Maep à Brazzaville: un signal politique fort
En marge d’un séjour de travail en République du Congo, la directrice générale du secrétariat continental du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep), Marie-Antoinette Rose Quatre, a été reçue le 2 février à Brazzaville par le Premier ministre, chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso.
Au terme de l’échange, les deux responsables ont convergé sur une priorité: renforcer le processus du Maep au Congo dans un esprit d’appropriation nationale, avec l’ambition de produire des résultats concrets au bénéfice de la population, selon les termes rapportés par la délégation du mécanisme.
Dans l’entourage gouvernemental, on insiste sur la cohérence de cette démarche avec la ligne générale portée par le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, qui place la gouvernance parmi les leviers de consolidation de l’action publique et de la confiance institutionnelle. Le Maep se veut un outil d’appui à cette dynamique.
Bonne gouvernance au Congo: la mission Maep, mode d’emploi
Le séjour de Marie-Antoinette Rose Quatre est présenté comme un temps de travail destiné à rencontrer l’ensemble des parties prenantes chargées de promouvoir la vision du Maep. L’enjeu est d’apprécier l’état d’avancement du processus et de convenir, de manière concertée, des prochaines étapes.
À écouter la directrice générale, la méthode repose sur une mise en œuvre « effective, inclusive et durable ». Cette formule, souvent reprise par le Maep, renvoie à un principe: le mécanisme n’a de portée que s’il mobilise les acteurs nationaux et si les décisions prises se traduisent dans des réformes suivies.
Le dispositif met ainsi l’accent sur l’appropriation. À Brazzaville, l’idée d’un agenda partagé entre institutions, administration et parties prenantes est revenue comme une condition de crédibilité. Pour le gouvernement, l’objectif est d’adosser le processus à des priorités identifiables, lisibles et mesurables.
Relance du processus Maep: une première depuis 2003
Marie-Antoinette Rose Quatre a souligné un élément de calendrier qui donne à la mission une dimension particulière: il s’agit, selon elle, de la première visite d’une délégation du Maep au Congo depuis l’adhésion du pays à l’institution, intervenue en 2003.
« Elle marque une étape décisive dans la relance du processus et traduit une volonté politique renouvelée d’inscrire la gouvernance au cœur des priorités nationales », a déclaré la directrice générale. Le message vise à installer l’idée d’un redémarrage structuré, soutenu au plus haut niveau.
Dans les échanges, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a été décrit comme attentif à l’alignement entre l’ambition et la capacité de mise en œuvre. Dans ce type de mécanisme, rappelle un conseiller gouvernemental, la qualité du suivi compte autant que le lancement: sans pilotage, l’élan s’érode.
Congo-Brazzaville: stabilité, rôle régional et Zlecaf
La directrice générale du Maep a également évoqué la place du Congo en Afrique centrale. Elle estime que le pays compte tenu de son potentiel et de son rôle stratégique dans la sous-région, dispose d’atouts, dont une stabilité politique reconnue et un engagement panafricain constant.
Ce positionnement, a-t-elle laissé entendre, met le Congo en situation de tirer parti des opportunités associées à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Pour les autorités, l’enjeu n’est pas seulement commercial: il touche aussi à la compétitivité des entreprises nationales et à l’environnement institutionnel.
« Dans ce contexte, le Maep peut accompagner utilement les États membres à travers des évaluations ciblées sur la gouvernance économique, la compétitivité des entreprises nationales et la préparation institutionnelle de la Zlecaf », a rappelé Marie-Antoinette Rose Quatre. Le propos inscrit la gouvernance dans une logique de performance.
Gouvernance économique: de l’évaluation aux réformes concrètes
Sur le fond, la visite met en avant une idée simple: l’évaluation n’est pas une fin. Pour le Maep, la valeur se mesure à la transformation des diagnostics en réformes, et à la capacité des États à ajuster leurs politiques publiques, en tenant compte de leurs contraintes et de leurs trajectoires.
Marie-Antoinette Rose Quatre a tenu à préciser la philosophie du mécanisme. Le Maep, a-t-elle rappelé, n’est « ni un mécanisme de sanction, ni une évaluation externe », mais un outil africain d’amélioration continue, structuré autour du leadership national et du dialogue avec les acteurs concernés.
Cet accent mis sur le respect du leadership s’accorde avec l’approche défendue par l’exécutif congolais: conduire les modernisations au rythme des priorités nationales, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, tout en s’ouvrant à des benchmarks africains. L’objectif affiché reste le bien-être des populations.
Prochaines étapes Maep: inclusion, suivi et résultats
Reste la question opérationnelle: quelles prochaines étapes et quel calendrier? Le Maep dit vouloir les définir « de manière concertée » avec les parties prenantes. Dans ce format, l’inclusivité est une condition de durabilité: les recommandations doivent être comprises, portées, puis suivies dans le temps.
Dans l’entourage du Premier ministre, on souligne que la relance du Maep est aussi un exercice de clarification des responsabilités. Il s’agit d’identifier les acteurs, de stabiliser la coordination et d’éviter que le processus ne reste cantonné à une séquence institutionnelle sans effets sur les services publics.
La délégation du Maep a assuré demeurer engagée à accompagner la République du Congo « à chaque étape du processus ». Pour le gouvernement, cette coopération doit surtout produire des gains tangibles, lisibles par les citoyens. À Brazzaville, le message est clair: la gouvernance se juge à ses résultats.
