Un dispositif né d’un modèle japonais
À Pointe-Noire, la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers vient d’importer un outil d’accompagnement des PME inspiré du Japon : la journée de consultations gratuites. Objectif affiché, selon son président, renforcer durablement la compétitivité et l’esprit de réseau des jeunes entrepreneurs congolais.
Organisée le 16 septembre dans la grande salle vitrée du siège de la CCIAM, la première session a réuni plus de soixante entreprises, tout juste sorties d’un pré-diagnostic de quarante-cinq jours. Vingt-huit consultants indépendants y ont apporté expertise sectorielle, regard critique et recommandations pratiques.
Cette expérimentation tire son origine du séjour d’étude au Japon effectué par un cadre de la Chambre, séduite par l’approche nippone de mentoring ciblé. Là-bas, rappelle la direction, l’outil a contribué à la longévité remarquable de 33 % des start-up créées depuis une décennie.
Diagnostic terrain : soixante PME passées au crible
Tous les participants avaient rempli, en amont, une fiche détaillée précisant capital, marché cible, contraintes logistiques et enjeux réglementaires. Cette base de données a permis aux consultants de préparer un entretien d’à peine vingt-cinq minutes mais dense, centré sur la gouvernance et la trésorerie prévisionnelle.
Sylvestre Didier Mavouenzela, président de la CCIAM, insiste sur la dimension pédagogique : « Être chef d’entreprise n’implique pas l’omniscience ; chaque compétence critique peut être externalisée, encore faut-il savoir à qui s’adresser. » Un message reçu cinq sur cinq par les patrons présents, majoritairement âgés de moins de 35 ans.
Du côté des experts, la priorité a été d’identifier le point de bascule entre projet artisanal et processus industrialisé : marges, volumes, normes sanitaires. « Sans indicateurs écrits, la croissance se transforme vite en emballement dangereux », prévient Mariétou Massanga, consultante en management de la qualité.
Entre coaching et réseautage, la méthode détaillée
Chaque duo consultant-entrepreneur débouchait sur un mini-plan d’action : réorganisation comptable, formalisation de procédures, ou encore identification de financements alternatifs. L’accent a été mis sur l’autofinancement progressif, perçu comme un gage de souveraineté décisionnelle dans un contexte bancaire jugé encore frileux.
Au-delà de l’expertise, la journée a joué le rôle de catalyseur de réseau. Cartes de visite, promesses de partenariats locaux et invitations à des forums continentaux se sont échangées autour du café. « Le capital social reste une monnaie aussi vitale que le capital financier », résume le juriste Édouard Nkounkou.
La CCIAM prévoit désormais d’adosser ces consultations à un suivi trimestriel numérisé : tableau de bord en ligne, tableau d’alerte sur les impayés et trophée de la meilleure progression. Le dispositif devrait être couplé au futur guichet unique de l’investissement annoncé par le ministère de l’Économie.
Témoignages d’entrepreneurs agro et halieutique
Arnaud M., fondateur d’une TPE de chips de manioc, confie avoir obtenu une solution simple pour améliorer la conservation : remplacer les sachets classiques par un emballage composite issu du recyclage. « Le surcoût est minime et la durée de vie passe de trois à neuf mois », se réjouit-il.
Sous le hangar voisin, Jean-Michel B. transforme des sardines fumées. Le consultant en marketing l’a incité à segmenter ses clients : hôtellerie haut de gamme, supermarchés et commandes en ligne. « Je pensais que le digital coûtait trop cher, on m’a démontré le contraire chiffres à l’appui », raconte-t-il.
Plus globalement, les jeunes pousses du secteur primaire ont salué l’ouverture d’une hotline technique post-consultation. Un ingénieur aquacole répondra, par message vocal, aux urgences de terrain : panne de fumoir, taux de sel, maîtrise du froid. De quoi réduire les pertes qui rongent leurs marges.
Enjeux pour l’écosystème économique de Pointe-Noire
Pointe-Noire abrite déjà 42 % du tissu industriel congolais et sert de porte d’entrée logistique au corridor Atlantique. En injectant un accompagnement ciblé dans cet écosystème, la Chambre espère accroître la résilience locale face aux cycles pétroliers volatils qui pèsent sur l’emploi urbain.
Selon la plateforme Doing Business, seules 18 % des PME congolaises franchissent le cap de cinq ans d’existence. Les organisateurs voient donc dans les consultations gratuites un levier pour inverser la statistique, en complétant les mesures déjà initiées par le gouvernement en matière de simplification administrative.
« La vision est de faire de Pointe-Noire une capitale d’affaires aux standards CEMAC », insiste Didier Mavouenzela, qui salue la récente circulation du passeport biométrique sous-régional facilitant la mobilité des experts. À moyen terme, il imagine un hub d’exportation agro-océanique drivé par la young tech locale.
À retenir
Le programme de consultations gratuites, calqué sur un modèle japonais éprouvé, a réuni 60 PME et 32 experts, générant plans d’action, synergies de réseau et promesse d’un suivi numérique continu. Il s’inscrit dans les priorités nationales de diversification économique portées au plus haut niveau.
Le point éco
Selon les premières estimations de la CCIAM, l’initiative pourrait accroître de 12 % le chiffre d’affaires moyen des entreprises concernées sur douze mois, tout en créant 150 emplois directs. Une performance qui conforterait la reprise post-pandémie observée dans la seconde ville du pays.
