Un moment décisif pour la biodiversité congolaise
Brazzaville a accueilli, le 17 août, une consultation stratégique réunissant responsables étatiques, scientifiques et représentants du massif forestier de Messok-Dja. L’enjeu : affiner la Stratégie et Plan d’Action National pour la Biodiversité 2025-2030, pilier de la politique environnementale congolaise.
À l’issue de la rencontre, Jérôme Ambassa, porte-voix des communautés locales de la Sangha, a souligné que « l’écologie ne peut se dissocier des pratiques ancestrales ». Ses propos ont résonné comme une invitation à repenser les outils de conservation à l’aune des savoirs indigènes.
Le ministère de l’Économie forestière, déjà engagé dans l’Alliance mondiale pour les forêts tropicales, voit dans ce dialogue une opportunité d’aligner les ambitions nationales sur le Cadre mondial Kunming-Montréal, tout en consolidant la paix sociale autour des aires protégées.
Savoirs traditionnels et patrimoine forestier
Le massif de Messok-Dja, partie intégrante du paysage transfrontalier Tridom, abrite une mosaïque culturelle où chaque clan détient une connaissance fine des pistes d’éléphants, des clairières salines et des essences médicinales. Intégrer ces données empiriques enrichit la cartographie écologique établie par les chercheurs.
Les aînés identifient, en langue baka ou kouya, plus de cent plantes utilisées pour soigner le paludisme ou purifier l’eau. Ces inventaires oraux, lorsqu’ils sont valorisés scientifiquement, réduisent les coûts de prospection et renforcent l’adhésion communautaire aux plans de gestion.
Selon l’ethnobotaniste Mireille Okouba, « chaque chant rituel décrit un micro-habitat ». La patrimonialisation de ces récits ouvre des perspectives inédites pour un monitoring participatif, capable de détecter précocement les pressions anthropiques sur la faune.
Vers une gouvernance participative renforcée
Le Spanb prévoit la création de comités locaux de suivi, dotés d’un droit de veto consultatif sur toute activité extractive dans un rayon de dix kilomètres autour des zones sensibles. Cette disposition répond à la demande de reconnaissance juridique formulée par les communautés.
La Charte du partenariat, en cours de finalisation, institue des consultations libres, préalables et éclairées. Les collectivités pourront saisir un médiateur environnemental pour arbitrer les différends, garantissant ainsi un climat d’affaires serein pour les investisseurs responsables.
Des mécanismes financiers adaptés aux communautés
Le gouvernement étudie un fonds d’appui participatif alimenté par la fiscalité carbone et les redevances forestières. Ce guichet unique financera des micro-projets, de l’apiculture à la culture de cacao agro-forestier, générant des revenus alternatifs à la chasse commerciale.
La Banque de développement des États d’Afrique centrale s’est dite prête à co-financer le dispositif, à condition qu’un système transparent de suivi-évaluation soit mis en place. Les données collectées alimenteront, en temps réel, les tableaux de bord du ministère.
Former pour mieux protéger
Au-delà des ressources financières, la maîtrise technique constitue un levier essentiel. Des modules de cartographie participative en lingala, baka et téké sont déjà expérimentés dans douze villages pilotes. Les participants numérisent leurs terroirs sur GPS, améliorant la précision des inventaires fauniques.
Des sessions sur la gestion durable de la viande de brousse sensibilisent les chasseurs aux quotas légaux. Selon l’ONG Wildlife Conservation Society, une baisse de 18 % des pièges illégaux a été constatée dans les zones formées, signe d’un impact tangible.
Le Spanb 2025-2030 sur la scène internationale
À la prochaine COP15 biodiversité, Brazzaville présentera ses avancées comme un modèle de synergie entre science et tradition. L’intégration des savoirs autochtones répond à l’Objectif 21 du Cadre mondial, relatif aux connaissances locales et aux droits des communautés.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement salue déjà « l’approche holistique du Congo, conciliant préservation et développement ». Cette reconnaissance facilite l’accès aux financements climat, notamment via le Fonds vert pour le climat et le mécanisme REDD+.
La diplomatie économique congolaise mise sur cette visibilité pour attirer des partenariats Sud-Sud, en particulier avec l’Indonésie et le Brésil, qui partagent des défis similaires de gestion des forêts tropicales humides.
Des perspectives stratégiques pour les décideurs
Pour les diplomates en poste à Brazzaville, le dossier Messok-Dja illustre la capacité du pays à articuler stabilité politique et innovation environnementale. La sécurisation foncière des communautés réduit les risques sociaux qui effraient parfois les bailleurs.
À terme, la réussite du Spanb pourrait servir de laboratoire règlementaire. La mise en réseau des territoires conservés créera un corridor écologique de plus de 12 000 km², offrant au Congo une position charnière dans la négociation d’éventuels marchés de biodiversité.
