À 82 ans, Denis Sassou-Nguesso a repris la route. Depuis le 28 février, le président sortant de la République du Congo arpente le pays, méthodique, pour convaincre les électeurs de lui accorder un nouveau bail au Palais du peuple.
Le scrutin se tient en deux temps, les 12 et 15 mars 2026. Pour le chef de l’État, l’enjeu dépasse la simple reconduction : il s’agit, selon ses propres règles constitutionnelles, du dernier mandat qu’il lui est permis de solliciter.
Un terrain quadrillé sans relâche
Le candidat ne ménage pas ses déplacements. Chaque étape ressemble à un rituel rodé, où la proximité affichée avec les populations sert un message simple : accomplir « son devoir de vote » en sa faveur.
Cette campagne intervient au terme d’un parcours politique d’une longévité rare. Sassou-Nguesso a dirigé le pays de 1979 à 1992, avant d’y revenir en 1997. Soit, en cumulé, plus de quatre décennies au sommet de l’État congolais.
L’homme, ancien militaire, connaît la mécanique du pouvoir. Sa stratégie de terrain trahit une volonté de ne rien laisser au hasard, dans un pays où la mobilisation électorale conditionne largement la légitimité du vainqueur annoncé.
L’horloge constitutionnelle qui se resserre
L’article 65 de la Constitution de 2015, modifiée par la loi de 2022, encadre l’exercice du pouvoir. Il dispose que « le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable deux fois ».
Le décompte officiel commence avec la victoire de 2016. Un succès en 2026 ouvrirait donc le second renouvellement autorisé, et refermerait par là même la porte à toute prolongation ultérieure pour le candidat.
Interrogé récemment par l’AFP, le président avait lui-même esquissé cet horizon. Il assurait qu’il « ne resterait pas au pouvoir éternellement », une formule qui place ce scrutin sous le signe d’une fin de cycle annoncée.
Reste que la lecture du calendrier dépend entièrement du verdict des urnes. Tant que le résultat n’est pas acquis, ces cinq années évoquées demeurent une projection, suspendue à un vote dont l’issue paraît, pour beaucoup d’observateurs, largement orientée.
Un bilan que l’opposition refuse de taire
La République du Congo compte parmi les États pétroliers de la sous-région. Cette manne, pourtant, ne suffit pas à dissiper le malaise social. Près de la moitié de la population vivrait sous le seuil de pauvreté, un contraste que l’opposition place au cœur du débat.
Au fil des scrutins, ces voix critiques dénoncent un même reproche : le recours à la fraude pour asseoir les victoires successives. L’accusation, récurrente, structure désormais le récit que les adversaires du pouvoir opposent au discours officiel.
À cette contestation s’ajoute une mémoire judiciaire encombrante. Jean-Marie Mokoko et André Okombi Salissa, candidats à la présidentielle de 2016, demeurent détenus. Tous deux ont été condamnés pour atteinte à la sûreté nationale, en 2018 et 2019.
Leurs noms reviennent comme un symbole. Pour leurs partisans, ces incarcérations illustrent un verrouillage du jeu politique, là où le camp présidentiel y voit l’application de décisions de justice tranchées il y a plusieurs années.
Une élection sans véritable arbitre
Le climat de 2026 se distingue par une donnée frappante : les principaux partis d’opposition se tiennent à l’écart de la course. Faute de figures de premier plan engagées, le scrutin s’annonce déséquilibré dès le départ.
Cette absence laisse la majorité présidentielle évoluer sans adversaire de poids. La compétition perd ainsi de son intensité, et la question n’est plus tant celle de l’issue que celle de la participation et de la crédibilité du processus.
Pour les soutiens du président, cette configuration valide la solidité de son ancrage et l’épuisement de ses rivaux. Pour ses détracteurs, elle confirme au contraire l’effacement d’un pluralisme déjà fragilisé par les épisodes précédents.
Ce que ce scrutin met en jeu
Au-delà du nom du vainqueur, c’est une trajectoire nationale qui se dessine. Le Congo-Brazzaville aborde ce rendez-vous avec des défis lourds : redistribution des recettes pétrolières, réduction de la pauvreté, apaisement de la scène politique.
Le dernier mandat évoqué par Sassou-Nguesso, s’il se concrétise, posera tôt ou tard la question de la succession. Un horizon que la Constitution rend désormais inévitable, et que la classe politique congolaise observe avec une attention croissante.
Pour l’heure, le président poursuit sa tournée, fidèle à une méthode éprouvée. Entre la promesse d’un ultime tour de piste et les critiques d’un pouvoir trop installé, l’élection de mars dira si ce pari de la continuité tient encore.
