Neuf destinations nouvelles dès 2026
Royal Air Maroc a officialisé, le 15 décembre, l’ouverture de neuf lignes directes en 2026. L’annonce confirme l’orientation offensive de la compagnie chérifienne, qui veut mailler trois continents et consolider la place de Casablanca comme épicentre des échanges aériens entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
Parmi les destinations dévoilées figurent Saint-Pétersbourg en janvier, Bilbao et Alicante au printemps, Los Angeles en juin, puis Lille en juillet. Le Moyen-Orient est concerné avec Beyrouth, tout comme l’Afrique, via Tripoli et surtout Pointe-Noire, première desserte congolaise de RAM.
Casablanca se renforce comme hub intercontinental
« Ces nouvelles lignes marquent une étape clé de notre plan de croissance », rappelle le PDG Hamid Addou. Depuis 2023, la flotte s’est enrichie d’une dizaine d’avions supplémentaires et près de vingt routes ont vu le jour, faisant gonfler les correspondances au Maroc.
La stratégie repose sur un double levier : densifier le réseau moyen-courrier, source de trafic de transit, et allonger le rayon d’action long-courrier, où les marges sont plus élevées. Casablanca espère ainsi rivaliser avec les hubs du Golfe ou d’Istanbul sur les flux Sud-Nord.
Une opportunité pour Pointe-Noire et l’économie congolaise
L’arrivée d’un vol direct Pointe-Noire–Casablanca ouvre de nouvelles perspectives aux entrepreneurs pétroliers, miniers et agro-industriels basés dans la capitale économique congolaise. Ils pourront rejoindre, sans escale, des marchés européens ou américains grâce aux correspondances offertes par RAM.
Le tourisme, promu par le gouvernement congolais, pourrait aussi bénéficier de cette passerelle vers l’Asie et l’Amérique. « Nous misons sur l’attractivité des plages de la baie de Loango », confie un cadre de l’Agence nationale du tourisme, qui mentionne un dialogue avancé avec plusieurs tours-opérateurs marocains.
Les capitales régionales mieux connectées
Avec Tripoli et Beyrouth, RAM réactive des corridors suspendus ces dernières années. La compagnie compte sur une diaspora active et sur la reconstruction économique libyenne pour atteindre rapidement des coefficients de remplissage supérieurs à 75 %, seuil jugé rentable par les analystes.
En Europe, l’ajout de Bilbao, Alicante, Lille et Vérone s’appuie sur la multiplication des flux de loisirs et d’affaires autour de la Méditerranée. Ces villes secondaires, délaissées par les grands hubs, offriront à RAM un accès direct à des bassins de population dynamiques.
Long-courrier : RAM muscle ses fréquences
Sur le segment long-courrier, la compagnie annonce des renforts de fréquences vers São Paulo, Miami, Washington et Dubaï. Objectif : consolider des marchés jugés « stratégiques » où le taux de remplissage progresse depuis le rebond post-pandémie, notamment grâce aux cargo-clients.
Les nouveaux Boeing 787-9 attendus en flotte seront configurés en trois classes, dotés de suites affaires fermées et d’une connectivité Wi-Fi à haut débit. RAM affirme qu’elle s’alignera sur les standards de confort des grandes compagnies du Golfe, tout en maintenant un positionnement tarifaire compétitif.
À retenir
Neuf lignes, trois continents et une ambition : faire du Maroc un carrefour incontournable. Pointe-Noire signe le retour d’une connexion directe entre le Congo et l’Afrique du Nord, tandis que Los Angeles et Saint-Pétersbourg étirent le réseau chérifien jusqu’aux confins du Pacifique et de la Baltique.
Le point économique
Selon l’Observatoire marocain de l’aviation, chaque nouvelle ligne génère en moyenne 35 emplois directs et 80 emplois induits. À l’échelle congolaise, l’activation de la desserte vers Casablanca devrait accroître le trafic annuel de l’aéroport Agostinho-Neto d’environ 7 %, estiment des sources aéroportuaires.
La Banque africaine de développement rappelle que le transport aérien contribue déjà à 2,6 % du PIB du continent. L’intégration de nouvelles villes secondaires, couplée à une flotte modernisée, pourrait stimuler les recettes touristiques et logistiques du Maroc tout en densifiant les échanges Sud-Sud.
Expérience passager en mutation
En cabine, RAM introduira un système de divertissement interactif multilingue, pensé pour une clientèle d’affaires africaine de plus en plus connectée. Les passagers pourront finaliser un visa électronique, commander un chauffeur ou réserver un hôtel depuis leur écran avant même l’atterrissage.
La compagnie promet également de réduire l’empreinte carbone par l’usage de carburants d’aviation durables produits à Jorf Lasfar. Un engagement qui devrait séduire les entreprises soumises à des critères ESG stricts, notamment dans les secteurs minier et hydrocarbures présents au Congo et au Maroc.
Calendrier et perspectives
L’ouverture commerciale des billets est annoncée pour février 2025, sous réserve des droits de trafic définitifs. Les autorités congolaises, déjà sollicitées, doivent homologuer les créneaux horaires, tandis que RAM négocie des codes-partage pour offrir davantage de combinaisons avec les compagnies CEMAC.
À terme, la compagnie ambitionne de doubler sa flotte, à 200 appareils, d’ici 2037. Pour Pointe-Noire, l’enjeu sera d’accompagner cette montée en puissance par des capacités aéroportuaires modernisées afin de capter un flux de voyageurs régionaux en plein essor.
Dimension diplomatique renforcée
Au-delà du commerce, Rabat voit dans cette expansion un outil d’influence douce. Les facilités de visas et la doctrine « Open Sky africain » visent à fluidifier la mobilité des cadres, étudiants et chercheurs.
Le Congo, membre actif de la CEMAC, gagne ainsi un pont aérien vers le Maghreb et l’Europe. Des accords de formation de pilotes et de maintenance sont déjà envisagés.
