligne « l’urgence d’un cadre cohérent pour transformer les énergies créatives en emplois durables ». Selon elle, l’élaboration participative permettra aux fédérations professionnelles, aux chambres consulaires et aux partenaires techniques de co-construire des réponses adaptées aux réalités congolaises tout en s’alignant sur l’Agenda 2063 africain.
Cap vers un écosystème entrepreneurial
Le gouvernement mise d’abord sur un écosystème d’appui renforcé. La future politique devrait consolider les Centres de gestion agréés, moderniser les guichets uniques de création d’entreprise et étendre les incubateurs publics existants. L’objectif déclaré est de réduire le délai de formalisation à quarante-huit heures en moyenne.
Jacqueline Lydia Mikolo évoque aussi une cartographie numérique des services d’accompagnement, destinée à orienter chaque porteur de projet vers le dispositif le plus pertinent. Un tableau de bord national, actualisé trimestriellement, permettra de suivre l’évolution des indicateurs clés et d’ajuster les politiques de soutien.
Financement: le nerf de la compétitivité
L’accès au capital reste l’obstacle majeur cité par les entrepreneurs. Pour y remédier, la stratégie prévoit un Fonds de garantie des PME, adossé à la Banque postale du Congo. L’outil devrait couvrir jusqu’à 70 % du risque et stimuler les prêts bancaires à moyen terme.
Parallèlement, le ministère discute avec la Commission de la CEMAC pour mobiliser des lignes de financement régionales à taux préférentiels. Des négociations avancées avec la Banque africaine de développement portent sur un guichet de 50 millions d’euros dédié à la transformation agro-industrielle des chaînes de valeur locales.
Digitalisation et formation continue
La composante numérique représente un axe structurant. La future politique entend généraliser la facturation électronique, simplifier la télédéclaration fiscale et encourager le paiement mobile pour dynamiser le commerce de détail. Ces leviers doivent réduire les coûts de transaction et accroître la formalisation du chiffre d’affaires.
Sur le volet compétences, un programme national baptisé Impulsion 2025 proposera des modules de gestion, de marketing digital et d’intelligence économique. Le Centre d’innovation numérique de Brazzaville pilotera le contenu pédagogique, tandis que les universités publiques délivreront des certificats reconnus par les employeurs et les bailleurs.
Artisanat, identité économique nationale
Souvent négligé, l’artisanat constitue pourtant un réservoir d’emplois non délocalisables. La politique sectorielle prévoit la création de Maisons des artisans dans chaque département. Ces espaces mutualiseront ateliers, showrooms et services de certification, afin de standardiser la qualité et d’accroître la visibilité internationale des produits.
Un label Origine Congo, développé avec l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, garantira la traçabilité des matières premières et des procédés. D’après le maître-tisserand Armand Mbemba, « la reconnaissance officielle renforcera la confiance des acheteurs étrangers et protégera nos savoir-faire ancestraux ».
Regards croisés d’experts internationaux
L’économiste sénégalais Abdoulaye Diop juge la démarche « cohérente avec les meilleures pratiques de la CEDEAO et de la SADC ». Il estime toutefois indispensable de consolider la gouvernance statistique pour mesurer l’impact réel sur la productivité et éviter « l’effet vitrine » souvent observé.
De son côté, la consultante suisse Céline Hertig souligne l’importance d’intégrer les normes environnementales dans les cahiers des charges des PME. Elle rappelle que les marchés européens imposent désormais des critères ESG stricts et que « l’anticipation écologique deviendra un avantage comparatif décisif ».
Perspectives régionales et continuité politique
L’initiative s’inscrit dans la Vision 2025 du président Denis Sassou Nguesso, qui promeut une diversification post-pétrole. Elle complète le Plan national de développement 2022-2026, lequel cible un taux de croissance non extractive supérieur à 5 % grâce, notamment, au dynamisme des acteurs privés domestiques.
Selon le secrétariat permanent du PND, l’entrée en vigueur des politiques PME devrait générer 15 000 emplois directs d’ici à 2027 et accroître de deux points la contribution des services marchands au PIB. Un dispositif de suivi-évaluation trimestriel assurera la transparence des résultats communiqués.
En définitive, la feuille de route annoncée ambitionne d’apporter une réponse systémique aux défis du secteur privé congolais. Sa réussite dépendra de la coordination interministérielle, de l’engagement des bailleurs et de la capacité des entrepreneurs à saisir les nouveaux instruments mis à leur disposition.
Les organisations patronales saluent déjà la démarche. Le président de l’Union nationale des opérateurs économiques, Gabriel Oba, affirme que « le signal politique est fort ». Toutefois, il invite à « assurer la stabilité fiscale sur la durée pour garantir la prévisibilité indispensable aux investissements productifs ».