Coopération Congo-Allemagne : un partenariat éducatif durable
A Brazzaville, trois jeunes enseignants viennent d’être placés sous les projecteurs après un parcours de trois ans entre Yaoundé et Dresde. Leur spécialité, l’allemand, les positionne au cœur d’un rapprochement éducatif stratégique entre la République du Congo et l’Allemagne.
La cérémonie de présentation, jeudi 27 novembre 2025, a été co-présidée par la première conseillère de l’ambassade d’Allemagne, Vera Clemens, et le représentant du ministère congolais de l’Éducation. Le gotha éducatif national y voyait un symbole de coopération pérenne.
Selon la diplomate, enseigner une langue étrangère élargit l’horizon des apprenants et aiguise leur compréhension de leur propre culture (Vera Clemens). La référence à Goethe invoquait l’humanisme européen, tout en soulignant l’appétit du Congo pour une éducation tournée vers le monde.
Le programme est né en 2019 dans le sillage des accords bilatéraux renouvelés lors du quarantième anniversaire des relations Congo-Allemagne. Financé par le ministère fédéral des Affaires étrangères, il associe l’INRAP, le Goethe-Institut et la ville de Dresde, jumelée à Brazzaville depuis 1975.
Un cursus trinationale entre Yaoundé et Dresde
Le cursus, pensé comme une passerelle trinationale, combine immersion linguistique à Yaoundé, méthodologie didactique à l’École normale supérieure et perfectionnement culturel en Saxe. Chaque étape valide des crédits européens, ce qui octroie aux diplômés une reconnaissance immédiate dans les réseaux d’échanges scolaires africains et européens.
Ropha Prince Harmelin Baleketa, Jordy Gurvitch Bola et Monik-François Tsounga Mayela étaient partis avec un simple baccalauréat. Ils reviennent bardés d’un certificat C2, niveau le plus avancé du Cadre européen, assorti d’unités de pédagogie active centrée sur l’apprenant.
À Dresde, les stagiaires ont observé la place prépondérante donnée aux outils numériques dans les cours d’allemand langue seconde. Ils ont testé des plateformes d’intelligence artificielle conversationnelle et des ateliers théâtre, expériences qu’ils envisagent d’adapter dans les lycées de Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie.
Des profils au service des lycées nationaux
Le ministère congolais envisage de les affecter prioritairement aux établissements pilotes où se construisent déjà des laboratoires de langues. D’ici 2027, l’objectif officiel est de quadrupler le nombre d’élèves suivant un module d’allemand, actuellement estimés à onze mille sur l’ensemble du territoire.
Les nouveaux professeurs insistent sur la valeur ajoutée économique d’une telle option. L’axe Pointe-Noire-Hambourg dans la logistique pétrolière, ou les offres d’apprentissage chez Siemens, requièrent des compétences linguistiques rares au Congo. Développer ce vivier répondrait, selon eux, à la stratégie de diversification nationale.
Dans son allocution, le conseiller Pierre Stany Pama Ndouma a rappelé que l’allemand figure déjà dans les programmes depuis les années 1980. Toutefois, le manque de formateurs diplômés restait un goulot d’étranglement. La nouvelle promotion constitue donc un tournant attendu par l’administration.
À retenir
À retenir : trois enseignants formés pendant trente-six mois, un financement mixte germano-congolais, un objectif de quatre-vingt pour cent de réussite au baccalauréat pour la section allemand dans cinq ans, et la perspective de bourses universitaires à Leipzig et Berlin pour les meilleurs élèves.
Le point éco-diplomatique
Sur le plan diplomatique, Berlin voit dans la diffusion de sa langue un vecteur de soft power. Brazzaville y trouve un canal facilitant l’accès à la coopération technique, notamment dans la gestion durable des forêts du Bassin du Congo, dossier central aux prochaines COP africaines.
Le chargé d’affaires économique de l’ambassade souligne que cinquante entreprises allemandes prospectent déjà au Congo dans l’ingénierie, la pharmaceutique et la formation professionnelle. Le renforcement de l’enseignement linguistique devrait, selon lui, fluidifier les négociations de transfert de technologies vertes.
Au-delà de la langue, un pont culturel
Le Goethe-Institut de Yaoundé prépare une tournée cinématographique itinérante dans les capitales d’Afrique centrale. Les trois jeunes professeurs participeront aux débats après-projection, afin d’illustrer la dimension interculturelle de la langue et d’encourager l’expression artistique plurilingue chez les lycéens.
Monik-François Tsounga Mayela insiste sur l’importance de la rigueur et de l’intégrité, valeurs inculquées durant la formation. Il veut en faire la colonne vertébrale de sa pratique. Son credo : motiver les adolescents par des projets concrets, comme la réalisation d’un podcast bilingue.
Jordy Gurvitch Bola, passionné de football, prépare quant à lui des modules combinant vocabulaire sportif et règles grammaticales. Il espère toucher les nombreux fans de Bundesliga au Congo et démontrer que la langue peut être un vecteur ludique, loin des stéréotypes d’austérité.
Ropha Prince Harmelin Baleketa travaille déjà avec l’Institut français de Brazzaville pour un projet tri-lingue franco-germano-lingala sur le thème des fleuves. Ce dialogue fluvial symbolise, selon lui, la rencontre de trois identités compatibles et complémentaires.
Prochaines étapes pour l’enseignement linguistique
Le gouvernement prévoit la publication, avant la rentrée prochaine, d’un manuel d’allemand conçu localement. Les enseignants formés participeront à son comité éditorial, afin d’ancrer les contenus dans le quotidien congolais tout en respectant les standards internationaux de certification.
À moyen terme, un master binational entre l’Université Marien-Ngouabi et la Technische Universität Dresden est à l’étude. Il ouvrirait un flux d’expertise dans la didactique numérique, renforçant ainsi la politique gouvernementale d’innovation pédagogique énoncée dans le Plan sectoriel éducation 2023-2030.
Pour les trois lauréats, la remise des attestations n’est qu’un début ; ils ambitionnent déjà de former à leur tour une génération d’enseignants, afin d’ancrer durablement la langue de Goethe dans le paysage éducatif congolais.
