Une finale brazzavilloise riche en symboles
Dans une ambiance festive, cinq jeunes talents congolais ont remporté à Brazzaville la première finale du « Lissolo Challenge », repartant chacun avec 50 000 FCFA. La victoire de l’équipe Winner Premier, emmenée par Roger Mankindou, a transformé le plateau de jeu en scène de fierté nationale.
Un défi ludique à portée nationale
Initiée dans le cadre des « Lissolo Days », la compétition promeut Lissolo 2.0, un jeu de société créé au Congo pour valoriser l’histoire et la diversité culturelles. La conceptrice, Kris Brochec, décrit le projet comme « une aventure familiale, participative et fédératrice ».
Sous la supervision du chef de projet Hugues Wilson, les épreuves ont mêlé rapidité, stratégie et connaissances générales. Chaque bonne réponse sur la toponymie, les langues nationales ou les personnages historiques permettait d’avancer, reflétant la curiosité croissante d’un public jeune pour son patrimoine.
Un outil pédagogique sur l’identité congolaise
Loin de n’être qu’un divertissement, Lissolo 2.0 se présente comme une carte miniature du Congo. Les joueurs parcourent des cases dédiées aux sites classés, aux filières agricoles, aux rites initiatiques ou encore aux figures littéraires, s’appropriant ainsi la complexité d’un État multilingue.
« Le jeu incite les familles à raconter leur vécu, il ouvre un dialogue intergénérationnel », observe Wilson. Selon plusieurs enseignants présents, ce support ludique complète manuels et programmes en offrant un récit moins magistral et plus ancré dans l’expérience quotidienne des communautés urbaines et rurales.
La stratégie culturelle derrière Lissolo 2.0
La tenue du challenge répond aussi aux orientations nationales en faveur des industries culturelles et créatives, considérées comme un levier d’intégration et de croissance. La visibilité accordée à Lissolo 2.0 illustre un engagement public constant pour la mise en valeur des initiatives locales.
Dans les allées du Centre culturel de Brazzaville, plusieurs cadres rappellent que le Plan national de développement mise sur l’éducation par la culture. Lissolo 2.0, en privilégiant la coopération plutôt que la compétition pure, s’inscrit dans cette logique d’apprentissage social.
Entrepreneuriat et économie créative émergente
La dotation financière, modeste mais symbolique, renforce l’image d’un secteur où l’esprit d’entreprise émerge. Les lauréats évoquent déjà la création de clubs lissolo dans les quartiers périphériques. Cette dynamique entrepreneuriale ouvre des perspectives d’emplois, de formation et d’exportation de produits culturels congolais.
Pour Brochec, l’objectif n’est pas seulement ludique : « Nous voulons prouver qu’un contenu conçu ici peut se financer ici ». Les partenariats envisagés avec des imprimeries locales, voire avec des studios de réalité virtuelle, illustrent l’ambition d’une économie créative ancrée dans le territoire.
Perspectives régionales et diasporiques
À moyen terme, les promoteurs souhaitent traduire le jeu en lingala, en kituba et en anglais afin de toucher la diaspora et les pays voisins. Cette stratégie éditoriale régionale pourrait renforcer l’attractivité touristique de la République du Congo en diffusant ses récits fondateurs.
Des contacts exploratoires avec des centres culturels d’Abidjan et de Kigali ont déjà été amorcés, signalent les organisateurs. Le défi consistera à préserver la singularité congolaise tout en adaptant les contenus aux réalités sociolinguistiques d’Afrique centrale et de la diaspora afrodescendante.
Voix de la jeunesse congolaise
Roger Mankindou, le capitaine couronné, estime que « le meilleur outil pour connaître son pays reste le jeu ». Son coéquipier Miveck Rhignanga souligne l’apprentissage de la prise de parole et de la négociation, compétences rarement sollicitées dans les formats scolaires traditionnels.
Pour Lutther Mabiala, la somme reçue servira à organiser des animations dans les orphelinats de la capitale. Amadou Samanke et Davy Madassou, quant à eux, envisagent un blog consacré aux anecdotes historiques découvertes pendant le challenge, contribution numérique à la mémoire collective.
Le jeu comme vecteur de cohésion sociale
Les spécialistes de sciences sociales soulignent que les jeux de société participatifs favorisent la confiance mutuelle, condition d’une citoyenneté active. Lissolo 2.0, en valorisant la coopération, tend à réduire les clivages générationnels et territoriaux, deux enjeux identifiés par plusieurs études sur la cohésion nationale.
En filigrane, la compétition a rappelé l’importance stratégique de la culture comme facteur de paix durable. À l’issue de la remise des prix, les organisateurs ont annoncé une prochaine édition ouverte aux écoles, confirmant l’inscription du jeu dans l’agenda pédagogique national.
Le « Lissolo Challenge » pourrait ainsi devenir un laboratoire d’innovation civique, où le savoir historique circule librement et où l’émulation se conjugue à la solidarité. Les cinq vainqueurs, figures d’une jeunesse créatrice, incarnent l’élan d’un Congo tourné vers la transmission fraternelle.
Regards internationaux sur la ludification
La tendance mondiale à la ludification des apprentissages inspire les concepteurs de Lissolo 2.0. Des experts basés à Montréal et à Bruxelles suivent de près l’initiative congolaise, considérant qu’elle pourrait enrichir les discussions sur la représentation équilibrée des cultures africaines dans les jeux globaux.
À Bordeaux, une association francophone a proposé d’inclure le jeu dans un festival consacré aux défis climatiques, estimant que « parler biodiversité à travers le prisme d’un pays tropical constitue un atout narratif ». Ces sollicitations confirment la résonance internationale du projet brazzavillois.
Pourtant, les initiateurs demeurent prudents : la priorité reste la consolidation des réseaux locaux de distribution, depuis les librairies indépendantes jusqu’aux marchés provinciaux. « C’est en enracinant l’innovation dans le sol congolais qu’elle portera ses fruits », rappelle Brochec, soulignant la mesure progressive de l’expansion.
