Un chantier d’envergure nationale
Accélérer la modernisation des salles de classe est devenu une priorité absolue pour le ministère de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation. À Brazzaville, Jean Luc Mouthou martèle désormais ce calendrier : tout sera prêt avant la rentrée 2025-2026.
Le responsable gouvernemental a multiplié, début septembre, les visites de chantiers dans la capitale et en province, particulièrement dans les quartiers Ngamakosso et Mfilou, mais aussi à Tchilounga, Mvouti, Mouyondzi et Dolisie, pour constater la progression concrète des travaux.
Des délais surveillés de près
Sur chaque site, les ingénieurs ont reçu la même consigne : sécuriser les fondations, livrer les charpentes avant janvier et achever les finitions pendant la saison sèche. Cette feuille de route se veut réaliste, car plusieurs marchés avaient déjà franchi 70 % d’exécution en août.
« Nous ne parlons plus de promesses, mais de réalisations visibles », a insisté le ministre à Ngamakosso, devant des chefs d’établissement soulagés de voir disparaître les salles provisoires en planches qui accueillaient parfois trois élèves par table.
Un comité interministériel, associant Plan, Finances et Collectivités, assure le suivi hebdomadaire via une plateforme numérique. Chaque retard de livraison déclenche une réunion de crise, puis, si besoin, des pénalités contractuelles prévues dans les cahiers de charges homologués.
Focus sur Brazzaville et les départements clés
À Brazzaville, le collège La Liberté connaîtra sa mue la plus spectaculaire. D’ancienne institution des années 1970, il passera, selon le plan validé, à un ensemble modulable intégrant un lycée d’enseignement général, trois laboratoires scientifiques et une médiathèque connectée.
Dans le département du Kouilou, l’internat de Mvouti doit répondre à l’enjeu du maintien des filles à l’école au-delà du primaire. L’ouvrage prévoit un dortoir de 300 places, une cuisine moderne et un bloc sanitaire séparé, afin de garantir l’hygiène et la sécurité.
Plus au sud, Mouyondzi bénéficie d’une réhabilitation ciblée sur les ateliers techniques. Les spécialistes du bois et du BTP espèrent y inaugurer, à la rentrée, une section bois-énergie qui formera des jeunes aux métiers liés à la valorisation durable de la forêt congolaise.
Dolisie, carrefour commercial du Niari, voit pousser un nouveau complexe de huit bâtiments. Les autorités locales tablent sur 1 500 places supplémentaires, réduisant le temps de trajet moyen des élèves ruraux, parfois contraints, jusqu’ici, à deux heures de route quotidienne.
Alphabétisation: la marche en avant
Au-delà des murs, le ministère réaffirme sa stratégie d’inclusion. Avec l’appui de plus de 7 000 enseignants communautaires, la campagne d’alphabétisation continue de viser les adultes non scolarisés, principalement en zones forestières et fluviales.
Jean Luc Mouthou promet un recrutement progressif de ces animateurs dans la fonction publique. Selon lui, « chaque contrat pérennisé consolide le capital humain national que requiert l’émergence ». Les syndicats saluent le geste, tout en plaidant pour un calendrier clair de titularisation.
Le taux d’alphabétisation, estimé à 80 % par l’Unesco, pourrait gagner quatre points d’ici 2026 si les centres mobiles prévus sur le fleuve Congo et dans le Mayombe atteignent leur cible mensuelle de 2 000 apprenants.
À retenir
Les visites ministérielles ont surtout permis de lever les inquiétudes sur l’état d’avancement réel. Partout, les maçons étaient à l’œuvre, révélant une coordination plus serrée que lors des programmes antérieurs lancés en 2014.
Les chefs de quartier mettent en avant le sentiment de fierté suscité par ces chantiers, jugés emblématiques. « Nous protégerons l’école comme un bien commun », assure Julien Mboungou, représentant de Ngambio, évoquant la collaboration avec la gendarmerie pour prévenir vols et dégradations.
Sur le terrain financier, le programme mobilise 85 milliards de francs CFA, dont 60 % proviennent du budget national et 40 % d’appuis multilatéraux. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale accompagne la réhabilitation des lycées techniques.
Le point économique
À court terme, ces investissements soutiennent près de 10 000 emplois directs dans le BTP, selon la Fédération congolaise du bâtiment. Les entreprises locales obtiennent 72 % des marchés, dynamisant la trésorerie des PME et leur capacité d’embauche.
Sur le long terme, la Banque mondiale envisage un gain de 0,5 point de PIB par an grâce à une scolarisation accrue. L’argument est simple : chaque année supplémentaire d’étude augmente la productivité individuelle de 10 % en moyenne.
Pour le gouvernement, cet effort massif sert aussi de vitrine de bonne gouvernance. Le ministère des Finances publie désormais, sur son portail, les contrats et les échéances de paiement, dans le sillage du partenariat pour un gouvernement ouvert adopté l’an dernier.
Perspectives régionales
La CEMAC observe avec intérêt cette politique éducative intégrée, considérant le Congo comme pilote pour une mutualisation des manuels scientifiques. À terme, les six États pourraient réduire de 30 % le coût d’impression grâce à une centrale d’achats unique basée à Brazzaville.
Dans le Golfe de Guinée, des opérateurs pétroliers cofinancent déjà quatre laboratoires mobiles destinés aux lycées techniques, misant sur la formation locale pour étoffer leurs futurs recrutements. Le partenariat public-privé illustre la convergence entre investissement social et compétitivité industrielle.
