Enjeux sanitaires nationaux
Brazzaville place la santé publique au cœur de son agenda. Le 1ᵉʳ octobre, le président du Sénat, Pierre Ngolo, a reçu le nouveau représentant de l’OMS, le Dr Vincent Dossou Sodjinou, pour dessiner les priorités communes des prochains mois.
L’entretien, tenu au Palais des congrès, intervient dans un contexte d’épidémies récurrentes et de transition post-pandémique. Les deux responsables ont inscrit leur collaboration dans la dynamique impulsée par le chef de l’État, qui promeut l’accès équitable aux soins sur tout le territoire.
Un dialogue institutionnel renforcé
Le Dr Sodjinou a salué « l’écoute constructive » du Sénat, jugeant que cet espace parlementaire offre « un relais privilégié pour intégrer la santé dans chaque politique publique ». Pierre Ngolo, de son côté, a rappelé que la chambre haute demeure « un partenaire attentif aux priorités sociales fixées par le gouvernement ».
Au-delà des échanges protocolaires, l’émissaire de l’OMS souhaite installer un groupe de travail mixte associant sénateurs, experts sanitaires et partenaires techniques. Objectif : suivre l’état d’avancement des engagements, de la vigilance épidémiologique à la planification budgétaire.
Épidémies sous contrôle vigilant
Choléra dans la Cuvette, variole simienne dans le Kouilou, risque transfrontalier d’Ebola : les foyers récents rappellent que la surveillance doit rester de mise. « Nous avons analysé la cartographie des menaces et les corridors d’entrée », précise le représentant de l’OMS.
Les autorités affinent le plan de riposte : stocks de vaccins pré-positionnés, formations accélérées du personnel et protocoles de référence entre centres périphériques et hôpitaux. Cette stratégie, testée lors de la flambée de mpox, a permis de contenir les cas enregistrés.
Le Sénat s’est déclaré disposé à examiner en priorité les textes consolidant les capacités de laboratoire et le financement du Centre national de santé publique, clef de voûte de l’alerte précoce.
Le Sénat, pivot budgétaire
Chaque année, la chambre haute valide les crédits alloués aux ministères. Pour le Dr Sodjinou, c’est « le moment décisif pour inscrire la santé dans tous les postes de dépense, depuis l’éducation jusqu’aux infrastructures ». La démarche reprend la logique « Health in All Policies » défendue par l’OMS.
Pierre Ngolo a rappelé que la loi de finances 2024 privilégie déjà la prévention et la modernisation hospitalière, avec une hausse ciblée des investissements de proximité. Les sénateurs entendent, dit-il, veiller à la « traçabilité des fonds et à l’efficacité mesurable des programmes ».
Des soins primaires à consolider
Le Congo s’est doté, ces dernières années, d’un réseau hospitalier modernisé. Toutefois, la base de la pyramide reste fragile. « Les centres de santé intégrés doivent être plus proches, mieux équipés et connectés aux hôpitaux », insiste le Dr Sodjinou.
Plusieurs CSI pilotes, situés à Madibou, Madingou et Oyo, servent déjà de laboratoires de bonnes pratiques : équipes mixtes, dossiers médicaux numériques et ambulances adaptées aux pistes rurales. Les premiers retours indiquent une réduction des retards de prise en charge maternelle.
Le ministère de la Santé prépare un plan décennal axé sur la formation continue, la télémédecine et la maintenance biomédicale. Dès 2024, 20 % des allocations de santé primaire devront être consacrées à l’équipement des CSI, selon une source gouvernementale.
À retenir
Renforcer la coordination Congo-OMS, sécuriser le financement multisectoriel et consolider les soins de première ligne : tels sont les trois piliers ressortis de l’audience sénatoriale. Les parties ont également convenu d’un calendrier de suivi semestriel.
L’objectif ultime reste la couverture sanitaire universelle, principe inscrit dans la Constitution et soutenu par les partenaires techniques. Le dispositif s’appuiera sur la carte biométrique d’assurance maladie, dont la phase pilote est annoncée à Brazzaville d’ici la fin de l’année.
Le point économique
Selon le ministère des Finances, la dépense publique de santé représentera 9,2 % du budget 2024, contre 7,8 % en 2022. L’effort vise à atteindre le seuil de 15 % fixé par la Déclaration d’Abuja, étape jugée réaliste sur quatre exercices.
La Banque mondiale évalue à 120 millions de dollars les gains potentiels issus de la réduction des évacuations sanitaires si les CSI et les plateaux techniques régionaux sont consolidés. Ces économies pourront être réallouées à la prévention.
Pour l’OMS, chaque dollar investi dans la prévention rapporte cinq dollars de productivité. « La santé est un moteur de croissance, pas un centre de coûts », martèle le Dr Sodjinou. C’est ce paradigme que Brazzaville veut désormais inscrire dans l’ensemble de ses politiques publiques.
