Brazzaville muscle sa riposte sanitaire
À l’hôtel Péfaco de Brazzaville, la salle de conférence a pris des allures de laboratoire d’idées du 15 au 19 septembre 2025. Médecins, infirmiers et psychologues y ont partagé des cas cliniques pour affiner la prise en charge des addictions juvéniles.
L’événement, premier du genre au Congo, confirme le changement de cap annoncé par le gouvernement : ne plus se limiter à la répression mais enrôler la prévention, le soin et la réinsertion sociale dans une même stratégie, tournée vers les adolescents.
Un virage politico-sanitaire assumé
En ouvrant les travaux, le ministre Hugues Ngouélondélé a rappelé que « former nos agents, c’est renforcer l’État ». Selon lui, la toxicomanie fragilise la cohésion nationale et pèse sur les finances publiques à travers les coûts sanitaires indirects.
Le message est clair : la santé publique rejoint le portefeuille économique. Chaque jeune libéré des dépendances représente un futur producteur de richesse, un argument repris par Hemery Patrick Akondjo Olandzobo, directeur général de l’Agence, pour qui la lutte contre l’addiction est « une politique d’investissement humain ».
Cinq modules pour bâtir une expertise locale
La Société scientifique d’addictologie tunisienne a structuré la session en trois cours présentiels, deux classes virtuelles et un stage clinique. Les participants ont identifié cannabis, alcool frelaté, tramadol et narguilé comme substances les plus consommées dans les lycées de Brazzaville et Pointe-Noire.
Un atelier pratique s’est déroulé à l’Unité de désintoxication d’Aubeville, dans la Bouenza. Là, les soignants ont simulé l’accueil d’un adolescent en sevrage, depuis le dépistage biologique jusqu’au suivi psychothérapeutique, sous l’œil attentif d’experts tunisiens.
Le cursus inclut également une initiation à la tabacologie, thème prioritaire depuis l’entrée en vigueur de la loi antitabac de 2022. Les formateurs insistent sur l’entretien motivationnel, méthode jugée plus efficace que les injonctions moralisatrices auprès d’une génération connectée.
Voix de terrain et ambition gouvernementale
« Nous devons parler le langage des jeunes », explique le docteur Frenel Loembé, chef de projet. Il plaide pour des consultations sans blouse blanche, dans un décor moins hospitalier, afin d’abaisser la peur du stigmate et d’augmenter les chances de succès thérapeutique.
Sur le terrain, plusieurs familles racontent avoir attendu des mois avant de trouver une structure adaptée. Les nouveaux Centres de santé intégrés recevront désormais un agent formé, promesse saluée par Marie-Claire Mabira, présidente d’une association de parents, qui parle d’« espoir concret ».
Le ministère prévoit de doubler la capacité d’accueil d’Aubeville d’ici 2026 et d’ouvrir deux unités similaires dans le Kouilou et la Sangha. Le budget sera inscrit au collectif de finances, indique un conseiller, soulignant l’alignement sur le Plan national de développement 2022-2026.
Coopérations africaines et européennes élargies
Au-delà de Tunis, des partenariats sont en cours avec des tabacologues belges et des psychologues cliniciens français. Un échange de stagiaires est envisagé pour 2026, preuve que le dossier addictions devient un vecteur de diplomatie sanitaire pour Brazzaville.
La CEMAC étudie pour sa part une plateforme de formation partagée. Selon une note interne, le Congo pourrait héberger un centre régional d’excellence, consolidant son rôle de leader en santé communautaire dans le Golfe de Guinée.
Le point juridique/éco
Adoptée en 2023, la stratégie nationale de lutte contre les drogues prévoit une taxe dédiée sur les alcools forts. Les cinq premiers mois de 2025 ont déjà généré 1,2 milliard de francs CFA, affectés aux programmes de prévention et au recrutement de personnel spécialisé.
Sur le plan normatif, la loi protège désormais le secret médical des mineurs de plus de quinze ans en cas de consultation liée aux addictions. Cette avancée doit, selon des juristes, encourager les adolescents à chercher une aide professionnelle sans crainte de sanction familiale.
À retenir pour les familles et les soignants
Les premiers soignants formés seront déployés dès octobre dans dix-sept districts sanitaires. Le programme sera évalué chaque semestre à l’aide d’indicateurs de rechute, d’abandon scolaire et de conflits avec la loi, afin d’ajuster les protocoles.
Pour les familles, le numéro vert 1404 reste la porte d’entrée. Il orientera vers le C.S.I. le plus proche ou directement vers Aubeville pour les cas sévères. Un spot radio, produit par de jeunes étudiants en communication, sera diffusé dès la rentrée universitaire.
À long terme, l’ambition est d’inscrire la prévention des addictions au programme scolaire, depuis la primaire jusqu’au lycée. Le ministère de l’Éducation planche déjà sur des supports pédagogiques adaptés aux réalités culturelles congolaises.
Si le projet tient ses promesses, le Congo pourrait devenir une référence régionale dans la reconquête de la jeunesse face aux dépendances, un objectif en phase avec la vision du président Denis Sassou Nguesso pour une nation mobilisée autour de son capital humain.
Des chercheurs de l’Université Marien-Ngouabi suivront le programme grâce à une étude longitudinale prévue sur trois ans. Leurs résultats nourriront la base de données régionale, outil essentiel pour calibrer les campagnes médiatiques, le coût-bénéfice des interventions et les évolutions budgétaires futures.
