Brazzaville valide un nouveau cap pour l’APPO
La réunion ministérielle de l’Organisation des producteurs africains de pétrole, tenue cette semaine sur les rives du fleuve Congo, a désigné Farid Ghezali comme futur secrétaire général. Le choix, approuvé à l’unanimité, témoigne d’une volonté d’approfondir l’intégration énergétique sous l’impulsion des autorités congolaises.
En saluant le consensus, le ministre congolais des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua, a souligné que « l’unité des producteurs reste notre meilleur levier face aux mutations mondiales ». Brazzaville, siège de l’APPO depuis 2018, confirme ainsi son rôle de carrefour diplomatique pour les politiques pétrolières continentales.
Un secrétaire général forgé sur le terrain
Ingénieur de formation, Farid Ghezali a passé plus de trente ans dans l’amont pétrolier, de Hassi Messaoud aux blocs offshore de l’Angola. Sa maîtrise des opérations, doublée d’une fibre négociatrice, a été remarquée lors de la renégociation de contrats partagés en Algérie en 2020.
Dans les couloirs de l’organisation, on rappelle que le nouveau patron a « l’oreille des compagnies nationales comme des majors », un atout pour faciliter la mise en commun de compétences entre États membres et attirer des capitaux internationaux soucieux d’un cadre stable et lisible.
Son prédécesseur, le Nigérian Omar Farouk Ibrahim, laisse un héritage fait de partenariats renforcés et d’un plaidoyer constant pour la souveraineté énergétique. « Farid saura consolider ces acquis tout en accélérant la création de valeur locale », estime NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie.
Des perspectives pétrolières en pleine accélération
La décennie s’ouvre sur une pluie de découvertes, du grès saumâtre namibien aux gisements profonds de la Côte d’Ivoire. Les estimations de Rystad Energy projettent 13,6 millions de barils équivalent pétrole par jour sur le continent d’ici 2030, contre 11,4 en 2026.
Cette dynamique repose autant sur l’exploration que sur la technologie. Les campagnes sismiques 4D, le forage ultra-profond et la digitalisation des puits réduisent les coûts et les risques. Les compagnies nationales, à l’instar de la SNPC congolaise, ambitionnent d’intégrer ces innovations afin de maximiser la récupération.
Pour autant, le besoin de financement reste criant. L’Agence internationale de l’énergie évalue à 70 milliards de dollars par an l’investissement requis pour maintenir la trajectoire. Dans un contexte de pression climatique, convaincre les bailleurs traditionnels devient plus ardu, d’où la recherche de solutions souveraines.
La Banque africaine de l’énergie entre en scène
C’est sur ce constat qu’est née l’idée d’une Banque africaine de l’énergie. Dotée d’un capital initial de 5 milliards de dollars, l’institution sera co-pilotée par l’APPO et Afreximbank. Objectif : fournir des prêts, des garanties et des instruments de couverture adaptés aux spécificités pétrolières régionales.
Farid Ghezali pilotera, dès son entrée en fonction, la finalisation des statuts et la mobilisation des souscriptions étatiques. Plusieurs pays, dont le Congo-Brazzaville, ont déjà confirmé leur engagement. Des discussions sont en cours avec des fonds souverains du Golfe pour compléter la dotation.
L’enjeu n’est pas seulement de financer des plateformes offshore. Il s’agit aussi de sécuriser des infrastructures de transport, des raffineries de taille moyenne et des hubs de pétrochimie capables de transformer localement la ressource pour créer des emplois qualifiés et diversifier les recettes fiscales.
À retenir
La nomination de Farid Ghezali symbolise la volonté de l’APPO d’inscrire la coopération énergétique dans le long terme. Brazzaville, lieu du vote, renforce son statut de capitale africaine du pétrole, tandis que la Banque africaine de l’énergie vise à combler le déficit d’investissements.
La croissance attendue de la production, soutenue par des avancées technologiques et de nouvelles découvertes, reste conditionnée à un environnement réglementaire convergent. L’APPO se donne ainsi pour mission d’harmoniser les codes pétroliers, de promouvoir le contenu local et de défendre le droit des États à valoriser leurs ressources.
Le point juridique/éco
La transition énergétique impose une mise à jour des cadres légaux. Plusieurs membres envisagent d’introduire des incitations fiscales pour la capture du carbone ou l’hydrogène bleu, afin de concilier attractivité et objectifs climatiques. L’APPO prépare un guide de bonnes pratiques à soumettre aux parlements nationaux.
Sur le plan monétaire, la Banque africaine de l’énergie prévoit d’émettre des obligations en euro-obligations et en monnaies locales. Cette double cotation vise à réduire l’exposition au risque de change et à favoriser la participation des places financières régionales comme Douala ou Abidjan.
Les experts rappellent toutefois que la réussite dépendra de la gouvernance. Des mécanismes d’audit, inspirés de l’ITIE, seront intégrés pour garantir transparence et traçabilité des flux. « La crédibilité du véhicule financier conditionnera la confiance des investisseurs », insiste l’économiste camerounais Dieudonné Banlock.
Dans ce contexte, le rôle de Brazzaville apparaît central. Le Congo, déjà engagé dans la réduction du torchage et la numérisation des permis, peut offrir un laboratoire grandeur nature pour les réformes prônées par l’APPO.
Enfin, la future équipe de Farid Ghezali veut renforcer la diplomatie énergétique sud-sud. Des protocoles de partage d’expertise sont en discussion avec le Brésil et l’Indonésie, deux pays à l’histoire comparable de gestion de bassins offshore tropicaux. Ces alliances doivent élargir l’accès à des financements compétitifs.
À l’heure où certains grands fonds se désengagent de l’exploration, l’Afrique mise sur une approche équilibrée : promouvoir une transition juste tout en tirant parti de son potentiel pétrolier pour financer l’éducation, la santé et les infrastructures. L’APPO entend porter ce message lors de la prochaine COP.
