Un lancement attendu par la filière
Dans la moiteur équatoriale d’Impfondo, le préfet Jean Pascal Koumba a lancé, le 27 octobre, la campagne d’achat du cacao marchand 2025-2026, invitant les planteurs de Likouala à maintenir la cadence pour transformer la fève brune en moteur durable de pouvoir d’achat.
Devant les opérateurs économiques, les coopératives, les cadres civils et militaires, le représentant de l’État a loué des « résultats élogieux » et parlé d’un « moment solennel », faisant de la cacaoculture un second pôle économique départemental après les sociétés forestières omniprésentes.
Cette reconnaissance officielle intervient alors que les volumes expédiés à la dernière campagne ont conforté la confiance des acheteurs et, surtout, que les producteurs revendiquent un rôle grandissant dans la diversification d’une économie jusque-là dominée par les grumes et la chasse.
La cérémonie a également consacré le démarrage concret des opérations d’achat. Des kiosques mobiles aux entrepôts, chaque acteur a reçu le message : la filière doit rester fluide pour que la qualité du terroir likoualan surpasse les défis logistiques inhérents à l’isolement géographique.
Un prix de soutien à 2 300 F CFA le kilo
Le directeur départemental de l’Agriculture, Ekonambou, l’a résumé d’une voix posée : « Cette campagne est un moment important pour la filière cacaoyère régionale. » Ses propos, repris par les radios locales, fixent un cadre d’action où productivité et bonnes pratiques restent indissociables.
Fruit d’une concertation entre conseil départemental, directions de l’Agriculture et du Commerce, opérateurs privés et Union des producteurs, le prix plancher a été arrêté à 2 300 F CFA le kilogramme. L’annonce, accueillie par des applaudissements, instaure une visibilité décisive pour petits et grands exploitants.
À Impfondo, beaucoup voient dans ce tarif un signal de stabilité capable de protéger les paysans des fluctuations internationales. D’autres y lisent la reconnaissance officielle d’un savoir-faire paysan qui, selon eux, ne demande qu’un appui technique adapté pour franchir un cap décisif.
Un discours qui valorise l’effort rural
En évoquant sa « vérité intérieure », le préfet a livré un discours inhabituel, presque intime, où le travail quotidien des planteurs devient ressort patriotique. Cette rhétorique, empreinte de respect, cultive un sentiment d’appartenance et inscrit la cacaoculture dans le récit collectif du développement.
Les producteurs présents, pour la plupart regroupés en coopératives, ont salué cette posture. « Nous sentons que notre sueur est reconnue », confiait un jeune planteur, visiblement ému. Le visage barbouillé de boue séchée, il promettait déjà d’agrandir sa parcelle familiale dès la prochaine saison.
Des retombées pour l’économie locale
Dans un département où les routes se font rares et les revenus monétaires souvent irréguliers, chaque kilo vendu devient une bouffée d’air. Les boutiquiers du marché central anticipent déjà une demande accrue en biens essentiels, gage d’un effet multiplicateur budgété par les comptables municipaux.
Les autorités espèrent que la manne cacaoyère soutiendra aussi les investissements communautaires, qu’il s’agisse de réhabiliter un poste de santé ou d’installer des panneaux solaires près des séchoirs. Ce scénario repose sur la circulation rapide des liquidités, condition que la nouvelle campagne entend sécuriser.
À retenir
À retenir : campagne 2025-2026 officiellement lancée le 27 octobre à Impfondo ; prix plancher fixé à 2 300 F CFA le kilo ; reconnaissance de la filière comme second pôle économique local ; mobilisation conjointe de l’administration, du secteur privé et des coopératives pour fluidifier le marché.
Le point éco
Le point éco : en l’absence d’industries de transformation locales, la valeur ajoutée se joue essentiellement sur la qualité de la fève et sur la rapidité des ventes. Le prix de 2 300 F CFA, supérieur aux campagnes précédentes, ambitionne de compenser le coût croissant des intrants.
Les opérateurs notent pourtant que le challenge logistique reste entier. Les barges sur l’Oubangui n’embarquent qu’aux meilleurs niveaux d’eau, et la piste jusqu’à Ouesso exige patience et engins robustes. L’administration dit plancher sur une meilleure coordination pour empêcher tout goulot d’étranglement lors des pics de récolte.
Interrogé en marge de la cérémonie, un négociant a estimé que « la clarté du prix est déjà une avancée ». Selon lui, la saison devra confirmer la capacité des coopératives à mutualiser le transport, condition indispensable pour que le montant annoncé ne s’érode pas.
Au-delà des discours, la campagne 2025-2026 fera office de test grandeur nature pour la gouvernance concertée prônée à Impfondo. Les producteurs, galvanisés par les encouragements du préfet, savent que chaque tonne expédiée constituera un argument supplémentaire pour pérenniser la place du cacao dans l’économie locale.
Le rendez-vous est donc pris pour la première pesée officielle, dans quelques semaines. Producteurs, acheteurs et autorités se retrouveront alors autour des sacs juteux, témoins concrets d’une ambition partagée : faire du cacao de Likouala une signature fiable, synonyme de prospérité partagée.
Entre les rangées de cabosses mûres, les planteurs évaluent déjà l’impact réel. Une hausse de 100 F CFA par kilo signifie, rappellent-ils, un cahier supplémentaire pour l’élève ou un pansement neuf au dispensaire du village.
