Un rendez-vous stratégique à Brazzaville
Le 17 octobre, Brazzaville a réuni les ministres en charge des Transports du Congo, du Cameroun, du Tchad, de la Centrafrique, du Gabon et de la Guinée équatoriale autour de la 7ᵉ session ordinaire du Comité des ministres de l’Assa-Ac, bras technique aérien de la CEMAC.
Dans la salle, l’urgence était palpable : trafic post-Covid en hausse, compagnies nationales en relance et exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale. « Notre région doit parler d’une seule voix sécuritaire », a résumé la présidente de séance, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas.
Brazzaville valide une feuille de route 2026
Les délégations ont adopté sans amendement le plan d’action 2026, articulé autour de trente-deux initiatives : audits croisés, modernisation des manuels, mutualisation des inspections et digitalisation des rapports. L’objectif est clair : atteindre 80 % de conformité OACI, contre 55 % aujourd’hui.
Le budget prévisionnel, chiffré à 24,8 milliards de F CFA, sera financé par la redevance de sécurité aérienne régionale et par la contribution égalitaire des États. « Nous avons choisi une trajectoire réaliste, avec une baisse progressive des dépenses de fonctionnement », assure le directeur général, Eugène Apombi.
Finances : discipline et transparence exigées
Le Comité a salué l’exécution budgétaire 2024, mais il a pointé un recouvrement encore insuffisant des contributions nationales. Les États accusent un arriéré cumulé de 3,1 milliards de F CFA. La Guinée équatoriale et le Tchad se sont engagés à éponger leurs retards avant mars 2025.
Pour éviter tout dérapage, les ministres exigent désormais qu’aucun rapport financier ne quitte l’Assa-Ac sans validation préalable de ses instances statutaires. La Cour des comptes de la CEMAC disposera, pour la première fois, d’états certifiés conformes aux normes internationales.
Vers une redevance régionale consolidée
La mise en œuvre de la RSAR dans cinq pays est jugée « globalement satisfaisante ». Seul le Cameroun finalise encore son cadre réglementaire. L’Assa-Ac négocie avec l’IATA un mandat de recouvrement automatisé afin de sécuriser les flux et réduire la dépendance budgétaire.
Selon les estimations, la RSAR pourrait générer 14 milliards de F CFA par an dès 2026, soit 56 % des ressources attendues. « C’est un instrument solidaire : chaque billet vendu contribuera à la sûreté de tous », rappelle le ministre gabonais Brice Paillat.
Harmonisation réglementaire accélérée
La transition vers le corpus communautaire progresse, mais seule la Centrafrique a déjà aligné l’ensemble de ses textes. Les autres États disposent de trente-six mois pour achever la migration. Des missions d’assistance conjointe sont programmées dès janvier 2024.
Les ministres ont autorisé le directeur général à solliciter une délégation exceptionnelle du Conseil des ministres de l’UEAC pour signer, en leur nom, les amendements techniques. Objectif : éviter les goulots d’étranglement parlementaires et gagner huit à douze mois sur le calendrier.
Formation des compétences clés
Le plan triennal 2026-2028 prévoit la montée en compétences de 280 inspecteurs, dont 40 spécialistes en sûreté, 60 experts maintenance et 25 juristes. Les sessions se dérouleront à l’École régionale de l’aviation civile de Douala et au Centre de formation de Pointe-Noire.
Un volet spécifique renforce le Programme national de sécurité : les États bénéficieront d’ateliers sur la culture juste, la gestion des facteurs humains et l’analyse de risque. « Notre première ressource reste l’humain », insiste le colonel tchadien Mahamat Gali Ngare, chef du comité de formation.
Gouvernance et leadership congolais
La présidence tournante de l’Assa-Ac est désormais assurée par le Congo. Le choix d’Ingrid Ebouka-Babackas, également ministre des Transports, traduit la confiance régionale envers les réformes engagées à Brazzaville depuis 2021 dans l’aviation civile.
Sur proposition du Comité, le Congolais Leyami Gastel Aimard prend la direction Administration-Finances. Sa mission : rationaliser l’organigramme et piloter la réduction de 12 % des charges fixes dès 2025. « Nous voulons un siège agile, tourné vers le terrain », souligne-t-il.
Le point éco
Le transport aérien représente à peine 0,6 % du PIB cumulé de la CEMAC, mais il soutient 136 000 emplois directs. Les acteurs tablent sur une croissance annuelle de 5 % du trafic passagers entre 2024 et 2028, tirée par le tourisme d’affaires et les hydrocarbures.
Les compagnies régionales – Camair-Co, Equaflight, Congo Airways – scrutent de près l’évolution des coûts. Une redevance maîtrisée et des inspections harmonisées devraient réduire l’irrégularité opérationnelle, estimée à 12 millions de dollars par an. L’impact attendu sur la compétitivité est donc significatif.
À retenir
Le plan d’action 2026, la RSAR consolidée et le programme de formation confirment l’ambition d’une aviation sûre et intégrée en Afrique centrale. Les ministres promettent de publier un tableau de bord trimestriel pour suivre chaque indicateur.
Dans un environnement mondial mouvant, la CEMAC mise sur la coopération technique pour protéger passagers et investissements. Le signal envoyé depuis Brazzaville est celui d’une région consciente de ses défis et déterminée à les relever collectivement.
