Brazzaville se prépare
En novembre, la Fédération des femmes entrepreneurs d’Afrique centrale (Fofe-AC) promet de lever le voile sur son premier portail web, présenté à Brazzaville comme le futur carrefour numérique des initiatives portées par quelque 2 300 adhérentes réparties dans sept pays.
L’initiative, soutenue par le ministère congolais des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, s’inscrit dans la stratégie nationale qui promeut le digital comme moteur de diversification économique souhaitée par le président Denis Sassou Nguesso.
Premier pas digital
Lorsque Jacqueline Tientcheu détaille le projet, elle parle d’un guichet unique virtuel permettant aux entrepreneures de déposer statuts, business plans, demandes de financement et de suivre en temps réel l’état d’avancement de leurs dossiers, là où, jusqu’ici, les échanges se faisaient surtout par messagerie instantanée.
Le portail offrira également un annuaire actualisé, des tableaux de bord financiers et un module d’apprentissage à distance, développé avec des start-up congolaises, afin de réduire la fracture technologique qui pèse encore sur les zones rurales.
Soutien institutionnel stratégique
Reçu au cabinet de Léon Juste Ibombo, ministre en charge de l’Économie numérique, le bureau de la Fofe-AC a obtenu un parrainage qualifié de décisif, tant pour la visibilité nationale du lancement que pour l’intégration prochaine de services gouvernementaux comme MonÉtatCivil ou e-impôts.
Le membre du gouvernement souligne que soutenir les femmes dans l’usage du numérique, c’est accélérer l’inclusion financière et garantir que le tissu productif local tire parti des infrastructures à haut débit déployées depuis l’inauguration du backbone national en 2021.
Un portail, plusieurs services
Techniquement, la plate-forme repose sur un hébergement situé au Data Center de Brazzaville, géré par Congo-Telecom, ce qui répond aux exigences de souveraineté numérique fixées par la stratégie pays 2025.
Un système de paiement mobile interopérable a été intégré pour simplifier la collecte de cotisations et la gestion des micro-crédits que la fédération distribue déjà à une centaine de bénéficiaires, avec des taux préférentiels négociés auprès des établissements bancaires partenaires.
À moyen terme, les développeurs planchent sur un module d’intelligence artificielle capable de proposer des conseils juridiques de première ligne, en français et en lingala, afin de sécuriser la rédaction de contrats commerciaux souvent source de litiges.
Impact social et formation hôtelière
La cérémonie de lancement sera aussi l’occasion de remettre des diplômes à la première cohorte formée en hôtellerie grâce au partenariat entre la Fofe-AC et l’Institut national du tourisme de Kintélé, preuve que le numérique peut soutenir des filières très concrètes.
En marge, un fonds de solidarité doté de quinze millions de francs CFA sera distribué à des mères d’enfants autistes, afin de financer petites cuisines, ateliers de couture ou services de coiffure, activités dont les revenus serviront en partie à la prise en charge thérapeutique.
Pour la présidente, l’impact social illustre « une vision holistique : soutenir la femme dans son entreprise et dans son foyer », un message qui devrait trouver un écho favorable auprès de la diaspora appelée à se connecter au portail pour proposer mentorat ou capital-investissement.
Un levier régional pour la CEMAC
L’ambition dépasse les frontières congolaises : la Fofe-AC, qui compte des représentations au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale, veut harmoniser les offres d’accompagnement et parler d’une seule voix dans les forums de la CEMAC consacrés à l’intégration économique.
Le portail servira de pilote avant une mutualisation plus large des données statistiques, indispensable pour convaincre partenaires techniques et financiers de soutenir des programmes transfrontaliers dédiés aux chaînes de valeur bois, agro et hydrocarbures, où la participation féminine reste encore marginale.
À retenir
À retenir : le webportal promet une gouvernance plus transparente des projets, un accès accéléré aux marchés publics, et une passerelle directe vers les services de l’État, trois atouts susceptibles de doper le taux de formalisation des entreprises fondées par des femmes, encore situé sous 20 %.
Le point économique
Selon les données de la Banque mondiale, les PME dirigées par des femmes capables de transformer jusqu’à 10 % du PIB sous-régional restent sous-financées de près de deux milliards de dollars ; le portail pourrait devenir un guichet crédible pour capter une partie de ce financement.
Les observateurs du marché congolais notent par ailleurs que la densité de fibre optique atteindra 7 000 km fin 2024, offrant un environnement technique favorable aux solutions cloud qui sous-tendent la plateforme, tandis que la 5G, annoncée pour 2025, devrait en accroître la fluidité.
Perspectives numériques
Rendez-vous donc en novembre : au-delà du simple lancement d’un site, c’est une nouvelle cartographie de l’entrepreneuriat féminin d’Afrique centrale qui se dessine, articulant solidarité, numériques et vision régionale, dans une conjoncture où chaque innovation compte pour la compétitivité du Congo.
Les responsables techniques envisagent déjà une application mobile légère, compatible avec les smartphones d’entrée de gamme, qui représenteraient 80 % du parc en Afrique centrale, ainsi qu’une version hors-ligne synchronisable pour les zones à connectivité intermittente et enclavées, afin que nul territoire ne soit encore laissé de côté.
