Un bilan initial encourageant
Le 13 août, à la veille des célébrations nationales, le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, a sillonné Brazzaville pour évaluer l’opération spéciale d’assainissement lancée début juillet. Sa note, « assez bien », traduit une dynamique positive qu’il entend solidifier.
Du boulevard Denis Sassou Nguesso aux allées populeuses de Poto-Poto, l’équipe ministérielle constate la disparition de plusieurs étals sauvages, la réouverture des trottoirs et une meilleure circulation des piétons. « La propreté doit devenir un réflexe partagé », rappelle le ministre aux riverains rassemblés.
Le constat satisfait la mairie centrale, engagée depuis 2022 dans un plan d’assainissement aligné sur le Programme national de développement. Les autorités locales y voient un signal d’efficacité institutionnelle, tandis que les partenaires internationaux suivent l’initiative pour sa valeur de projet pilote urbain.
L’impératif de la citoyenneté écologique
Au-delà des bordures débarrassées, le défi reste sociologique : instituer une « citoyenneté écologique » durable. Les travaux de l’anthropologue Jean-Gottfried Makouloutou montrent que la gestion des ordures est un marqueur de confiance civique au Congo, conditionnant l’appropriation des politiques publiques.
Dans les marchés, les comités de quartier relaient désormais les messages sanitaires, organisent des tournées d’éboueurs communautaires et collectent de petites cotisations. « Nous voulons prouver que la propreté n’est pas un luxe d’élite, mais un pacte social », témoigne Émilienne Ngouabi, présidente d’association depuis la décennie dernière ici.
Ces initiatives de base, soutenues par le Fonds d’entretien routier, nourrissent un sentiment d’agency locale. Selon le sociologue David Mbemba, l’acte de balayer sa rue reconfigure les rapports entre individus et institutions, réduisant la distance symbolique qui alimente souvent la défiance politique.
Les enjeux sanitaires et sécuritaires
Brazzaville a connu en 2018 une flambée de choléra confinée aux rives du Djoué. Le ministère de la Santé attribue cette crise à l’obstruction des caniveaux et au stockage anarchique des déchets. La campagne actuelle vise donc autant l’esthétique urbaine que la prévention épidémiologique.
Pour l’ingénieur Sanitation Africa, Arsène Okongo, chaque tonne de détritus non évacuée génère un cocktail microbien qui migre avec les pluies vers le fleuve. « Agir maintenant, c’est économiser demain les budgets d’antibiotiques », rappelle-t-il, évoquant un lien direct entre hygiène et finances publiques du pays entier.
L’éclairage public, autre indicateur scruté, progresse parallèlement. La municipalité a remplacé 1 200 lampadaires LED depuis janvier, réduisant zones d’ombre et actes de petite délinquance nocturne selon la police urbaine. « La lumière stabilise le tissu social », affirme-t-elle dans son dernier rapport publié fin juillet à Brazzaville même.
Perspectives stratégiques pour la capitale
Le gouvernement envisage d’institutionnaliser l’opération sous forme de programme décennal, adossé à un fonds vert alimenté par la fiscalité environnementale. Les experts y voient une opportunité d’ancrer le principe pollueur-payeur et d’attirer des partenaires multilatéraux friands de projets climat-urbanisme intégrés dans la zone CEMAC très observée actuellement.
Pour garantir la continuité, un système de suivi participatif est à l’étude. Il s’appuierait sur une application mobile signalant dépôts sauvages et lampes défectueuses. Un tel outil accroîtrait la transparence et pourrait devenir, selon l’ONG Digital Congo, un baromètre de gouvernance locale.
Le Centre de recherches économiques de l’université Marien-Ngouabi estime qu’une ville nettoyée attire 12 % d’investissements supplémentaires dans les services. Les économistes lient cette prime de crédibilité à la réduction des coûts logistiques et à l’amélioration de l’image-pays auprès des agences de notation de la zone Afrique.
Au niveau diplomatique, Brazzaville veut faire de son expérience un argument dans les forums régionaux sur les Objectifs de développement durable. « La capitale se positionne comme laboratoire d’Afrique centrale », confie une source au ministère des Affaires étrangères, soulignant la synchronisation avec l’Agenda 2063 et les priorités climat de l’UA.
Défis sociologiques et culturels
Le changement de comportements requiert toutefois un long travail symbolique. Dans certains quartiers, jeter aux abords d’une route principale reste perçu comme un acte de visibilité sociale. Les anthropologues notent que la rue, espace commun, peut servir de prolongement domestique pour des ménages densifiés.
Le gouvernement privilégie une pédagogie incitative plutôt que répressive. Des concours « Rue la plus propre » sont programmés dans chacun des neuf arrondissements, avec des récompenses en équipements sportifs. La logique est de substituer fierté urbaine aux sanctions souvent peu soutenables budgétairement.
Les médias publics et privés se mobilisent. Depuis juillet, Radio Congo diffuse chaque matin une capsule consacrée aux meilleures pratiques, tandis que les influenceurs TikTok valorisent les gestes écocitoyens. Cette hybridation médiatique touche autant les jeunes connectés que les auditeurs traditionnels des zones périphériques.
À terme, l’objectif d’une mention « excellente » dépasse la notation. Il s’agit de consolider une culture urbaine inclusive où santé, sécurité et attractivité économique convergent. La capitale congolaise semble vouloir inscrire ce triptyque dans la durée, capitalisant sur l’élan citoyen actuellement observable.
Novembre apportera la saison des pluies, test décisif pour mesurer la résilience des caniveaux récemment débouchés de Brazzaville.
