Une campagne diplomatique tous azimuts
Alors que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture renouvellera sa direction en 2025, Brazzaville accélère la cadence. Depuis début septembre, une délégation interministérielle sillonne l’Amérique latine pour convaincre des électeurs décisifs d’appuyer la candidature de l’ancien haut fonctionnaire congolais Firmin Édouard Matoko.
Après Santiago, puis Valparaíso au Chili, la mission conduite par le ministre d’État Pierre Mabiala a fait escale à Asunción, capitale du Paraguay. Objectif déclaré : mobiliser le soutien politique avant de poursuivre vers Buenos Aires, troisième étape d’une tournée qualifiée à Brazzaville de « stratégique ».
Pierre Mabiala porte la voix de Brazzaville
Dans le vaste hall du ministère paraguayen des Affaires étrangères, les images d’archives projetées sur écran retraçaient le dialogue historique entre les deux rives de l’Atlantique. Un décor qui a permis à Pierre Mabiala de rappeler que « la diplomatie culturelle est la meilleure passerelle Sud-Sud ».
L’émissaire du président Denis Sassou Nguesso a remis une lettre personnelle destinée à son homologue paraguayen Santiago Peña. « Ce courrier scelle notre détermination à porter une voix africaine capable de fédérer », a assuré le ministre avant de saluer, visiblement ému, « un accueil fraternel au-delà des protocoles ».
Firmin Édouard Matoko, un profil UNESCO
Agé de 63 ans, Firmin Édouard Matoko connaît l’Unesco de l’intérieur. Responsable du pôle Afrique pendant dix-huit ans, il a piloté des programmes phares sur la formation des enseignants, la sauvegarde du patrimoine immatériel et le numérique éducatif, domaines où le Congo veut désormais exporter son expertise.
Son équipe vante « une vision inclusive qui conjugue science ouverte et pluralisme linguistique ». À Brazzaville, plusieurs universitaires louent aussi sa capacité d’écoute : « Matoko sait négocier entre puissances sans céder sur les fondamentaux de l’Afrique », observe le sociologue Benjamin Mbon Miba.
Le poids de l’Amérique latine dans le scrutin
Si l’Europe et l’Asie disposent du plus grand nombre de sièges au Conseil exécutif de l’Unesco, la dizaine de voix latino-américaines est réputée faire basculer les scrutins serrés. D’où la présence remarquée de diplomates africains dans la région depuis l’année dernière.
Le Paraguay, pays charnière entre le Cône Sud et la région andine, se veut influent auprès de ses voisins. « Notre vote est entendu à Montevideo comme à Bogotá », rappelle un cadre du ministère paraguayen. Obtenir son soutien pourrait donc entraîner un effet domino favorable au candidat congolais.
Vers une coopération Congo-Paraguay renforcée
Outre l’échéance électorale, les entretiens d’Asunción ont permis d’esquisser un agenda bilatéral. Hydroélectricité, formation agricole et télé-enseignement figurent parmi les pistes évoquées pour un accord de coopération 2025-2027 que pourrait signer, selon nos informations, une commission mixte dès le premier semestre prochain.
Le ministre paraguayen Ruben Ramirez Lezcano s’est félicité d’une « relation gagnant-gagnant ». De son côté, Pierre Mabiala a rappelé le rôle de Brazzaville comme porte d’entrée vers la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, argument de poids pour des entreprises paraguayennes en quête de nouveaux marchés.
À retenir
Cinq jours, trois capitales, une trentaine de rendez-vous officiels : la diplomatie congolaise s’engage dans une offensive ciblée qui conjugue lobbying électoral et séduction économique, sans négliger les passerelles culturelles chères à l’Unesco.
Le point diplomatique
Le vote pour la direction générale se joue en deux tours, à bulletin secret, devant les 58 membres du Conseil exécutif. La majorité absolue est requise. En 2017, deux voix avaient suffi à départager les finalistes ; chaque engagement de soutien pèse donc lourd.
Une dynamique continentale
Depuis la création de l’Unesco en 1945, seuls deux Africains ont occupé sa direction, et aucun issu d’Afrique centrale. Le soutien déjà affiché par le Cameroun, le Gabon ou le Tchad illustre la volonté de la CEMAC de parler d’une même voix sur la scène multilatérale.
Pour Brazzaville, ce consensus régional est un levier. « Plus les capitales africaines se rassemblent tôt, plus nos partenaires extérieurs prennent acte », confie une source diplomatique congolaise. Cette articulation continentale nourrit aussi l’idée d’un futur secrétariat général africain à l’Union africaine de l’éducation.
Perspectives après Buenos Aires
L’étape argentine prévue dans les prochains jours s’annonce cruciale. Buenos Aires abrite un siège régional de l’Unesco et pourrait offrir une tribune de choix au candidat congolais. Un séminaire consacré à l’éducation inclusive y est envisagé pour mettre en lumière les propositions de Matoko.
Au-delà du vote, le Congo y voit l’occasion de renforcer des réseaux académiques francophones et lusophones, conforme à la double appartenance culturelle du pays. Les universités de Brazzaville et de La Plata planchent déjà sur un projet de chaire conjointe consacrée à la préservation des forêts tropicales.
La campagne sud-américaine devrait s’achever à Paris, siège de l’Unesco, lors d’une réception où seront présentés les soutiens récoltés. « Chaque voix cumulée est un pas vers une gouvernance mondiale plus équilibrée », résume Pierre Mabiala, bien déterminé à transformer l’essai diplomatique en résultat concret.
D’ici là, les réseaux sociaux de la chancellerie congolaise diffuseront quotidiennement des capsules vidéo pour suivre en temps réel la progression de la mission et maintenir la pression positive sur les indécis.
