Un élan de modernisation pour la commande publique
La salle comble du centre international de conférences de Kintélé reflète la curiosité d’un secteur privé avide d’opportunités. Près de deux cents chefs d’entreprise et représentants d’ONG ont répondu à l’appel de la Direction générale du contrôle des marchés publics, lundi 6 novembre 2025.
Soutenue par la Banque mondiale à travers le programme PAGIR, la rencontre visait à présenter les nouveaux textes qui encadreront, dès janvier, l’achat public congolais. L’accompagnement financier de l’institution de Bretton Woods illustre l’importance accordée à la modernisation de la gouvernance économique nationale.
Le président du conseil de l’ARMP, Ludovic Ngouala, a planté le décor. Il a rappelé que la commande publique représente environ 15 % du PIB et constitue, selon lui, « un levier stratégique pour l’industrialisation et l’emploi ». La réforme entend capter tout son potentiel.
Passation des marchés publics: nouvelles règles 2025
Le décret révisé sur les marchés publics introduit des seuils actualisés, des procédures simplifiées et la dématérialisation progressive des appels d’offres. « Réguler, ce n’est pas seulement contrôler, c’est accompagner », a insisté Ludovic Ngouala, plaidant pour une compréhension partagée des nouvelles exigences.
Joël Ikama Ngatsé, directeur général du contrôle, a détaillé les trois grands blocs de la réforme: transparence, compétitivité et intégrité. Les séances plénières ont suivi le cheminement d’un dossier, de l’avis de pré-information jusqu’à l’attribution, en insistant sur les points sensibles souvent source de litiges.
Autre nouveauté, l’évaluation ex ante des besoins publics, censée réduire les avenants tardifs. Les experts ont montré comment la plateforme e-procurement, hébergée au Trésor, permettra de publier automatiquement les avis et de communiquer les rapports d’évaluation aux parties prenantes en temps quasi réel.
Entreprises nationales: mode d’emploi pour candidater
La réforme met fin au mythe d’une commande publique réservée aux grands groupes. Les PME congolaises auront accès à des lots plus petits et à des avances de démarrage plafonnées à 20 %. « Nous passons de la sous-traitance subie à la titularisation responsable », a commenté une entrepreneuse de Pointe-Noire.
Les formateurs ont insisté sur la qualité du dossier unique de candidature, désormais exigé en format numérique. Les fiches fiscales actualisées, la preuve d’affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale et l’attestation bancaire doivent être déposées avant la date limite, sous peine d’invalidation automatique.
Au-delà de la conformité technique, la notion de valeur ajoutée locale gagne en poids. Un coefficient de 10 % pourra être appliqué aux offres intégrant des intrants produits au Congo, signe d’une volonté politique de privilégier le contenu local sans renier la concurrence.
Société civile congolaise et veille citoyenne renforcée
La société civile, conviée comme garante éthique, voit son champ d’action élargi. Les organisations peuvent désormais suivre en ligne le calendrier des appels d’offres et formuler des observations dans les cinq jours ouvrables, avant publication de l’attribution définitive, un mécanisme salué par les représentants d’ONG.
Dans les ateliers parallèles, les analystes de l’ONG Publiez Ce Que Vous Payez ont rappelé que « la transparence réduit le coût du capital pour l’État ». Ils comptent produire des notes trimestrielles d’alerte, utiles aux parlementaires et aux médias spécialisés.
Pour Ludovic Ngouala, cette participation citoyenne n’est pas une contrainte supplémentaire mais « une assurance qualité ». Le responsable voit dans la veille associative un moyen d’anticiper les contentieux et d’améliorer la perception des bailleurs. Une dynamique vertueuse susceptible de renforcer la crédibilité financière du Congo.
Le point économique: effets attendus sur la croissance
Selon les économistes du ministère des Finances, une réduction de 5 % des coûts d’achat public générerait jusqu’à 0,4 point de croissance supplémentaire. Les projections s’appuient sur l’effet multiplicateur des chantiers publics dans le BTP, le bois et l’agro-industrie, secteurs prioritaires du Plan national de développement.
Les nouvelles règles introduisent aussi un délai maximum de paiement de 45 jours. Cette mesure, régulièrement demandée par les fédérations patronales, devrait améliorer la trésorerie des entreprises et soutenir l’emploi, en particulier dans les régions à fort potentiel agricole.
À retenir
Dates clés, ouverture à la concurrence, contrôle citoyen, responsabilisation des PME: la réforme s’annonce structurante. Les entreprises ont demandé la multiplication d’ateliers territoriaux pour adapter leur stratégie avant l’entrée en vigueur prévue début 2026.
À Kintélé, formateurs et participants ont convenu d’un principe simple: la commande publique reste un bien commun. Sa modernisation, soutenue par la Banque mondiale et pilotée par les autorités congolaises, devra s’appuyer sur l’engagement continu de tous les acteurs.
