À Pointe-Noire, une idée simple bouscule les habitudes : cesser de voir le plastique usagé comme un déchet à éliminer pour le traiter comme une matière première. C’est le pari de la Déclaration sur la requalification des déchets plastiques, adoptée le 3 avril au musée Cercle africain.
Réunis pendant plusieurs jours, représentants des institutions publiques, collectivités locales, acteurs du secteur privé et organisations de la société civile ont validé ce texte. L’atelier « Requalifier les déchets plastiques : de nuisances à ressources stratégiques » était porté par l’ONG ACH Environnement.
Un atelier pour repenser la place du plastique
Le format se voulait participatif. Aux côtés des autorités, on retrouvait des membres du Réseau Climat Congo, mais aussi des jeunes et des femmes, invités à confronter leurs constats. Tous partageaient un même point de départ : la prolifération des déchets plastiques est devenue impossible à ignorer.
Les échanges ont porté sur des solutions concrètes. Car le plastique abandonné ne relève pas seulement de l’esthétique urbaine. Il menace l’environnement, la santé publique, la biodiversité et, plus discrètement, l’économie locale, en pesant sur des secteurs entiers et sur le cadre de vie.
Les limites d’une stratégie d’interdiction
Le directeur départemental de l’Environnement à Pointe-Noire, Ulrich Mavopa Ibouanga, a salué une initiative qui tombe à point. Il a toutefois rappelé une réalité connue des acteurs de terrain : la gestion des déchets plastiques demeure un défi majeur, jamais réellement résolu.
L’arsenal réglementaire existe pourtant. La loi n°33-2023 du 17 novembre 2023 sur la gestion durable de l’environnement encadre la matière, tout comme le décret de 2011 réglementant les sachets plastiques. Mais les textes, à eux seuls, n’ont pas suffi à endiguer le phénomène sur le terrain.
Ce constat traverse l’ensemble des débats. Les approches fondées uniquement sur l’interdiction et l’élimination montrent leurs limites. Elles répriment l’usage sans organiser l’après, laissant le déchet sans destination claire et sans valeur reconnue dans le circuit économique.
Le « produit R », du rebut à la ressource
C’est là qu’intervient la proposition centrale de l’atelier. Plutôt que de combattre le plastique usagé, les participants suggèrent de le réintégrer. Le déchet cesse d’être une nuisance à effacer pour devenir une ressource à exploiter, à condition d’en organiser la collecte et la transformation.
Le concept de « produit R », défendu par ACH Environnement, structure cette ambition. Il s’agit de requalifier le plastique usagé, de le normaliser, puis de l’insérer dans une chaîne de valeur économique, sociale et environnementale durable. Le rebut devient ainsi un maillon d’une filière.
Le changement est autant culturel que technique. Reconnaître une valeur au déchet suppose de repenser les pratiques de récupération, de fiabiliser sa qualité et de lui ouvrir des débouchés. La requalification n’a de sens que si elle débouche sur un usage industriel réel.
Un levier d’emplois et d’investissement
Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse l’environnement. Cette approche peut générer des emplois, en particulier dans des activités de collecte et de transformation à forte intensité de main-d’œuvre. Elle ouvre aussi un espace à l’innovation, sur un créneau encore peu structuré localement.
L’investissement constitue l’autre attente forte. En donnant une valeur marchande au plastique recyclé, le modèle vise à attirer des capitaux vers les filières locales de transformation. L’objectif est de bâtir une économie circulaire ancrée dans le territoire, plutôt que de dépendre d’importations.
Le secteur privé en première ligne
La déclaration adoptée ne s’adresse pas qu’aux pouvoirs publics. Elle interpelle directement le secteur privé, appelé à intégrer davantage les plastiques recyclés dans sa production. Les entreprises sont invitées à faire du matériau requalifié un intrant ordinaire de leurs process.
Le texte va plus loin en demandant de soutenir les start-ups vertes. Ces jeunes structures, souvent fragiles, pourraient porter une partie de l’innovation attendue. Encore faut-il qu’elles trouvent des partenaires industriels et des débouchés stables pour leurs solutions de transformation.
Enfin, la déclaration plaide pour renforcer les dispositifs de récupération. Sans collecte fiable, aucune filière ne tient. Cette brique logistique conditionne tout le reste, du gisement de matière à la rentabilité des unités de traitement.
L’adoption de ce texte à Pointe-Noire ne règle pas, à elle seule, la question des déchets plastiques. Elle dessine cependant un cap : passer d’une logique de sanction à une logique de valorisation. Reste à transformer la déclaration d’intention en filière concrète, articulée entre acteurs publics et privés.
