Pointe-Noire se lève contre les violences
À Pointe-Noire, jeudi 23 novembre, une marée orange a déferlé de l’arrondissement 1 Lumumba jusqu’à la préfecture. Femmes, hommes, collégiens et cadres ont marché d’un même pas pour réclamer la fin des violences basées sur le genre.
La manifestation, pilotée par la ministre de la Promotion de la Femme, Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo Ingani, a réuni son homologue de l’Économie forestière Rosalie Matondo, la maire Evelyne Tchitchelle et plusieurs élus locaux, signe d’un front institutionnel uni.
Placée sous le slogan « Tous unis pour mettre fin à la violence numérique contre toutes les femmes et les filles », la marche ouvre les seize jours d’activisme relayés chaque année par le Congo.
Drapeaux, pancartes, chants et sifflets encadraient le cortège. Sur les banderoles, les slogans ciblaient le cyberharcèlement, la diffusion d’images intimes sans consentement ou les discours de haine.
Un front institutionnel resserré
Devant le préfet Cebert Iboko Onanga, Mme Voumbo Yalo Ingani a remercié « l’appui personnel du président Denis Sassou Nguesso à la masculinité positive », estimant que cet engagement présidentiel ancre durablement la lutte dans l’action publique.
Elle a annoncé la création prochaine, via un partenariat public-privé, d’un centre holistique proposant soins, soutien psychologique et assistance juridique. Les études sont achevées et l’appel d’offres pour les travaux doit être publié au premier trimestre 2024.
Pour la ministre, « la femme est le berceau de l’humanité ». Pourtant, nombre d’entre elles subissent encore coups, mariages précoces ou violences économiques, réalités qui minent cohésion sociale et productivité.
Les hommes aussi au rendez-vous
Des associations masculines, telles que le réseau « Hommes Leaders », ont ouvert le cortège. Leur président, Arnaud Mabiala, estime que « déconstruire les stéréotypes commence dans les vestiaires et se poursuit sur les réseaux ». Un engagement salué par la foule.
Marchés et économie informelle protégés
La maire Evelyne Tchitchelle promet de renforcer l’éclairage public et la vidéoprotection autour des marchés, principales zones d’agressions nocturnes. Elle entend créer un numéro d’alerte gratuit, géré par la police municipale, pour rassurer les vendeuses.
À Pointe-Noire, plus de soixante-dix pour cent des commerçantes de rue sont des femmes. Sécuriser ces espaces revient à protéger le revenu familial et, par extension, le PIB local, rappellent les organisateurs.
Dans les étals du marché Tié-Tié, les vendeuses craignent autant le vol que les humiliations sexistes. Un accord avec la Chambre de commerce prévoit l’installation de casiers sécurisés et d’un poste de gendarmerie mobile par marché.
Le numérique, nouveau champ de bataille
En 2022, le régulateur congolais a recensé mille deux-cents signalements de cyberviolence, deux fois plus qu’en 2021. Dans quatre-vingt-cinq pour cent des cas, les victimes ont entre quinze et vingt-neuf ans.
Le ministère prépare un décret d’application de la loi de 2019 sur la cybercriminalité. Le texte précisera les peines pour revenge-porn et imposera le retrait rapide des contenus illicites aux plateformes.
Le rectorat de Pointe-Noire lancera dès janvier un module parascolaire intitulé « Respectons-nous en ligne ». Destiné aux classes de troisième, il combine théâtre forum, sessions de codage et intervention de cyber-policiers pour prévenir le harcèlement et promouvoir les bonnes pratiques.
Une réponse sécuritaire renforcée
Sur le plan sécuritaire, les organisateurs comparent la mobilisation actuelle à celle qui a contenu le phénomène des « bébés noirs ». Les brigades mixtes créées en 2018 servent aujourd’hui de modèle pour protéger les quartiers périphériques.
La société civile, représentée par l’ONG FemmeDebout, plaide pour une formation spécifique des agents de police à l’accueil des survivantes. L’initiative bénéficie de l’appui de l’Union européenne et d’un financement pilote de la Banque mondiale de sept-cent-cinquante mille dollars.
À retenir
À retenir : forte unité politique, accent sur le cyberharcèlement, lancement d’un centre d’accueil, sécurisation des marchés et chantier législatif en cours. Ces signaux traduisent l’ambition d’éradiquer, à moyen terme, toute violence envers les Congolaises.
Le point juridique/éco
Point juridique/éco : la loi n°38-2018 prévoit jusqu’à dix ans de prison pour violences aggravées. Son décret d’application nécessitera, selon le ministère des Finances, quatre milliards de francs CFA sur trois ans pour formation, logistique et assistance aux victimes.
Le coût économique du silence
Selon le Programme des Nations unies pour le développement, les violences de genre coûtent chaque année l’équivalent de deux pour cent du PIB aux pays d’Afrique centrale. En diminuant ces pertes, le Congo espère libérer des ressources pour l’agro-industrie et la transition énergétique.
Mobiliser les réseaux, fixer la feuille de route
En clôturant la marche, la ministre a exhorté influenceurs et opérateurs télécoms à « faire des réseaux sociaux des refuges, non des arènes ». Les applaudissements ont confirmé que Pointe-Noire veut demeurer à l’avant-garde de cette bataille.
Prochaine étape : le huit mars, Journée internationale des droits des femmes. Un bilan chiffré sera présenté. Objectif affirmé : prévenir, accompagner, punir, mais surtout convaincre la société qu’égalité rime avec vitalité économique et stabilité. La marche de novembre n’était, promet-elle, qu’un premier appel avant d’autres mobilisations citoyennes partout au pays.
