Une offensive concertée en Afrique australe
En moins de quarante-huit heures, la délégation conduite par le ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, a relié Maputo puis Gaborone, esquissant une diagonale diplomatique dont l’objectif unique est de rallier un large consensus continental autour de la candidature de Firmin Édouard Matoko à la direction générale de l’UNESCO. La présence, le 24 juillet 2025, de l’émissaire de Brazzaville dans la capitale botswanaise illustre la volonté d’inscrire cette démarche dans le cercle rapproché des États de la Communauté de développement d’Afrique australe, espace stratégique où se façonne une partie de la position africaine commune dans les enceintes multilatérales.
Devant ses interlocuteurs mozambicains puis botswanais, Jean-Claude Gakosso a défendu l’idée d’un leadership africain capable de dialoguer d’égal à égal avec les autres régions du monde. « Nous souhaitons une UNESCO qui parle avec l’Afrique, pas seulement de l’Afrique », a-t-il résumé, rappelant le fil conducteur d’une campagne qui se veut plus fédératrice que strictement nationale.
Le parcours international de Firmin Édouard Matoko
Technocrate aguerri, ancien sous-directeur général en charge de la priorité Afrique, Firmin Édouard Matoko appartient à cette génération de hauts fonctionnaires originaires du continent dont l’expertise est déjà inscrite dans l’ADN institutionnel de l’UNESCO. Au gré de trois décennies de carrière, il a piloté des programmes de coopération touchant à l’éducation de base, au patrimoine immatériel et à la promotion de la science comme vecteur de développement endogène. Ses partisans soulignent sa capacité à conjuguer la rigueur administrative et la diplomatie culturelle, deux qualités aujourd’hui jugées déterminantes pour la gouvernance d’une organisation tenue de concilier des agendas parfois antagonistes.
Une vision africaine du multilatéralisme culturel
Le projet porté par le candidat congolais s’inscrit dans une double dynamique : replacer l’Afrique au cœur de la fabrique des normes internationales et renforcer la légitimité universelle de l’UNESCO. Firmin Édouard Matoko plaide ainsi pour un repositionnement stratégique de l’organisation, qu’il invite à devenir un incubateur de solutions éducatives adaptées aux réalités locales, un forum d’expertise scientifique partagé et un opérateur culturel apte à restaurer des récits historiques équilibrés.
Cet ancrage s’adosse à des initiatives phares, dont le vaste chantier de l’Histoire générale de l’Afrique, matrice intellectuelle qui, selon lui, « redonne voix aux trajectoires africaines et participe à l’édification d’une citoyenneté universelle de l’esprit ». Dans les capitales du continent, cette approche résonne avec la volonté de dépasser la simple logique de quotas régionaux pour instaurer une gouvernance fondée sur la compétence et la sensibilité interculturelle.
Une stratégie diplomatique sous l’égide de Brazzaville
Depuis Brazzaville, la planification de la campagne mobilise l’ensemble de l’appareil diplomatique congolais. En plaçant l’initiative sous l’impulsion directe du président Denis Sassou Nguesso, la République du Congo entend démontrer sa capacité à articuler une diplomatie d’influence reposant sur la solidarité régionale. Après l’étape de l’Afrique australe, le relais sera assuré par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, qui parcourra successivement Libreville, Abidjan, Abuja, Ouagadougou, Monrovia et Djibouti. Chaque escale doit affiner un discours unique : promouvoir une candidature continentale apte à porter les aspirations de la jeunesse africaine.
À Maputo, la délégation a rendu hommage au président Samora Machel, figure panafricaniste dont l’engagement pour l’émancipation rejoint la philosophie de l’UNESCO. Ce moment mémoriel n’était pas qu’un symbole ; il visait à inscrire la campagne dans la continuité des luttes pour une représentation équitable de l’Afrique au sein des instances internationales.
Vers un plaidoyer continental
L’ultime succès de cette stratégie reposera sur la capacité de Brazzaville à fédérer, au-delà des appartenances linguistiques ou géopolitiques, un front commun africain lors du scrutin de 2025. Selon plusieurs analystes, la posture de créateur de consensus adoptée par Jean-Claude Gakosso pourrait convaincre des partenaires influents hors du continent, soucieux de voir l’UNESCO renouer avec sa vocation universelle dans un contexte international fragmenté.
Si l’élection de Firmin Édouard Matoko advenait, elle consacrerait la montée en puissance d’une diplomatie congolaise qui, depuis plusieurs années, se positionne comme facilitatrice de dialogue. Elle consacrerait surtout la reconnaissance d’un savoir-faire africain appelé à contribuer, depuis l’intérieur, à la réforme d’un multilatéralisme culturel que nombre d’observateurs jugent indispensable à la stabilité des sociétés contemporaines.
