Brazzaville au rythme des ODD
À Brazzaville, la deuxième édition du forum Doing Good in Africa, tenue le 26 septembre, a réuni décideurs publics, patrons et diplomates autour d’une question centrale : comment faire de la responsabilité sociétale des entreprises un moteur accélérant les Objectifs de développement durable au Congo.
Co-organisé par Afrique RSE Congo, Doing Good in Africa et le magazine Dirigeantes, l’événement a mis sous le feu des projecteurs le rôle du secteur privé dans la santé, l’énergie propre et la lutte contre les émissions, trois ODD perçus comme stratégiques au plan national.
Responsabilité sociale, un bilan à mi-parcours
A cinq ans de la date butoir fixée par l’ONU, 2030 paraît désormais très proche et le classement de la République du Congo, 154e sur 167, rappelle l’ampleur du chemin à parcourir selon l’index SDG des Nations unies.
Pour Bel Lauretta Tene née Pambou Dinana, directrice générale d’Afrique RSE Congo, « il n’est plus temps de discourir, il faut quantifier, former et agir ». La dirigeante veut aligner entreprises, administrations et citoyens sur une grille de lecture commune des enjeux durables.
Un écosystème congolais en construction
Le forum s’est tenu dans l’amphithéâtre flambant neuf de BL Technology, symbole de l’essor d’un écosystème local de services et de formation capables d’accompagner les projets à impact que le gouvernement encourage dans son Plan national de développement 2022-2026.
Sous le mot d’ordre « Entreprises à impact », les débats ont rapidement glissé vers les freins concrets : absence de décret d’application de la loi RSE, méconnaissance des indicateurs et accès limité aux financements verts pourtant disponibles auprès des bailleurs multilateraux.
Données et partenariats pour changer d’échelle
Face à ces défis, les panélistes ont souligné la nécessité d’outils statistiques robustes. « Sans données, impossible de piloter », a insisté un représentant du ministère de l’Économie numérique, évoquant le portail national d’open data prévu pour 2024.
Le secteur privé a répliqué sur le terrain des partenariats. TotalEnergies EP Congo, déjà engagé dans l’électrification rurale, a expliqué que ses programmes solaires gagnent en efficacité quand ils s’appuient sur des PME locales formées aux standards environnementaux reconnus internationalement.
Même son de cloche du côté du bois, où la société Interwood a détaillé ses essais de fours à biomasse visant à réduire de 30 % la consommation de fuel des scieries tout en valorisant les résidus forestiers issus des concessions certifiées.
ODD 3, 7 et 13 : ateliers opérationnels
Trois ateliers parallèles ont ensuite creusé les ODD ciblés. Médecins, assureurs et start-up medtech ont échangé sur l’accès aux soins de proximité, question clé pour le bien-être, tandis que la SNDE évoquait la qualité de l’eau distribuée dans les quartiers périphériques.
Sur l’énergie, la Société nationale d’électricité a annoncé un appel d’offres pour de nouveaux mini-réseaux hybrides. Objectif affiché : porter la part des renouvelables à 35 % dès 2027, contre 8 % actuellement, grâce à des financements concessionnels de la Banque africaine de développement.
Enfin, l’atelier climat a mis en avant la certification carbone. Les responsables du Fonds bleu pour le Bassin du Congo ont annoncé une première vente de crédits ex ante issus de reboisement couvrant un million d’hectares d’ici 2032.
Le point juridique/éco
La question juridique a fait l’objet d’un focus : la loi n°14-2019 encadrant la RSE existe, mais le décret d’application manque encore. Un juriste du cabinet KongoLex a détaillé le calendrier probable, évoquant une validation interministérielle avant la fin du premier semestre 2024.
Il a également rappelé que les entreprises cotées devront publier, dès l’exercice 2025, un rapport extra-financier vérifié par un tiers indépendant, conformément aux orientations de la CEMAC. Cette obligation pourrait devenir la boussole qui manque aujourd’hui à la reddition de comptes.
À retenir
À Brazzaville, l’impératif fait consensus : seules des entreprises formées, financées et encadrées pourront transformer les 52,8 points actuels du Congo en un score compatible avec l’échéance de 2030. La coalition public-privé esquissée par le forum se veut la base d’un futur pacte national.
Les organisateurs ont promis une plateforme de suivi en ligne et la publication annuelle d’un baromètre sectoriel. Ils comptent solliciter l’appui technique de l’Agence nationale de la statistique pour fiabiliser les données et celui de l’Unesco pour les volets formation.
Cap sur la prochaine édition
Bel Lauretta Tene, concluant les travaux, a salué « un esprit de coopération porteur », et annoncé la création d’un fonds d’amorçage destiné aux start-up vertes. Capital visé : 2 millions de dollars, dont 40 % déjà sécurisés auprès d’un investisseur régional.
Le rendez-vous est donné pour septembre prochain. D’ici là, les signataires du manifeste DGIA entendent aligner leurs feuilles de route et proposer au gouvernement un catalogue de projets éligibles aux financements climato-sociaux qui se multiplient sur le continent.
En misant sur la responsabilité sociale plutôt que sur la contrainte, Brazzaville espère transformer ses entreprises en portes-drapeaux de la durabilité africaine, et faire mentir les classements internationaux dès le prochain relevé du SDG Index.
