Un appel syndical au sursaut
Sur les bancs de l’amphithéâtre du Centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard, la Fédération des travailleurs de la science, des sports, de l’enseignement, de l’information et de la culture a lancé, le 7 novembre, une rentrée syndicale qui sonne comme un rappel à l’ordre national.
Son secrétaire général, Basile Ngoli, a enjoint ses militants de tourner le dos à l’amateurisme pour devenir des acteurs proactifs de la Stratégie nationale d’amélioration de la qualité de l’éducation, document pilote adopté par le gouvernement en concertation avec les partenaires sociaux.
Le ton est direct: laxisme administratif, improvisations budgétaires et lenteurs de carrière doivent, selon la FETRASSEIC, disparaître des couloirs publics. « Il n’y a ni fatalité ni plafond de verre », a martelé Basile Ngoli, saluant la récente évolution des textes d’avancement signés par la Fonction publique.
Le syndicat estime que l’amélioration de la gouvernance scolaire ne peut se limiter aux salles de classe : elle suppose des services centraux rigoureux, capables de publier, à date fixe, les arrêtés de titularisation et de pension. Le message résonne comme un appui aux réformes de modernisation administrative.
Administration publique : réactivité recherchée
Dans les faits, la FETRASSEIC dresse une cartographie précise des goulots : dossiers dormants dans les CAP, certificats de mise en stage en souffrance, indices des retraités non harmonisés. Autant de failles qui, rappelle le syndicat, plombent la motivation et diluent l’effort financier consenti par l’État.
Au ministère de la Fonction publique, des cadres reconnaissent que la dématérialisation engagée depuis 2023 avance encore lentement. « Le guichet unique proposé par la fédération rejoint la philosophie du Système intégré de gestion des personnels en cours de test », confie un haut responsable, sous couvert d’anonymat.
Les observateurs voient là un terrain de dialogue plutôt qu’un bras de fer. Car la lutte contre la bureaucratie, régulièrement rappelée par le président Denis Sassou Nguesso dans ses messages sur la réforme de l’État, requiert un front commun entre administrations et représentants du monde du travail.
Recrutement et carrière : la vigilance syndicale
Autre dossier chaud : les recrutements « fantaisistes ». La fédération critique l’appel à des centaines de jeunes contractuels sans prise en compte des volontaires déjà opérationnels. Elle plaide pour des concours transparents et l’actualisation régulière des listes d’aptitude, afin de sécuriser la dépense publique.
Sur ce point, le ministère des Finances indique travailler à un cadrage triennal des effectifs, compatible avec les exigences du Fonds monétaire international. « L’objectif est de stabiliser la masse salariale sans fermer la porte aux compétences », explique un conseiller, évoquant un avenir « gagnant-gagnant ».
Enseignants au cœur des réformes
Forte de son ancrage dans le milieu scolaire, la FETRASSEIC rappelle les conclusions des États généraux de l’éducation : valoriser la profession, élargir la formation continue et rénover les infrastructures. Elle s’appuie sur les standards de l’Internationale de l’éducation, qui lie rémunération décente et performance des élèves.
À Brazzaville, plusieurs instituteurs saluent l’accent mis sur le tutorat des jeunes enseignants. Pour Jeanne Mokengué, directrice d’école à Talangaï, « la refonte des curricula ne servira que si l’on crée un vrai compagnonnage pédagogique. Les syndicats peuvent aider à évaluer les besoins salle par salle ».
Le ministère de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation assure, pour sa part, que 3 000 nouvelles salles seront équipées d’ici 2026 grâce à un financement conjoint État-partenaire. Un projet qui, selon ses promoteurs, traduit la priorité présidentielle accordée à la jeunesse.
Regards d’experts et perspectives
L’économiste Gervais Mabiala souligne que l’action syndicale renforce la transparence budgétaire. « Mettre de la lumière sur les flux administratifs aide le Trésor à calibrer ses engagements sociaux », observe-t-il, rappelant que les pensions payées à temps irriguent la consommation intérieure et soutiennent la croissance non pétrolière.
Juriste du travail, Irène Okassa insiste sur la sécurisation des données de carrière. Elle estime que le futur guichet unique devra s’adosser au registre biométrique pour éviter les doublons et protéger les droits des veuves ou des ayants cause, souvent lésés lors des successions administratives.
Sur le terrain, la fédération envisage des cellules d’écoute pour prévenir les violences en milieu professionnel. Les statistiques internes font état de signalements en hausse, preuve, selon elle, que la libération de la parole accompagne la confiance retrouvée entre travailleurs, hiérarchie et tutelles.
À moyen terme, la FETRASSEIC veut inscrire son agenda dans le calendrier triennal de performance du système éducatif, actuellement finalisé par le ministère du Plan. Cette articulation devrait, assure-t-elle, clarifier les indicateurs et éviter la dispersion des responsabilités institutionnelles.
La prochaine session, prévue en avril, devra dresser un premier bilan. Le syndicat promet de publier un tableau de bord en accès libre, signe d’une nouvelle ère de reddition de comptes.
