Un partenariat au service des villes durables
La visite, le 31 juillet à Brazzaville, du maire de Charly, M. Olivier Araujo, aura été l’occasion de rappeler que la diplomatie moderne se construit autant dans les salons ministériels que sur le terrain des services publics essentiels. En faisant le choix de l’assainissement comme fil conducteur, les collectivités françaises et congolaises s’inscrivent dans une logique de co-construction qui privilégie la circulation des savoir-faire plutôt qu’une relation strictement verticale. « Nous devons penser la coopération sous forme de partage entre les institutions françaises et congolaises », a insisté le maire rhodanien au sortir de son audience auprès du président du Sénat, M. Pierre Ngolo. La formule résume une ambition : mettre à la disposition des communes congolaises un portefeuille d’expériences éprouvées en Europe, tout en valorisant les initiatives locales déjà à l’œuvre le long du fleuve Congo.
L’assainissement, enjeu de santé publique et économique
Dans un contexte où l’Organisation mondiale de la santé estime que 80 % des maladies infectieuses en Afrique subsaharienne sont liées à l’eau, la gestion des eaux usées et pluviales devient un impératif sanitaire autant qu’un moteur de croissance inclusive. Le gouvernement congolais a déjà multiplié les programmes de drainage et de curage des caniveaux à Brazzaville et à Pointe-Noire. Toutefois, la démographie urbaine, en hausse de près de 3 % par an selon la Banque mondiale, exerce une pression constante sur les infrastructures existantes. L’apport d’opérateurs français spécialisés – de la conception de réseaux séparatifs à la valorisation énergétique des boues – peut accélérer la mise aux normes et limiter les externalités négatives sur les écosystèmes fluviaux.
Décentralisation et gouvernance locale en perspective
La dimension institutionnelle n’est pas en reste. En échangeant avec le président du Sénat, M. Araujo a évoqué la décentralisation comme levier de performance, rappelant que la proximité favorise la redevabilité et donc la pérennité des services. Brazzaville a engagé depuis 2011 une réforme territoriale qui confère aux départements plus de compétences en matière de planification urbaine. Cette dynamique trouve un écho positif en France, où les intercommunalités ont, depuis la loi NOTRe, la compétence obligatoire pour l’eau et l’assainissement. Les échanges d’ingénierie institutionnelle pourraient ainsi porter sur la structuration de régies locales, la tarification sociale ou encore la participation citoyenne aux décisions budgétaires.
Des financements innovants pour des solutions adaptées
La réussite d’un tel partenariat repose évidemment sur la mobilisation de capitaux. Les discussions en cours explorent la palette des financements mixtes : prêts concessionnels de l’Agence française de développement, partenariats public-privé calibrés pour les réalités congolaises, et mécanismes de paiement pour services écosystémiques soutenus par des fondations. Le ministère congolais de l’Économie a récemment mis en avant l’idée d’émettre des obligations vertes dédiées aux infrastructures d’assainissement, signalant la volonté d’aligner la stratégie nationale sur les standards internationaux de finance durable.
Vers un agenda partagé et mesurable
Au-delà des annonces, la crédibilité de la coopération se jouera sur la définition d’indicateurs clairs : linéaires de canalisations posées, taux de raccordement des ménages, réduction des inondations en saison des pluies. Les équipes congolaises et françaises envisagent déjà un premier comité de suivi pour le premier trimestre 2024. L’enjeu sera de concilier la rigueur méthodologique – chère aux bailleurs – et la flexibilité requise par la diversité des contextes urbains, du quartier Bacongo à la cité océane de Loango. « Le Congo est dans une démarche proactive qui va dans le bon sens », a reconnu le maire de Charly, saluant une vision qui combine développement durable et souveraineté des collectivités. Dans les mois à venir, l’agenda devrait s’enrichir de projets pilotes, vitrines d’un partenariat où l’échange d’expertise se conjugue à la volonté politique de garantir à chaque citoyen un environnement sain et digne.
