À Brazzaville, le 26 février, cinq accords commerciaux ont été paraphés entre le Congo et la Chine. Une signature présentée comme l’amorce concrète d’un dispositif que les autorités décrivent comme un levier d’exportation pour les producteurs nationaux.
Cinq accords pour ouvrir le marché chinois
La cérémonie a été présidée par Denis Christel Sassou Nguesso, ministre congolais de la Coopération et du Partenariat public-privé, aux côtés de Liu Yuxi, ambassadeur du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac).
L’ambassadeur de Chine au Congo, An Qing, et Guo Ning, directeur des affaires étrangères de la province du Hunan, figuraient également parmi les signataires réunis pour l’occasion. La présence du Hunan signale l’ancrage provincial de cette coopération.
Ces cinq textes traduisent en actes un cadre négocié en amont. Ils donnent corps à une intention diplomatique déjà ancienne, en la ramenant au niveau des filières et des flux commerciaux que les deux pays entendent désormais activer.
Le Cadepa, socle du dispositif « tarif zéro »
Les accords découlent du Cadepa, l’accord de récolte précoce pour un partenariat de développement partagé. Signé en novembre 2024, il est opérationnel depuis avril, selon les éléments communiqués lors de la signature.
Son principe : une politique de tarif zéro étendue à cinquante-trois nations africaines, dont le Congo. L’idée est d’abaisser les barrières douanières à l’entrée du marché chinois pour des productions venues du continent.
Pour Brazzaville, le mécanisme vise à transformer un accès théorique en débouchés réels. Reste la question, classique pour ce type de dispositif, de la capacité des filières locales à répondre à la demande chinoise dans la durée.
Coco, arachides et cacao en première ligne
Concrètement, le Congo pourra exporter vers la Chine plusieurs produits ciblés : poires de coco, arachides, sel de potassium et cacao entrent dans le périmètre du tarif zéro défini par les accords.
Ce choix dessine une orientation agricole et minière de l’offre congolaise. Il privilégie des produits bruts ou peu transformés, ce qui pose en filigrane la question de la valeur ajoutée captée localement par les producteurs.
Denis Christel Sassou Nguesso a qualifié ces accords de catalyseurs, destinés à encourager davantage de producteurs congolais à se tourner vers l’exportation. Une formule qui mise sur l’effet d’entraînement auprès des acteurs nationaux.
Pékin défend le multilatéralisme commercial
Au-delà du volet bilatéral, la signature s’est inscrite dans un discours plus large. Liu Yuxi a estimé que « cette cérémonie constitue une action concrète pour préserver le système commercial multilatéral centré sur l’OMC », dans un contexte de montée du protectionnisme.
Le diplomate a annoncé l’engagement de la Chine à encourager davantage d’entreprises à négocier et collaborer avec des partenaires africains. Objectif affiché : tirer pleinement parti du tarif zéro pour un bénéfice mutuel.
Cet engagement est présenté comme un moteur de création d’emplois et de promotion des investissements. Pékin positionne ainsi sa coopération africaine comme une réponse aux tensions commerciales globales, davantage que comme une simple faveur tarifaire.
Un test pour les filières congolaises
Reste à mesurer la portée effective de ces accords. Leur signature ouvre un cadre ; leur réussite dépendra des volumes réellement exportés et de la régularité des livraisons vers le marché chinois.
Pour le Congo, l’enjeu dépasse la diplomatie. Il touche à la diversification d’une économie longtemps adossée aux hydrocarbures, et à la possibilité de faire émerger des filières agricoles tournées vers l’exportation.
Le tarif zéro lève un obstacle douanier, sans garantir à lui seul la compétitivité. Logistique, normes sanitaires et structuration des producteurs détermineront, dans les mois à venir, si l’élan affiché à Brazzaville se traduit en flux durables (Adiac).
