Émission obligataire de 670 millions $
C’est un retour que les salles de marché suivaient de près. Mercredi, la République du Congo a placé un emprunt souverain de 670 millions de dollars sur le compartiment principal de la Bourse de Londres, scellant sa première sortie internationale depuis deux décennies.
Pour Brazzaville, l’opération vise à refinancer une partie de la dette arrivant à échéance, sans accroître l’encours global, assurent les services du ministère des Finances.
Le coupon ainsi que la maturité exacte n’ont pas été détaillés publiquement, mais la fenêtre de tir, jugée favorable, confirme, selon le ministre Christian Yoka, « le chemin parcouru vers la stabilité budgétaire et la confiance retrouvée ».
L’émission s’est déroulée à Londres plutôt que sur le marché régional CEMAC, choix considéré comme un indicateur de l’appétit d’investisseurs globaux pour le risque congolais.
Les ordres ont été sursouscrits, indiquent des sources financières proches du dossier, ce qui a permis de resserrer la fourchette de prix avant la clôture du livre.
Assainissement budgétaire et réformes
Pour le gouvernement, ce retour n’aurait pas été possible sans trois années d’efforts pour ramener le déficit sous contrôle, contenir la masse salariale publique et sécuriser des recettes hors pétrole.
Christian Yoka rappelle que le pays publie désormais un rapport trimestriel sur les finances de l’État, pratique saluée par plusieurs partenaires techniques.
Selon lui, « la rigueur de gestion redonne une marge de manœuvre pour financer les priorités sociales sans compromettre la discipline ».
La croissance, redevenue positive après la crise des prix du brut, demeure modeste mais régulière, soutient le ministère, qui mise sur la diversification et les infrastructures.
Crédibilité retrouvée à Londres
Le choix de la City, place exigeante en matière de conformité, rouvre à Brazzaville l’accès à un vivier d’investisseurs institutionnels auxquels il n’avait plus parlé depuis 2003.
Pour l’analyste congolais Serge T., « la réussite d’une première émission crée une courbe de rendement et donne un prix de référence susceptible d’attirer des capitaux privés dans les mines ou l’agroindustrie ».
Les banques chef de file se disent satisfaites du dialogue engagé avec la direction générale du Trésor congolais, qui a répondu « avec diligence » aux questions des investisseurs sur la gouvernance.
Transparence et société civile
Du côté de la société civile, Brice Mackosso, de la commission Justice et Paix, reconnaît les progrès mais insiste sur la nécessité d’aller plus loin, notamment en publiant la liste des bénéficiaires effectifs des sociétés extractives.
« Il ne s’agit pas seulement de la crédibilité extérieure, mais aussi de l’adhésion citoyenne » rappelle-t-il, invitant à institutionnaliser les consultations publiques sur les contrats.
Le gouvernement répond qu’un bulletin des statistiques de la dette sera diffusé tous les trois mois, document qui détaillera les montants, les échéances et les créanciers concernés.
Un test de confiance pour les investisseurs
La trajectoire budgétaire sera scrutée de près au cours des douze prochains mois, la note de crédit étant susceptible d’être réévaluée en fonction de la capacité du Congo à respecter son calendrier de remboursement.
Les gestionnaires de portefeuilles interrogés évoquent la bonne tenue des prix du pétrole et la discipline observée depuis 2020 comme facteurs de confort, tout en rappelant qu’un choc exogène reste possible.
Brazzaville assure disposer d’amortisseurs, dont un fonds de stabilisation, pour faire face à une éventuelle volatilité, stratégie que le ministre juge « prudente et cohérente avec notre vision à long terme ».
Le point juridique et économique
Le titre émis est régi par le droit anglais, pratique standard pour les obligataires africains, et comporte une clause collective d’action facilitant une éventuelle restructuration ordonnée, élément apprécié par les investisseurs.
Interrogé sur la possibilité de futures émissions durables, Christian Yoka estime que cette première opération doit d’abord servir de référence, mais n’exclut pas, « le moment venu, de mobiliser les marchés verts pour accompagner la transition énergétique ».
Perspectives pour l’économie réelle
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, la mobilisation des capitaux doit se traduire par des effets tangibles pour les entreprises et les ménages, souligne la Chambre de commerce de Pointe-Noire.
L’organisation souhaite que les conditions de crédit domestique s’assouplissent progressivement, grâce à la baisse de la prime de risque souverain, permettant de stimuler l’emploi dans le bâtiment, l’agroalimentaire et le numérique.
Le ministère confirme qu’une part significative du produit net de l’émission servira à apurer les arriérés envers les fournisseurs locaux, mesure censée fluidifier la trésorerie des PME.
Pour l’économiste indépendante Nadine B., le lien entre finance et développement doit rester « l’alpha et l’oméga de la stratégie », sans quoi le retour sur les marchés se réduirait à un mouvement purement comptable.
Le gouvernement déclare que ses priorités sociales resteront centrales afin de rendre perceptible pour la population le dividende de crédibilité conquis à Londres.
Si la prochaine étape se déroule sans à-coups, Brazzaville pourrait envisager un programme pluriannuel d’emprunts, mais la priorité officielle demeure la consolidation des gains récents et le maintien d’une trajectoire d’endettement jugée soutenable.
