Un rendez-vous attendu à CanalOlympia
Le 11 octobre, la salle CanalOlympia de Brazzaville accueillera l’avant-première de « Mémoires du Cfrad ». Annoncée depuis plusieurs mois, la projection rassemble déjà historiens, artistes, étudiants et cinéphiles désireux de redécouvrir une partie méconnue de leur patrimoine.
Le long métrage de 107 minutes embrasse la période 1904-2024 en convoquant figures politiques, musiciennes, comédiens et anonymes. Pour Hassim Tall, « il s’agissait de faire dialoguer les vivants et les absents afin que la mémoire circule d’une génération à l’autre ».
Une fresque centenaire sur grand écran
Le scénario s’ouvre en 1904, lorsque l’actuel Cfrad abritait le Cercle civil et militaire français. Le spectateur est ensuite conduit jusqu’à la Conférence de Brazzaville de 1944, avec des images rares du général de Gaulle reprenant vie grâce à un patient travail d’archives.
À mesure que défilent Maxime Ndebeka, Franklin Boukaka ou Robert Brazza, le film mêle photographies colorisées et reconstitutions filmées dans les rues du centre-ville. Cette hybridation narrative offre un relief inédit aux temps forts de l’histoire congolaise du XXᵉ siècle.
Le montage, ponctué de compositions originales de Michel Raféa, ménage des respirations poétiques. Les séquences contemporaines dirigées par l’actrice Mariusca Moukengue ancrent le propos dans le présent, rappelant que la créativité locale demeure vive.
Le Cfrad, monument en renaissance
Construit au cœur du quartier administratif, le Centre de formation et de recherche en art dramatique a traversé plus d’un siècle d’usages successifs avant d’être laissé à l’abandon. Les travaux de réhabilitation lancés en 2022 redonnent peu à peu lustre et fonctionnalités au bâtiment.
À l’initiative du ministère de la Culture, un appel à collection a permis de rassembler affiches, costumes, billets et matériel scénique. Une exposition permanente racontera bientôt comment ce lieu emblématique passa du théâtre colonial aux cabarets post-indépendance puis aux cours des comédiens d’aujourd’hui.
Le film d’Hassim Tall s’inscrit dans ce chantier. Chaque ticket vendu à l’avant-première abondera un fonds destiné à l’aménagement technique de la future grande salle. Pour la productrice Annie Nsona, « cinéma et patrimoine avancent ici main dans la main ».
Hassim Tall, gardien de la mémoire
Né à Brazzaville le 8 juillet 1972, Hassim Tall Boukambou s’est forgé une réputation d’archiviste exigeant avec sa trilogie « Révolutionnaire(s) », consacrée aux Trois glorieuses d’août 1963. Sa caméra privilégie toujours les témoins directs et les documents originaux.
Dans « Couleurs-urbaines Brazzaville » puis « Brazzaville », il a déjà filmé la capitale en réfléchissant à la façon de réconcilier passé et avenir. L’amour du détail, visible dans chaque plan, répond à un credo constant : sauvegarder avant que l’oubli ne s’installe.
Interrogé sur la genèse du nouveau projet, le réalisateur confie avoir découvert, au grenier du Cfrad, des bobines nitrate partiellement dégradées. « C’était un appel silencieux », dit-il. « Je n’ai fait que tendre l’oreille ».
Un acte de revitalisation culturelle
Au-delà de l’événement cinématographique, les organisateurs veulent enclencher un élan collectif. Des débats réunissant universitaires, lycéens et compagnies amateurs suivront la projection pour imaginer des programmes de médiation dans les quartiers.
La municipalité de Brazzaville a, de son côté, annoncé l’installation d’une signalétique patrimoniale aux abords immédiats du Cfrad afin d’orienter touristes et habitants vers les points d’intérêt historique. Des visites guidées seront proposées dès le mois prochain.
Pour le critique Landry Okoumba, « la réhabilitation d’un lieu emblématique soutenue par un film ambitieux prouve que la politique culturelle congolaise mise sur la continuité ». Brazzaville se replace ainsi sur la carte des capitales africaines de la création.
Le point économique
Le budget global de la restauration est estimé à quatre milliards de francs CFA, financés conjointement par l’État, la municipalité et des partenaires privés. À terme, l’exploitation régulière du Cfrad devrait générer près de cent emplois directs.
Ces chiffres traduisent la volonté de valoriser une économie culturelle capable de diversifier les ressources locales. L’avant-première du 11 octobre servira de test grandeur nature pour la billetterie et les services annexes, notamment la boutique d’ouvrages et de DVD.
À retenir
Projection unique le 11 octobre, réhabilitation d’un monument, participation des archives nationales : « Mémoires du Cfrad » se présente comme la pièce maîtresse d’un vaste projet de transmission culturelle. L’enjeu dépasse la pellicule : il s’agit de ranimer un foyer symbolique de l’identité congolaise.