Une nomination stratégique pour la trésorerie nationale
Brazzaville a vécu, le 5 novembre, une séquence discrète mais décisive pour ses finances publiques : l’installation de neuf directeurs centraux à la tête de la Direction générale des douanes et droits indirects, quelques jours seulement après leur nomination par décret gouvernemental.
Dans un contexte de consolidation budgétaire, ces prises de fonction sont présentées par le ministère des Finances comme un jalon essentiel pour accélérer la mobilisation des recettes et sécuriser la trésorerie nationale, dont dépendent salaires des agents publics, investissements prioritaires et politiques sociales.
L’architecture d’une équipe resserrée
À la manœuvre, le directeur de cabinet Paul Malié, représentant le ministre Rigobert Roger Andely, a rappelé la ligne : « prove your worth and deliver » disait-il en substance devant les cadres rassemblés rue Alfassa, soulignant que chaque franc douanier recouvré renforce la souveraineté économique.
Réunis dans l’amphithéâtre, Albert Raphaël Dirat à l’audit interne, Camille Péa Menga Bongou aux études, Alain Sambila aux opérations, Jean-Richard Ngouala au contentieux, Laetitia Kakou aux systèmes d’information, Roger-Xavier Okola aux finances, Fatima Raïssa Garcia aux ressources humaines et Jean-Pierre Bassadila au renseignement ont prêté serment administratif.
Leur mission est claire : porter à un niveau inédit le taux de recouvrement, estimé par les experts à près de 78 % sur l’exercice écoulé, alors que la loi de finances 2026 projette une progression de 15 % des droits et taxes à l’importation.
Mobiliser les recettes, priorité absolue
Pour Albert Raphaël Dirat, le contrôle interne sera « l’épine dorsale de la nouvelle orthodoxie », afin de limiter les déviances déclaratives identifiées lors des missions de vérification successives de 2024. Il annonce l’actualisation du référentiel de risques et la mise en place d’alertes métiers automatisées.
Côté systèmes d’information, Laetitia Kakou veut accélérer la bascule vers Sydonia World, la plateforme douanière de l’OMD, déjà testée à Pointe-Noire. L’objectif affiché est de réduire à trois heures le délai moyen de dédouanement, actuellement de dix-sept heures selon les transporteurs.
Jean-Richard Ngouala, lui, insiste sur la veille réglementaire : « Nos textes doivent parler le même langage que la Zone de libre-échange continentale », affirme-t-il, plaidant pour la transposition rapide des derniers protocoles CEMAC et l’alignement sur l’Accord de Bali de l’OMC.
À retenir
À retenir, l’équipe bénéficie d’un équilibre générationnel : trois cadres formés dans les années 1990 côtoient six profils issus des promotions 2000-2010, tous aguerris au management public. Cette mixité répond à la volonté de combiner expérience des procédures et maîtrise des outils analytiques contemporains.
Autre fait saillant : pour la première fois, deux directions stratégiques sont confiées à des femmes, signal fort jugé « cohérent avec le plan national d’égalité 2022-2026 », rappelle un conseiller du Premier ministre, pour qui la parité améliore la performance globale au sein des administrations.
Le point juridique et économique
Le cadre légal qui sous-tend ces nominations repose sur le décret 2025-440 du 31 octobre 2025, fondé lui-même sur la loi organique relative aux finances publiques de 2019. Celle-ci confère au gouvernement la faculté de nomination directe afin de garantir la continuité du service douanier.
Sur le plan budgétaire, la Direction générale des douanes contribue traditionnellement à plus de 38 % des ressources propres de l’État. La cible 2026 est fixée à 1 150 milliards FCFA, une ambition jugée réaliste par le FMI au regard de la reprise des importations pétrolières.
Des défis numériques et humains
Le premier défi reste la numérisation intégrale des procédures. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce, chaque jour de délai supplémentaire coûte 0,8 % de la valeur marchandise. Réduire ces frictions permettrait d’accroître la compétitivité des ports congolais face à leurs voisins du Golfe de Guinée.
La gestion des talents constitue l’autre chantier. Fatima Raïssa Garcia veut articuler plan de formation continue, amélioration du cadre social et renforcement de la mobilité interne. « Une douane performante repose d’abord sur des femmes et des hommes motivés », insiste-t-elle, évoquant un budget formation doublé pour 2026.
Vers une douane plus connectée au commerce régional
En filigrane, la diplomatie économique du Congo vise l’intégration sous-régionale. La mise en œuvre du guichet unique CEMAC, dont Brazzaville reprend la coordination technique, doit fluidifier le corridor Pointe-Noire-Bangui-Ndjamena et sécuriser des recettes partagées, condition d’un renforcement durable des chaînes de valeur régionales.
Les neuf directeurs savent qu’ils seront jugés sur les résultats : la première évaluation est attendue pour mi-2026. D’ici là, la vigilance des opérateurs privés et des bailleurs sera permanente, hormis celle, constante, d’un gouvernement déterminé à associer rigueur douanière et attractivité du climat des affaires.
Tech et infrastructures, leviers de croissance
Alain Sambila prépare, lui, une cellule d’intelligence artificielle capable de croiser données portuaires, images satellites et déclarations bancaires afin de détecter en temps réel les anomalies de valeur. L’outil, développé avec une start-up congolaise, pourrait réduire de moitié les fraudes estimées à 60 milliards par an.
La modernisation des infrastructures frontalières figure également à l’agenda. Un projet pilote d’entrepôt sous douane à la frontière Cameroun-Congo, financé par la Banque africaine de développement, doit fluidifier le transit forestier et agro-industriel. Mise en service prévue début 2027, avec un impact attendu de 20 % sur les recettes régionales.
