Une inauguration à Kintélé riche de symboles
Le 28 octobre, l’Université Denis-Sassou N’Guesso a dévoilé à son campus de Kintélé une salle intelligente de 36 places, dotée de huit écrans interactifs, offerte par le minier Soremi. L’infrastructure marque une étape stratégique pour l’enseignement supérieur congolais.
La ministre de l’Enseignement supérieur Delphine Édith Emmanuel, l’ambassadrice de Chine, Mme Anne, et de nombreux étudiants ont assisté à la coupure du ruban, confirmant l’importance accordée par les autorités et leurs partenaires à l’innovation pédagogique.
Soremi, partenaire académique et industriel
Implantée dans la Sangha, Soremi extrait le cuivre et le fer depuis plus d’une décennie. Son directeur général, Cheng Sheng Hong, défend une vision où l’entreprise minière soutient la formation de talents locaux indispensables à la transformation des ressources nationales.
Après des bourses versées aux meilleurs élèves de l’École des mines, Soremi investit 40 millions de francs CFA dans cette salle connectée. « Nous voulons un écosystème gagnant pour les étudiants, l’université et l’industrie », a déclaré M. Cheng, salué par l’assistance.
Technologies immersives et pédagogie active
Les huit écrans tactiles synchronisés permettent la vidéoconférence, la modélisation 3D et le partage instantané de documents. Les enseignants disposent d’un tableau numérique centralisé, d’une connexion fibre et d’un système audio haute fidélité, transformant chaque cours magistral en atelier collaboratif.
Le professeur Ange Antoine Abena, président de l’Udsn, estime que l’outil « répond aux standards internationaux et prépare nos étudiants à l’économie numérique ». Il promet une gestion rigoureuse afin d’optimiser la disponibilité et la durée de vie des équipements.
Pour les étudiants, l’enjeu dépasse le confort visuel. Les séances de travaux dirigés pourront être enregistrées et révisées à distance, réduisant la fracture géographique entre Kintélé et les campus régionaux. « C’est un gain de temps et de motivation », confie Patricia, licence en géosciences.
Triptyque connaissance, coopération, partenariat
En saluant l’initiative, la ministre Emmanuel a rappelé le cadre du « triptyque connaissance, coopération, partenariat stratégique global ». Cette formule associe le gouvernement, les entreprises et les universités pour mutualiser les moyens et accélérer la montée en compétence de la jeunesse.
La présence de l’ambassadrice Anne confirme la place de la diplomatie scientifique dans les relations sino-congolaises. Pékin mise sur des projets éducatifs emblématiques pour nourrir son Initiative Ceinture et Route en Afrique centrale, sans négliger la dimension humaine de ces échanges.
Des retombées locales déjà visibles
Depuis son entrée en production, Soremi affirme avoir créé plusieurs milliers d’emplois directs et sous-traitants. Les nouvelles compétences issues de l’Udsn devraient renforcer ces effectifs, encourageant l’ancrage de la chaîne de valeur minière sur le territoire national.
Dans les villages voisins du site d’exploitation, l’entreprise finance des dispensaires, des forages et des routes rurales. « La salle intelligente s’inscrit dans ce continuum de responsabilité sociale », souligne Charles Malonga, économiste à Brazzaville, pour qui le capital humain demeure la clé.
Stages, laboratoire et horizon 2026
M. Cheng a profité de la cérémonie pour annoncer l’ouverture, dès 2024, d’un pôle de stage accueillant les étudiants de l’Udsn dans des conditions proches de la production industrielle, « afin qu’ils testent in situ les théories apprises en amphithéâtre ».
L’entreprise projette également de financer un laboratoire moderne avant 2026. L’équipement, encore à l’étude, combinerait analyse minéralogique, réalité augmentée et intelligence artificielle pour la modélisation de gisements. Un comité mixte planche déjà sur les besoins précis des chercheurs congolais.
Le point économique
Les 40 millions de francs CFA mobilisés restent modestes face aux coûts d’un gisement, mais le symbole est fort : il rappelle qu’une stratégie industrielle durable passe par l’éducation. Pour l’État, chaque franc investi par le privé allège la pression budgétaire.
À moyen terme, la multiplication de salles connectées pourrait stimuler l’économie du numérique, des fournisseurs de fibre aux start-up spécialisées dans les contenus pédagogiques. Le marché local de l’EdTech, encore embryonnaire, dispose d’un vivier d’usagers désormais équipé pour consommer ses services.
À retenir
La salle connectée de Kintélé matérialise une coopération gagnant-gagnant entre le gouvernement, l’université et un opérateur minier. Elle illustre la transition d’un modèle extractif vers un modèle fondé sur la connaissance, où l’étudiant congolais devient co-acteur de la valeur créée.
