Une mobilisation citoyenne sous le signe de la santé
Par une aube tiède de juillet, les artères de Brazzaville ont vu s’ébranler le cortège bigarré de l’Association Lheyet-Gaboka pour le développement. Conduit par son président national, Axel Ariel Dinghat Mouenokanga, le groupe a relié le rond-point de la République à la rue Enyellé, arpentant près d’une dizaine de kilomètres. Ni chronomètre, ni compétition : l’enjeu était ailleurs, dans cette volonté d’ancrer le sport dans un quotidien congolais parfois marqué par la sédentarité. Le passage par le jardin des Droits de l’homme puis par le boulevard Denis-Sassou-Nguesso, récemment rénové, a symbolisé l’arrimage harmonieux entre initiative citoyenne et infrastructures publiques.
L’essor du sport associatif dans la capitale
Depuis quelques années, Brazzaville voit fleurir des organisations prônant l’activité physique comme levier de développement local. L’ALGD, apparue dans ce sillage, mise sur la convivialité pour toucher toutes les couches sociales. Selon ses responsables, plus d’une cinquantaine d’adhérents ont répondu à l’appel, rejoints en chemin par de simples passants séduits par l’énergie du groupe. La présence d’une équipe de football affiliée, l’AJ Auxerre Brazzaville, a offert à la marche un tempo résolument sportif tout en projetant l’image d’un tissu associatif structuré et capable de s’autofinancer.
Prévention primaire et lutte contre les maladies chroniques
Dans un contexte où l’épidémiologie congolaise témoigne d’une progression des pathologies cardiovasculaires et métaboliques, la démarche revêt un intérêt sanitaire non négligeable. « L’exercice physique régulier reste le plus simple des médicaments », rappelle Axel Ariel Dinghat Mouenokanga, qui voit dans la marche « un antidote aux hypertensions silencieuses et au diabète insidieux ». Les chiffres du ministère de la Santé indiquent pourtant qu’un adulte urbain sur trois demeure insuffisamment actif. En fractionnant la ville à pied, les marcheurs de l’ALGD entendent démontrer qu’un changement de mode de vie est à la portée de tous, sans équipement onéreux, dans le strict respect des orientations gouvernementales en matière de prévention.
Cohésion sociale et diplomatie de proximité
L’événement n’a pas seulement sollicité les muscles ; il a aussi nourri un capital social précieux. Chaque halte — devant l’état-major des Forces armées, la mairie centrale ou encore la direction du Trésor public — a donné lieu à des échanges avec les riverains. Le vice-président de l’association, Martin Ibaïbé, voit dans cette itinérance une « pédagogie ambulante » : informer, écouter, fédérer. Dans une capitale où se côtoient jeunes cadres, fonctionnaires et commerçants informels, ce type d’initiative crée des passerelles là où les agendas professionnels cloisonnent. Les diplomates observateurs de la scène congolaise y liront une capacité de la société civile à compléter, sans jamais s’y substituer, l’action de l’État en matière de cohésion nationale.
Au-delà de la marche, un agenda culturel et sportif dense
Cette randonnée urbaine intervient après un tournoi de football interne, et elle précède une journée portes ouvertes dédiée à la mémoire de Maurice Lheyet Gaboka, figure tutélaire de l’association. Théâtre, musique et dépistages gratuits figureront au programme. L’ALGD entend ainsi tisser une offre plurielle, convaincue que la santé se nourrit autant de mouvement que de culture. Les autorités municipales, sollicitées pour la logistique, voient d’un bon œil cette montée en puissance d’un acteur capable de dynamiser les quartiers tout en véhiculant un patriotisme apaisé.
Vers un tissu social renforcé
Aussi modeste soit-elle, la marche du 26 juillet illustre un tournant : celui d’une société civile congolaise qui, sans renier sa vocation critique, choisit l’action constructive. En remettant la santé et l’effort partagé au centre des pratiques urbaines, l’ALGD propose une réponse douce à des enjeux lourds — obésité, isolement, fractures générationnelles. L’antenne brazzavilloise de l’Organisation mondiale de la santé salue d’ailleurs « un modèle reproductible », adaptable aux réalités d’autres villes du pays. Reste désormais à pérenniser l’élan, et à faire de chaque pas un jalon supplémentaire vers l’émergence sociale à laquelle aspire la République du Congo.
