Bangui au centre de la préparation du sommet Cémac
Dans la touffeur de Bangui, la 43e session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale s’est ouverte le 9 septembre. Avec six délégations au complet, la capitale centrafricaine se transforme, le temps d’un week-end, en laboratoire d’intégration régionale.
Objectif affiché : arrêter les derniers arbitrages avant la 16e Conférence des chefs d’État, prévue le 10 septembre, et proposer des réponses aux défis fiscaux, sanitaires et financiers qui pèsent encore sur les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.
Le Congo fait entendre sa voix
Le Congo y joue une partition de premier plan. Christian Yoka, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, et Ludovic Ngatsé, ministre de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale, portent la voix brazzavilloise autour de la table, attentive au moindre changement normatif.
En ouverture, le président de la Commission Cémac, Baltasar Engonga Edjo’o, a mis la barre haut : restaurer la confiance en accélérant la transparence des dépenses fiscales et la mobilisation des recettes non pétrolières, deux leviers considérés comme essentiels pour stabiliser les dettes publiques de la zone.
Fiscalité et rigueur macroéconomique
Les ministres doivent également se prononcer sur un projet de régime de sanctions accompagnant la surveillance multilatérale. L’idée est de doter la Cémac d’outils dissuasifs, inspirés des meilleures pratiques africaines, afin de décourager toute entorse aux critères de convergence macro-budgétaire.
Pour Richard Filakota, ministre centrafricain et président sortant du Conseil, le paquet fiscal examiné cette année peut « élargir durablement l’assiette et réduire notre dépendance aux créneaux extérieurs ». Une ambition reçue avec pragmatisme par les équipes congolaises, qui soulignent la nécessité d’un calendrier adaptable.
Santé publique post-Covid
La résilience sanitaire figure parmi les priorités. Après la pandémie de covid-19, les ministres de la Santé ont remis un rapport listant les fragilités : capacité hospitalière, surveillance épidémiologique, chaîne vaccinale. Le Conseil doit valider une feuille de route financée par les budgets nationaux et les partenaires.
Selon une source proche du dossier, Brazzaville envisage de mutualiser certaines centrales d’achat de médicaments pour abaisser les coûts de distribution. Le mécanisme, encore en phase pilote, pourrait bénéficier d’un appui technique de la Banque africaine de développement, intéressée par l’ancrage régional du projet.
Forêt, PPP et formation
La question du bois en grume attire, elle aussi, les projecteurs. Le moratoire sur les exportations non transformées, décidé en 2023, doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain. Les ministres mesurent les effets attendus sur l’emploi et sur la balance commerciale, notamment pour le Congo, acteur majeur du secteur.
Autre dossier sensible, la directive régionale sur les partenariats public-privé devrait être affinée pour encourager les investisseurs internationaux à s’arrimer aux priorités locales : énergie, infrastructures routières, numérique. Le Congo, déjà engagé dans plusieurs concessions hydrauliques, souhaite partager son retour d’expérience et attirer de nouveaux partenaires.
Les délégués ont également sur la table l’évolution du système licence-master-doctorat, lancée il y a dix ans. Harmoniser les diplômes devient crucial pour rendre la jeunesse mobile sur un marché régional de plus de cinquante millions d’habitants et séduire les recruteurs étrangers.
Passage de relais présidentiel
Tous ces paquets de textes seront transmis en urgence à la Conférence des chefs d’État, moment où Faustin Archange Touadéra passera symboliquement le témoin à Denis Sassou Nguesso. Le président congolais, déjà familier des arcanes communautaires, héritera d’un agenda dense mais porteur d’opportunités.
À Brazzaville, les milieux d’affaires voient dans cette présidence tournante l’occasion de défendre des chantiers stratégiques : modernisation portuaire, valorisation du gaz et déploiement du corridor Pointe-Noire-Bangui-Ndjamena. « Le Congo saura insuffler un pragmatisme économique dont toute la sous-région profitera », pronostique un analyste basé à Douala.
Stratégie commune face aux bailleurs
Le Conseil se penchera enfin sur les positions communes à défendre devant la Banque mondiale et le FMI en octobre. Les États comptent présenter un plan coordonné de financement des infrastructures vertes, compatible avec l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale et les engagements climatiques de Glasgow.
Pour Brazzaville, l’enjeu est double : obtenir de meilleurs guichets concessionnels et mettre en avant son potentiel de captation carbone, alors que les forêts du bassin du Congo sont désormais vues comme un atout mondial. Une perspective qui renforce la cohérence entre diplomatie verte et agenda de développement.
Cap sur un budget communautaire renforcé
Le projet de budget communautaire 2025 sera aussi soumis aux chefs d’État. Il prévoit une hausse de 7 % des contributions, accompagnée d’un mécanisme automatique de recouvrement inspiré de l’Union européenne. L’objectif est d’éviter les retards récurrents qui freinent les programmes d’interconnexion routière et énergétique.
Un rapport sur la cyber-sécurité régionale sera, enfin, présenté aux ministres.
Une dynamique saluée par les observateurs
Si les discussions restent techniques, l’atmosphère est jugée constructive. Selon un diplomate présent, « la Cémac avance quand les États parlent d’une seule voix ». Les quinze heures de travail prévues doivent accoucher de conclusions attendues comme la feuille de route d’une sous-région plus intégrée et résiliente.
