Un élan de générosité pour préparer les cartables
Dans le quartier Poto-Poto, les couloirs du siège de la fondation Josammy-Emporio ont retrouvé leur effervescence habituelle de début septembre. Sous des ombrelles colorées, une cinquantaine d’enfants drépanocytaires ont reçu cahiers, stylos, règles et boîtes de crayons soigneusement rangés dans des sacs neufs.
« Sans cette aide, j’aurais dû choisir entre payer le loyer et acheter les fournitures », confie Yvette Ndolo Batsoua, mère de deux enfants concernés. Son témoignage résume l’utilité immédiate du don : alléger des budgets familiaux déjà éprouvés par les frais médicaux récurrents.
Pour Michelle Samba, représentante de la fondation, l’objectif est clair : « Nous voulons que la maladie ne soit pas un frein à la réussite scolaire. Offrir un kit complet, c’est éviter des absences à cause d’un simple cahier manquant. »
Drépanocytose : un défi sanitaire majeur au Congo
Au Congo-Brazzaville, les autorités estiment qu’un nouveau-né sur quatre est porteur du trait drépanocytaire. La maladie touche donc des milliers d’élèves, contraints de jongler entre crises douloureuses, consultations et contrôle continu.
Le ministère de la Santé a fait de la lutte contre la drépanocytose une priorité du Plan national de développement sanitaire 2023-2027. Les centres de prise en charge se multiplient, mais le suivi reste coûteux pour de nombreux foyers modestes.
Dans ce contexte, chaque initiative privée réduit l’écart entre le besoin médical et la réalité économique. La fondation Josammy-Emporio, créée par l’entrepreneur Yvon Nganga, s’est positionnée comme un maillon complémentaire de cette chaîne de solidarité.
La force tranquille du bénévolat
La distribution s’appuie sur une équipe de dix volontaires, pour la plupart anciens bénéficiaires devenus mentors. Ils organisent une réunion mensuelle baptisée « Parole aux mamans » où expériences et astuces de prise en charge sont partagées autour d’un jus de bissap.
Ce cercle informel renforce le capital social des familles. « Ici, on ne se sent plus isolée », souligne Diamona Mboko, veuve et mère de trois enfants. Son aîné, Roméo, 12 ans, enlève fièrement le plastique d’un manuel de mathématiques fourni par la fondation.
Au-delà de la rentrée, les bénévoles préparent déjà la fête de Noël solidaire. Des ateliers de création d’objets décoratifs permettront aux adolescents de développer des compétences et, pour certains, de récolter de petits revenus.
Complémentarité avec les politiques publiques
La distribution a vu passer discrètement un représentant de la Direction départementale de la santé, venu saluer « un partenariat exemplaire entre secteur associatif et action publique ». Une façon de rappeler que la démarche associative s’intègre pleinement dans la politique nationale d’inclusion.
En 2022, le gouvernement a lancé un programme d’exonération partielle sur certains médicaments essentiels contre la drépanocytose. Les associations, elles, ciblent le volet social : transport, nutrition, scolarité. Cette complémentarité limite les zones blanches du système d’appui.
« Lorsque l’État déploie un centre de dépistage, nous nous occupons du suivi à domicile », détaille Michelle Samba. Le tandem, assure-t-elle, « maximise l’impact de chaque franc investi ».
Des mères entre fierté et espoir
Dans la cour, les enfants montrent leurs cahiers à leurs camarades. Les cris de joie contrastent avec la gravité habituelle des salles d’hospitalisation qu’ils fréquentent parfois. La scène, immortalisée par le photographe de la fondation, sera affichée sur les murs pour motiver les nouvelles recrues.
Les mères profitent de ce moment de répit pour échanger sur le calendrier vaccinal, les astuces nutritionnelles et les prochaines dates de rendez-vous au Centre national de référence de la drépanocytose. Chaque carnet de santé est scruté, annoté, transmis.
Perspectives : élargir le cercle vertueux
Yvon Nganga, le président, souhaite étendre l’opération à Pointe-Noire et Oyo l’an prochain. Il évoque un budget prévisionnel de 18 millions de francs CFA, abondé par des partenaires privés du secteur bois et BTP. L’idée est d’atteindre mille bénéficiaires d’ici 2025.
La fondation planche également sur une application mobile permettant de suivre crises, traitements et absences scolaires, en lien avec les médecins référents. Le prototype, développé avec deux étudiants de l’École polytechnique de Brazzaville, devrait être testé dès janvier.
« Notre but est d’offrir un continuum : du cartable au carnet de santé numérique », résume Michelle Samba. Elle compte sur l’effet réseau pour lever des fonds auprès de la diaspora congolaise, très sensible à la cause.
Ce qu’il faut retenir
La remise de kits scolaires à des enfants drépanocytaires traduit une générosité concrète qui s’inscrit dans la dynamique nationale de lutte contre la maladie. En conjuguant action sociale, appui institutionnel et innovation, la fondation Josammy-Emporio illustre la vitalité d’une société civile au service de l’inclusion éducative.
À l’heure de la rentrée, le message est limpide : chaque exercice de solidarité dessine un peu plus le visage résilient du Congo contemporain.
