Un départ symbolique salué par la présidence
Samedi 6 septembre, l’étendue bétonnée de la base logistique Yasika s’est transformée en scène d’apparat. Sous les acclamations des équipes soudées autour du drapeau national, Stève Simplice Onanga, conseiller du président de la République chargé des hydrocarbures, a donné le top départ des deux Midwater Arches.
Sa poignée sur la commande a scellé l’ambition gouvernementale : faire de la transition gaz et GNL un moteur de croissance. À ses côtés, le directeur général d’Eni Congo, Andrea Barberi, remerciait l’État pour « un partenariat qui convertit l’énergie en stabilité et en rayonnement régional ».
Trois mois de chantier entièrement local
Les arches ont été lancées à peine trois mois après l’annonce officielle, le 12 juin 2025, de leur fabrication à Yasika. De la découpe d’acier aux tests d’alignement, chaque étape a mobilisé des soudeurs, tuyauteurs, logisticiens et ingénieurs formés à Pointe-Noire.
Cette réactivité illustre la maturité industrielle du Congo, notent plusieurs observateurs du secteur, qui y voient la confirmation que « le contenu local n’est plus un slogan mais une compétence rentable ». Aucun incident n’a émaillé le chantier, cumulant 60 millions d’heures sans accident.
Données techniques d’un colosse sous l’eau
Présentant les structures, René Okombi Yombi, responsable du projet, a rappelé des chiffres évocateurs. La première arche pèse 300 tonnes, la seconde 281. Chacune mesure 35 mètres de long, 15 mètres de large et culmine à 25 mètres pour soutenir sept risers flexibles et deux câbles composites.
Leur mission : relier le navire forage Scarabeo 5 aux plateformes WHP4RP, WHP5 et à la FLNG Nguya. Avec ces arches, la colonne montante de fluide est stabilisée, ce qui sécurise l’acheminement du gaz vers la chaîne de liquéfaction et, in fine, vers les marchés internationaux.
Yasika, nouveau cœur logistique offshore
Andrea Barberi l’affirme : « Yasika est le système nerveux central de la chaîne de valeur énergétique du pays ». Sa localisation, à une dizaine de kilomètres du port autonome, permet d’orchestrer le ballet des barges, des hélicoptères et des conteneurs à destination des champs marins.
En réduisant les temps d’attente et en concentrant équipements, ateliers et aires de stockage, la base limite les surcoûts d’exploitation. Elle offre surtout une vitrine à l’expertise congolaise, désormais capable de produire des équipements de haute technicité susceptibles d’être exportés dans le golfe de Guinée.
Un levier pour la souveraineté énergétique
Le projet Congo GNL, dont les Midwater Arches constituent une brique, vise à porter la production nationale de gaz liquéfié à plusieurs millions de tonnes par an. Pour les autorités, il s’agit de sécuriser l’approvisionnement intérieur tout en générant des devises par l’export.
À Pointe-Noire, les responsables expliquent que l’essor du gaz permettra aussi d’alimenter des centrales électriques, de promouvoir des industries consommatrices d’énergie stable et de soutenir la diversification économique voulue par le Plan national de développement.
À retenir
La remise en activité de Yasika, restée une décennie en veille, symbolise la renaissance d’un outil industriel local. Les Midwater Arches, conçues sans assistance étrangère majeure, prouvent qu’un tissu de PME congolaises peut répondre aux standards internationaux du secteur offshore.
Le point éco
Selon les estimations partagées lors de la cérémonie, chaque dollar investi dans la fabrication locale a généré 1,4 dollar de valeur dans l’économie de Pointe-Noire, grâce aux sous-traitants, au transport et à la logistique. Les responsables anticipent 300 emplois directs et trois fois plus d’emplois induits.
L’injection de revenus liés au GNL favorisera le développement des infrastructures, notamment routières et portuaires, nécessaires pour soutenir l’augmentation attendue des exportations énergétiques.
Regards d’experts
Pour Armand Banzouzi, consultant en énergie basé à Abidjan, « l’enjeu n’est pas seulement la prouesse technique, mais la constance dans la maintenance et l’actualisation des compétences ». Il suggère de créer des programmes de formation continue afin d’assurer la pérennité des savoir-faire capitalisés pendant le chantier.
De son côté, l’économiste Esther Mizinga souligne que la réussite du GNL passe par « une gouvernance transparente des recettes et une allocation efficace aux secteurs sociaux ». Elle voit dans l’approche public-privé d’Eni et de l’État congolais un modèle à consolider.
Une collaboration État-industrie exemplaire
Le conseiller présidentiel Stève Simplice Onanga a salué la « discipline et l’excellence opérationnelle » des équipes, illustrant, selon lui, la capacité du pays à concrétiser des projets complexes dans les délais. Il a rappelé l’engagement du chef de l’État à soutenir l’innovation locale et à attirer davantage de partenaires stratégiques.
L’accord avec Eni s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par la modernisation du code des hydrocarbures et des incitations fiscales destinées à stimuler l’investissement dans l’amont gazier et la transformation locale.
Perspectives régionales
Alors que la demande en gaz africain progresse, la montée en puissance du Congo renforce la position de la CEMAC sur le marché mondial du GNL. Les Midwater Arches serviront bientôt de vitrine lors des forums énergie de Douala et de Luanda, où Pointe-Noire compte promouvoir son expertise.
Plusieurs délégations étrangères ont déjà sollicité des visites techniques de Yasika pour s’inspirer du modèle de fabrication accélérée et de gestion de la sécurité sur site, considéré comme une référence dans le golfe de Guinée.
Une réussite sans incident
Avant le lancement, un court film a rappelé les étapes clés du chantier, depuis l’arrivée des premières plaques d’acier jusqu’aux tests finaux d’alignement. Aucun accident n’a été enregistré, un exploit loué à la fois par les autorités militaires présentes et par les syndicats d’ouvriers.
La culture Hygiène-Sécurité-Environnement déployée à Yasika sera désormais appliquée à l’ensemble des opérations GNL d’Eni Congo, dans une optique de mutualisation des meilleures pratiques et de réduction continue des risques.
Prochains rendez-vous
Les Midwater Arches doivent être installées à plus de cent mètres de profondeur dans les toutes prochaines semaines. Une fois positionnées, elles seront chargées sous supervision mixte congolaise-italienne, avant l’injection test de gaz prévue au premier trimestre 2026.
La montée en cadence du projet Congo GNL permettra, selon les prévisions officielles, de doubler la contribution du secteur gazier au PIB d’ici 2028, tout en accélérant l’électrification des zones rurales grâce à des partenariats public-privé.
