Un patrimoine maritime à valoriser
Face au fleuve Congo et à sa façade atlantique de 170 kilomètres, le pays redécouvre l’importance stratégique d’un océan souvent perçu comme simple couloir commercial. La Journée internationale de la mer, célébrée à Brazzaville, a donné le ton d’une prise de conscience collective.
La ministre des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka Babackas, a rappelé que l’océan absorbe près d’un quart du CO₂ mondial et génère la moitié de l’oxygène planétaire, faisant de sa protection un « devoir moral envers nos enfants ».
Le gouvernement voit dans ce patrimoine naturel un vecteur de croissance inclusive. Commerce, pêche, énergie, biotechnologies : autant de filières appelées à créer des emplois qualifiés et à dynamiser l’arrière-pays, à condition de préserver l’écosystème marin.
Sécurité et modernisation du port de Pointe-Noire
Premier hub maritime du pays, le port de Pointe-Noire concentre plus de 90 % des échanges extérieurs. Sa modernisation, engagée depuis 2021, vise à accroître la capacité annuelle à 1,5 million de conteneurs, tout en réduisant les délais de transit.
Les nouvelles grues post-panamax, les quais renforcés et un système VTS de surveillance radar améliorent la fluidité des opérations et la sûreté des navires. « Nous alignons nos standards sur les conventions SOLAS et ISPS », précise la direction générale de la marine marchande.
Cette montée en gamme constitue un atout pour l’intégration sous-régionale. Les économies voisines sans accès direct à la mer, comme la République centrafricaine, misent sur Pointe-Noire pour exporter bois, coton ou manganèse vers l’Asie et l’Europe.
Combat national contre la pollution marine
Le Congo reste exposé aux rejets d’hydrocarbures et aux déchets plastiques charriés par les fleuves. Bientôt, un plan d’action intégré regroupera douanes, pêche, environnement et collectivités afin de renforcer le contrôle des points de déversement.
Les autorités annoncent l’installation de capteurs de qualité de l’eau sur cinq sites côtiers et la création d’une brigade mixte, soutenue par l’OMI, pour inspecter les navires soupçonnés de fausses déclarations de soute.
Par ailleurs, Brazzaville veut réduire de 30 % d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre du trafic maritime national, conformément à l’Accord de Paris. Des incitations fiscales favoriseront les carburants à faible teneur en soufre et les dispositifs d’électrification à quai.
Opportunités d’emploi bleu pour la jeunesse
Selon le ministère du Plan, l’économie bleue pourrait générer 50 000 emplois directs d’ici 2030, du commandement naval à la transformation des produits de la mer. Les instituts polytechniques de Pointe-Noire et de Loango ajustent déjà leurs curriculums.
La diversification passe aussi par la culture des algues, l’écotourisme et les services de cartographie côtière. Start-up et incubateurs ciblent les jeunes diplômés, soutenus par un fonds de garantie public-privé doté de 8 milliards de francs CFA.
Des bourses doctorales en océanographie, financées par le Programme des Nations unies pour le développement, complètent le dispositif afin de former une expertise nationale sur la dynamique des courants et l’acidification.
À retenir
L’océan congolais est simultanément baromètre climatique, voie essentielle du commerce et creuset d’emplois. Sa protection n’est plus un luxe écologique mais la condition d’une croissance durable et partagée.
Le point juridique et économique
L’Assemblée nationale examine un projet de loi sur la gestion intégrée du littoral qui harmonise le code de l’environnement, les règles de la pêche et la fiscalité portuaire. Les peines pour rejet illégal d’hydrocarbures passeront de 50 millions à 300 millions CFA.
Sur le plan financier, la Banque de développement des États d’Afrique centrale propose une ligne de crédit bleue de 100 millions d’euros. Les PME maritime-logistique pourront contracter à taux réduit à condition de prouver un impact environnemental mesurable.
Les analystes estiment que chaque dollar investi dans la résilience côtière génère jusqu’à quinze dollars de valeur ajoutée, grâce à la baisse des sinistres, aux gains de productivité et au tourisme durable.
Regards d’experts congolais
Pour le biologiste marin Gérard Moundanga, « la montée des températures rend certaines espèces pélagiques plus rares ; seules des réserves marines strictes pourront reconstituer les stocks ». Il plaide pour un réseau d’aires protégées totalisant 10 % des eaux territoriales.
De son côté, l’économiste Stéphanie Nkouka souligne que « la compétitivité du port dépend aussi de la fluidité terrestre ». Elle encourage la réhabilitation urgente de la voie ferrée Pointe-Noire–Brazzaville afin de réduire le coût logistique global.
Perspectives vers 2025
Le ministère prévoit, pour la prochaine Journée de la mer, la présentation d’un tableau de bord public regroupant indicateurs d’émissions, accidents et taux de recyclage. Cet outil de transparence doit stimuler la responsabilité des opérateurs.
En parallèle, des campagnes de sensibilisation dans les écoles côtières intégreront des séances de réalité virtuelle pour plonger les élèves au cœur des récifs du Mayombe. Le mot d’ordre reste inchangé : l’océan est à la fois notre richesse et notre responsabilité partagée.
